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Bulles Picardes heroïc fantasy Les albums à ne pas rater

Le Danthrakon livre ses recettes

 Le Danthrakon, tome 2: Lyreleï la fantasque, tome 3: le marmiton bienheureux, Christophe Arleston (scénario), Olivier Boiscommun (dessin), Florence Torta (couleurs). Editions Drakoo / Bamboo, 56 pages, 14,90 euros.

Suite et fin rapide pour cette nouvelle trilogie d’Arleston. A peine un an après la parution du réjouissant tome 1, