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Les 5 finalistes ébouriffants du Grand prix de la critique ACBD 2021

Pas de débat habituel, lors du festival BD Boum de Blois, comme les années précédentes pour les membres de l’Association des critiques et journalistes de bande dessinée (ACBD) afin de déterminer les cinq finalistes pour le Grand prix de la critique.

Mais à l’issue d’un “visio-débat” virtuel, mais non moins consistant, ce sont cinq albums très divers qui sont sortis du lot, parmi les 15 pré-sélectionnés.

Un quintet de qualité, avec de l’anticipation métaphysique, un pseudo-conte médiéval évoquant des questions de parfaite actualité contemporaine, une évocation délicate d’une autrice sulfureuse, une adaptation personnelle et très travaillée et un récit très graphique inclassable.

Un reflet, assez réussi de la diversité actuelle de la bande dessinée et, surtout, des critères de ce prix qui vise à “soutenir et mettre en valeur, dans un esprit de découverte, des livres de bande dessinée, publiés en langue française, à forte exigence narrative et graphique, marquants par leur puissance, leur originalité, la nouveauté de leur propos ou des moyens que les auteurs et autrices y déploient”.

Par ordre alphabétique, les cinq finalistes sont :Anaïs Nin, sur la mer des mensonges, de Léonie Bischoff (Casterman)

Carbone & Silicium, de Mathieu Bablet (Ankama)

Peau d’homme, d’Hubert et Zanzim (Glénat)

Longue vie, de Stanislas moussé (Le Tripode)

Un travail comme un autre, d’Alex W. Inker (Sarbacane)

 

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Les 15 albums déconfinés pour le Grand Prix ACBD 2021

La pré-sélection des 15 albums nominés pour le Grand prix de la critique ACBD vient de sortir. 

Les librairies sont fermées, mais les conseils de lecture sont d’autant plus utiles.  En plus donc d’être une pré-sélection pour le Grand prix de la critique de l’Association des critiques de bande dessinée (ACBD), la liste des 15 albums nominés de 2020 a donc également cette vertu en ce temps de confinement.

Comme d’habitude, chacun pourra y pointer quelques absences jugées plus ou moins notables (pour notre part, on y aurait bien vu, notamment l’aboutissement de la trilogie des Damnés de la Commune de Raphaël Meyssan ou le récent Accident de chasse de Blair et Carlson). En revanche, les propositions retenues sont, elles, promesse de qualité.

Les voici, par ordre neutre et alphabétique:

Aldobrando​, de Gipi et Luigi Critone, éditions Casterman

Anaïs Nin : sur la mer des mensonges​, de Léonie Bischoff, éditions Casterman

Béatrice, ​de Joris Mertens, éditions Rue de Sèvres

La Bombe,​ de Laurent-Frédéric Bollée, Alcante et Denis Rodier, éditions Glénat

Carbone et Silicium,​ de Mathieu Bablet, éditions Ankama

Celestia, ​de Manuele Fior, Atrabile

Le Discours de la panthère​, de Jérémie Moreau, éditions 2024

L’Homme qui tua Chris Kyle​, de Fabien Nury et Brüno, éditions Dargaud

Longue vie​, de Stanislas Moussé, éditions Le Tripode

Mind MGMT : rapport d’opérations Tome 1, de Matt Kindt, éditions Monsieur Toussaint Louverture

New York Cannibals​, de Jérôme Charyn et François Boucq, éditions Le Lombard

Peau d’homme,​ de Hubert et Zanzim, éditions Glénat

Pucelle, Tome 1​ : ​Débutante​, de Florence Dupré la Tour, éditions Dargaud

Seules à Berlin​, de Nicolas Juncker, éditions Casterman

Un travail comme un autre​, d’Alex W. Inker, éditions Sarbacane

La prochaine étape sera maintenant l’annonce des cinq finalistes parmi ces quinze albums. Traditionnellement, celle-ci est faite lors du festival BD Boum à Blois. Celui-ci étant annulé en cet automne, l’ACBD va néanmoins maintenir la date symbolique du samedi 21 novembre (soirée initiale du palmarès à Blois) pour rendre publique cette liste.
Et, par ailleurs, le débat “présentiel” habituel entre critiques aura été remplacé par un visio-débat, ce même samedi 21 novembre, “dans les conditions du direct”… L’annonce du grand prix sera faite début décembre.

Rappelons que ce Grand prix de l’ACBD a pour objet de « soutenir et mettre en valeur, dans un esprit de découverte, des livres de bande dessinée, publiés en langue française, à forte exigence narrative et graphique, marquants par leur puissance, leur originalité, la nouveauté de leur propos ou des moyens que les auteurs et autrices y déploient ».

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Le prix Comics ACBD 2020 pour “Kent State”

Le prix Comics de la critique ACBD 2020 a été décerné à Kent State, de Derf Backderf.

On peut dire, sans trahir le secret des votes, qu’il faisait partie des favoris de cette sélection 2020 du prix Comics ACBD. Pour ne pas dire le favori. Kent State, de Derf Backderf a donc été choisi par les journalistes et critiques membres de l’ACBD comme prix Comics de la critique ACBD 2020.

Un choix qui s’imposait déjà un peu en lien avec l’actualité américaine récente. Mais surtout pour la qualité remarquable du travail réalisé et la force graphique de sa restitution, faisant converger un travail d’auteur et une vraie reconstitution historique.

Dans son communiqué, l’ACBD souligne aussi que ce comic-book documentaire “parvient à créer de l’empathie pour les protagonistes d’un événement historique américain tout en associant une rigueur d’enquête indiscutable. Cet album fait la démonstration de la maturité d’un auteur qui avait déjà marqué les esprits en France avec son glaçant Mon ami Dahmer. C’est une œuvre autant qu’un artiste qui s’installe, album après album, dans le 9e art mondial.”

Des qualités fortes qui n’enlèvent rien, cependant, aux autres titres en compétition: Batman créature de la nuit, de Kurt Busiek et John Paul Leon, Mind MGMT de Matt Kindt ou Sur la route de West de Tillie Walden. A titre personnel, on a été un peu plus dubitatif à l’égard de l’Histoire de l’univers Marvel, de Mark Waid et Javier Rodriguez, sans doute le plus réservé à un public de fans pointus des comics de super-héros.

Pour cause d’épidémie de COVID-19, ce prix sera envoyé à l’éditeur français de Derf Backderf (les éditions çà et là, qui suivent depuis le début l’auteur de l’Ohio) et il sera remis virtuellement au cours d’une séance en visio-conférence avec les membres de l’association.

 

 

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Les cinq albums en lice pour le prix ACBD Comics, entre super-héros emblématiques et oeuvres d’auteurs marquantes

Cinq albums sont en lice pour le prix Comics ACBD 2020, dont le lauréat devrait être révélé mi-octobre. 

Le second prix Comics ACBD est sur le point d’être révélé. Et parmi les cinq albums appelés à succéder à Mister Miracle, premier lauréat, l’an passé, la sélection ne sera pas facile, vu le niveau de la sélection. Ce qui est plus évident, en revanche, et plus encore que l’an passé, c’est la volonté de prendre en compte un spectre élargi de “comics”. Et pas le réduire à la seule sphère des aventures de super-héros en collants moulants. Ceux-ci ne sont cependant pas oubliés – étant une partie intégrante du genre.

Ce sera le cas ici avec L’histoire de l’univers Marvel, de Mark Waid et Javier Rodriguez, et traduit par Mathieu Auverdin (Panini Comics). Une histoire en un seul volume qui vise à donner la cohérence interne de l’univers Marvel. Incontestablement intéressant. Mais cette bible illustrée du récit mythique du plus emblématique représentant de l’industrie des comics a, justement, un peu les inconvénients de l’autre Bible: une accumulation de récits et de personnages qui n’en fait pas pour autant une histoire très dynamique.

Le second ouvrage retenu s’apparentant à ces classiques est Batman Créature de la nuit, scénarisé par Kurt Busiek, dessiné et mis en couleur par John Paul Leon et traduit par Jérôme Wicky (Urban Comics). Cette fois, on passe à l’univers DC Comics. Là encore avec une histoire en un seul volume. Et cette fois une belle mise en abîme du personnage de Batman, à travers un récit astucieux et très référentiel.

Mais les “comics”, aujourd’hui, c’est un genre bien plus vaste. Première démonstration avec Sur la route de West, de Tillie Walden et traduit par Alice Marchand (Gallimard). Une jeune autrice qui bâtit une oeuvre à la fois très personnelle – questionnant toujours l’identité et l’orientation sexuelle – et multiple, entre genre… et genres. Après la SF délirante de xx, c’est un étrange road-trip fantasy au Texas qu’elle déroule ici. Avec une imagination et un talent certains.

Autre oeuvre d’auteur, dans un autre style, Mind MGMT de Matt Kindt et traduit par Thomas de Châteaubourg (Monsieur Toussaint L’Ouverture).
Deux volumes sur les trois de ce thriller parano et paranormal sont parus. De quoi se faire déjà une bonne idée de ce récit oscillant entre l’espionnage et l’univers des super-héros. Difficilement résumable, mais résolument attractif et bien délirant quand même.

Enfin, Kent State, de Derf Backderf et traduit par Philippe Toboul (Editions Ca et Là) montre que l’on peut lier oeuvre d’auteur et oeuvre historique, ressenti personnel et enquête approfondie. Démonstration avec ce gros livre sur la répression violente d’une manifestation étudiante en 1970 sur un campus de l’Ohio.
Une fois encore un “one shot”, percutant et très immersif.

Rappelons que ce prix récompense un album publié entre les mois d’octobre 2019 et septembre 2020, un album initialement publié par un éditeur anglophone, pour un public anglophone et dont la traduction est assurée par un éditeur francophone pour le marché français.

Le prix Comics de la Critique ACBD s’inscrit dans l’exigence graphique et narrative propre aux différents prix portés par l’Association des Critiques et journalistes de Bande dessinée.

Choisis par le comité de sélection (composé des journalistes et critiques spécialisés comics, Yaneck Chareyre, Bernard Launois, Aurélien Pigeat et Florian Rubis), les cinq albums sont ensuite soumis au vote de l’ensemble des membres de l’ACBD.

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Des Bulles pleines d’Humanité pour Judith Vanistendael

Judith Vanistendael a reçu le prix Bulles d’Humanité pour ses Deux vies de Pénélope.

Cette deuxième édition du prix “Bulles d’Humanité”, initié l’an passé par le journal du même nom, n’a certes pas eu le même retentissement, faute de remise et de cérémonie au sein de la Fête de l’Humanité.

En revanche, après Révolution, cet album Les deux vies de Pénélope ne démérite pas au palmarès de ce prix qui entend associer dimension historique et dimension citoyenne.

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“Sengo”, un duo d’anciens combattants de 1945 pour le Prix ACBD Asie 2020

Le prix ACBD Asie 2020 (qui distingue une bande dessinée asiatique remarquable parue en français entre juillet 2019 et juin 2020) a été attribué à Sengo, de Sansuke Yamada.

En ce soixante-quinzième anniversaire de l’explosion de la bombe d’Hiroshima et Nagasaki, c’est un récit dans les ruines du Japon défait qui a reçu cette année le Prix ACBD Asie: Sengo de Sansuke Yamada (publié en française aux éditions Casterman).

Ce récit en deux volumes replonge dans le Tokyo détruit et défait de 1945, et se construit autour des retrouvailles de Toku Kawashima et Kodamatsu Kuroda, deux soldats démobilisés, dont ont découvrira progressivement la force des liens, mais aussi les traumatismes endurés durant le conflit, au cours de diverses séquences de flash-back.

Toku, ancien capitaine, est revenu de la guerre comme un spectre hanté par la défaite, esprit déphasé incapable de se réadapter à cette vie civile dans laquelle il apparaît irrémédiablement décalé. Kodamatsu, à l’inverse, soldat sous les ordres de Toku, est une force de la nature, un brin balourd mais roublard et très débrouillard.

Dans un pays exsangue et en ruines, subissant l’occupation américaine, les deux acolytes, vivent d’expédients et de petits trafics. Une existence un peu sordide traité sur un registre tragi-comique, baroque oscillant entre violence et burlesque.

Si le ton évolue dans le deuxième tome, vers un registre plus dramatique sur fond de crime de guerre, le duo picaresque – qui fait un peu songer à Don Quichotte et Sancho Pança – s’avère incontestablement toujours aussi attachant et très humain.

Le trait vif ainsi que la vivacité des dialogues (pour la version française en tout cas) apportent un rythme soutenu à cette saga pleine de fraternité.

Parue entre 2013 et 2018 au Japon, la série initiale comptait sept volumes. Dans sa version française, les deux premiers tomes sont parus au début de l’année, le troisième en juillet et le quatrième est annoncé pour octobre prochain.

Pour en revenir au prix ACBD 2020, Sengo l’a emporté dans une sélection finale de grande qualité. Sans trahir le secret des votes, on peut saluer aussi, et ainsi, La Vis, exhumation de récits de la fin des années 60 de Yoshiharu Tsuge, récits novateurs qui n’ont rien perdu de leur impact et de leur fascination.

 

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Cinq titres majeurs en lice pour le prix ACBD 2020

Cinq titres sont en lice pour le prix Asie de la Critique ACBD 2020. Un quinté majeur pour une année qui restera forcément dans les annales

La délibération pour le prix Asie de la Critique ACBD 2020 arrive à son terme, ce 1er juillet, date limite pour le vote des membres de l’Association des journalistes et critiques de bande dessinée afin de décerner ce prix annuel du meilleur manga ou manhwa (bande dessinée coréenne).

En cette année particulière où le trophée ne sera pas remis, comme d’habitude, lors de la Japan Expo (annulée, elle aussi), cinq titres sont en compétition. Et il s’agit là d’une très belle sélection, dont il est bien difficile de distinguer un seul titre.

Par ordre alphabétique (et avec l’ajout d’une vidéo de présentation faite par l’éditeur).

Blue Giant, Shinichi Ishizuka (éditions Glénat). La première série fait 10 titres (le dernier sortant en ce mois d’août) et conte le choc éprouvé par un lycéen, au départ fan de basket, et comment celui-ci entend devenir le meilleur saxophoniste de jazz au monde. Dans un style réaliste et une approche pédagogique, Ishizuka parvient aussi de façon magistrale à faire vibrer la musique dans ses pages.

 

Mauvaise herbe, Keigo Shinzo (éditions Le Lézard Noir). Sur fond de prostitution infantile et de bas-fonds glauques, la rencontre touchante – et un brin ambiguë – entre un policier terrassé par la mort accidentelle de sa fille et une jeune fugueuse dans laquelle il place ses espoirs de rédemption. Mêlant thématique sociale et émotions, un manga bénéficiant qui plus est d’un très joli dessin.

 

Ma vie en prison, Kim Hong-mo (éditions Kana). Oeuvre autobiographique, d’une ex-leader étudiant racontant son séjour de quelques mois en prison, en Corée du Sud. Un témoignage assez haut en couleurs de l’univers carcéral, raconté frontalement.

 

Sengo, Sansuke Yamada, Casterman. Dans l’immédiat après-Seconde guerre mondiale, dans un Tokyo en ruines, les retrouvailles de deux anciens compagnons d’armes, un lieutenant et son ex-subordonné. Entre petits trafics et survie, une évocation forte – et parfois truculente – du Japon détruit de l’époque.

 

La Vis, Yoshiharu Tsuge, Cornélius. Un ouvrage véritablement historique. Paru en 1968, mais n’ayant jamais obtenu jusqu’ici l’autorisation d’une traduction en français, cette série de nouvelles a marqué un tournant dans la production de mangas japonaise, jusqu’alors exclusivement destinée aux enfants et aux ados (une intéressante préface évoque bien la chose). Dans une atmosphère à la fois onirique et dépressive, Tsuge met en scène un univers étrange et fascinant, aux limites du fantastique. Plus de cinquante ans plus tard, l’effet est toujours aussi saisissant.

 

Par ailleurs, le Comité de Sélection Asie-ACBD, coordonné par Aurélien Pigeat et composé de journalistes spécialisés en mangas et fans du genre, recommande la lecture des autres 15 séries ou titres:

En proie au silence, d’Akane Torikai, éd. Akata
Getter Robot, de Gô Nagai et Ken Ishikawa, éd. Isan Manga
Gigant, d’Hiroya Oku, éd. Ki-oon
Himizu, de Minoru Furuya, éd. Akata
Hi Score Girl, de Rensuke Oshikiri, éd. Mana Books
Intraitable, de Choi Kyu-Sok, éd. Rue de l’Échiquier
Kamuya Ride, de Masato Hisa, éd. Vega
Les Liens du sang, de Shûzô Ôshimi, éd. Ki-oon
Maladroit de naissance, de Yaro Abe, éd. Le Lézard Noir
Ma Maman, de  Li Kunwu, éd. Kana
Origin, de Boichi, éd. Pika
Peuple invisible, de Shohei Kusunoki, éd. Cornélius
Un pont entre les étoiles, de Kyukkyupon, éd. Akata
La Voie du tablier, de Kousuke Oono, éd. Kana
Zenkamono, de Masahito Kagawa et Tohji Tsukishima, éd. Le Lézard Noir

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Sherlock Holmes en tête du Prix Polar SNCF

Le jury du 20e Prix SNCF du polar ont rendu leur jugement. Et pour la catégorie Bande dessinée, c’est Dans la tête de Sherlock Holmes, de Cyril Liéron et Benoît Dahan (éditions Ankama) qui se retrouve primé. Cette relecture des enquêtes du célèbre héros de Conan Doyle se distingue – comme le titre l’indique – par une volonté de raconter la démarche de Sherlock Holmes “de l’intérieur” (comme ses auteurs s’en expliquaient en début d’année au site ActuaBD). Et ce choix se traduit par une mise en page très imaginative et audacieuse et un graphisme ne manquant pas non plus de personnalité.

A noter que l’album s’est imposé au sein d’une sélection plutôt haut de gamme, qui comprenait Cassandra Darke de Posy Simmonds (ed. Denoël Graphic), Tumulte de John Harris Dunning et Michaël Kennedy (ed. Presque Lune), Le Détection Club de Jean Harambat (ed. Dargaud), No Direction d’Emmanuel Moynot (ed. Sarbacane) et Grasskings de Matt Kindt et Tyler Jenkins (ed. Futuropolis).

Une affiche signée Joan Sfar, pour cette 20e édition.
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De quoi lire cet été avec les “indispensables” de l’ACBD

Les librairies ont rouvert. Occasion de découvrir, un brin en désordre, les nouveautés décalées ou redécouvrir des ouvrages de début d’année, éclipsés par ce fameux virus. Bref, plus que jamais, la liste des “indispensables de l’été” proposée par l’Association des journalistes et critiques de bande dessinée (dont fait partie l’auteur de ces lignes, pour être totalement transparent) peut être utile

Afin de faciliter l’orientation des lecteurs parmi la masse des nouveautés et à partir de la liste de toutes les bande dessinée parues entre le 1er novembre 2019 et le 6 juin 2020 (environ 1 900 titres), les 96 membres actifs de l’ACBD ont choisi, chacun, 10 albums qui leur ont semblé incontournables. Voici donc les dix albums qui ont retenu l’attention des membres de l’ACBD. A emporter en vacances, par ordre alphabétique :

Aldobrando ​par Gipi et Luigi Critone (éditions Casterman). Un très joli conte vaguement médiéval et un peu philosophique.

La Bombe​ par Didier Alcante, Laurent-Frédéric Bollée et Denis Rodier (éditions Glénat). Le récit, très documenté et détaillé, dans un style très réaliste de la lutte pour la réalisation de la bombe atomique, depuis l’entre-deux guerres jusqu’à l’expolosion d’Hiroshima et Nagasaki. Une page d’histoire méconnue brillamment restituée.

L’Homme qui tua Chris Kyle ​par Fabien Nury et Brüno (éditions Dargaud). L’évocation du plus fameux snipper de l’armée américaine, s’étant illustrée en Irak et à qui Clint Eastwood consacra un film et des conditions de sa mort. Mais aussi, en creux, un portrait en clair-obscur de l’Amérique récente.

La Nuit est mon royaume​ par Claire Fauvel (éditions Rue de Sèvres). Le parcours – voire le combat – de deux adolescentes de banlieue rêvant de devenir rock stars. Un récit social et sentimental très bien rythmé.

Mind MGMT​, tome 1 par Matt Kindt (éditions Monsieur Toussaint Louverture). Une trilogie inédite en français, datant de 2012 de cet important auteur américain (dont la maison d’édition bordelaise avait déjà publié l’excellent polar Du sang sur les mains). Entre espionnage et thriller psychologique sur fond d’agents secrets aux pouvoirs psychiques très spéciaux.

Paul à la maison​ par Michel Rabagliati (éditions La Pastèque). Neuvième tome de l’autobiographie fictionnelle de l’auteur canadien. Cette fois, Paul vit une drôle de crise de la cinquantaine, après un divorce, une fille désirant s’établir à l’étranger, sa mère souffrant d’un cancer et ses propres problèmes dentaires. Mais, comme toujours, c’est touchant et plein d’autodérision.

Payer la terre​ par Joe Sacco (éditions Futuropolis). Le grand retour de Joe Sacco à la “BD-reportage”. Un gros livre-enquête auprès des peuples premiers du nord ouest canadien. Et un récit magnifique, entre enquête journalistique et approche ethnographique sur la destruction des hommes et de la nature.

Peau d’homme​ par Hubert et Zanzim (éditions Glénat). En pleine Renaissance italienne, une jeune femme se vêt d’une “peau d’homme” magique, qui va lui permettre de ressentir les sentiments masculins. Et découvrir la vérité sur son futur mari. Réflexion subtile sur l’amour et l’homosexualité.

Pucelle T.1​ par Florence Dupré la Tour (éditions Dargaud). Florence Dupré La Tour avait évoqué, dans son précédent album son enfance bucolique à la campagne. Elle y revient, mais en s’intéressant plus cette fois ci aux moeurs d’une famille très catholique et pas mal coincée, d’où sa découverte angoissante de la sexualité. Mais, le tout est raconté avec beaucoup d’humour.

Un travail comme un autre ​par Alex W. Inker (éditions Sarbacane). Cette adaptation d’un roman de Virginia Reeves, plonge dans l’Amérique rurale de l’entre deux-guerres, autour d’une famille de fermiers de l’Alabama. Avec, comme toujours chez Alex W.Inker, un travail graphique en parfaite adéquation avec son sujet.

 

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Un air révolutionnaire souffle sur le palmarès du 47e Festival d’Angoulême

Retour sur le palmarès de ce 47e Festival international de la bande dessinée (FIBD) d’Angoulême. Une édition 2020 marquée par l’expression du malaise et de la colère des autrices et auteurs.

Au palmarès traditionnel des albums primés à Angoulême, il faudrait ajouter, cette année, un prix de la contestation, plutôt joliment remporté par les autrices et auteures présents. Entre Jul réussissant à faire poser Emmanuel Macron avec le fameux tee-shirt “LBD 2020”, le fanzine du même nom édité à l’occasion ou l’intervention massive d’auteurs sur scène, lors de la soirée de clôture, ce samedi, masqués derrière des feuilles blanches pour illustrer, symboliquement, leur disparition.

Intervention des auteurs et autrices de BD lors de la cérémonie de clôture du festival.

Mais cet affichage du malaise des autrices et des auteurs, dans une précarité croissante pour une majorité d’entre eux – ainsi que l’a aussi acté le rapport Racine récemment rendu public – n’empêche pas d’évoquer aussi leur production et les albums mis à l’honneur cette année.

Un “fauve d’or” au titre résonnant comme un manifeste dans le climat actuel

Le Fauve d’or du meilleur album, prix le plus important du festival est donc revenu cette année à Florent Grouazel et Younn Locard pour Revolution – Tome 1 Liberté  (éditions Actes Sud/L’An 2). Un titre déjà salué ici à sa sortie et qui a déjà obtenu en septembre le prix prix Bulles d’Humanité décerné par le quotidien communiste lors de la Fête de l’Huma ; un album qui avait aussi fait partie du dernier quintet d’albums du Grand prix ACBD de la critique.

Une reconnaissance multiple qui vient légitimer couronner un livre très réussi, sorte de roman choral de la Révolution française, mais aussi le début d’un projet plus ample, puisque à ce tome 1 “Liberté” doivent venir s’ajouter, logiquement, les tomes 2 et 3, “Egalité” et “Fraternité”. Et, quelque part, ce prix renverrait presque aussi, symboliquement, au climat actuel (à noter que l’Humanité, encore, avait eu une certaine intuition en réutilisant le dessin épuré de la couverture pour son cahier spécial sur la “bande décimée”, ce jeudi).

Le Fauve spécial du jury est décerné à Clyde Fans (ed. Delcourt), de Seth, récit intimiste et familial sur un ancien patron d’une usine de ventilateurs.

Le Fauve de la série est revenu à Dans l’Abîme du temps, de Gou Tanabe, qui après les déjà superbes Montagnes hallucinées poursuit ici son oeuvre d’adaptation de Lovecraft, avec cette fois un scientifique développant une inquiétante double personnalité.

Le Fauve Révélation est décerné à Lucarne de Joe Kessler, cinq histoires fantastiques dans une ambiance chromatique très tranchée et particulière.

Le Fauve de l’audace est décerné à Giacomo Nanni pour son récit italien et choral Acte de Dieu (ed. Ici même).

Le Fauve du patrimoine a été décerné à la fantasmagorique et psychédélique Main Verte et autres récits (ed. Cornélius) de Nicole Claveloux et Edith Zha.

Le Fauve Prix du public a été remis à Chloé Wary pour son équipe de footballeuses de banlieue de La Saison des roses (ed. FBLB)

Le Fauve Polar est décerné à No Direction (ed. Sarbacane), le road-trip américain et sanglant d’Emmanuel Moynot.

Le prix de la bande dessinée alternative est revenu à la plateforme de BD croate Komikaze.

Le prix Goscinny, pour le scénariste, a été remis – à juste titre – à Gwen de Bonneval et Fabien Vehlmann pour Le Dernier Atlas (ed. Dupuis), dont le deuxième tome est attendu pour ce printemps.

Le Fauve jeunesse est revenu aux Vermeilles (Actes Sud) de Camille Jourdy. Une BD en forme de récit initiatique pour une petite fille découvrant des êtres étranges dans une forêt.

Le Fauve jeunes adultes a été remis pour sa part au Tigre des neiges (ed. Le Lézard noir) de Akiko Higashimura. Un manga historique sur un puissant seigneur de guerre du XVIe siècle, génial stratège… qui pourrait bien être une femme.

Des fauves d’honneur ont aussi été remis à Nicole Claveloux et Yoshiharu Tsuge.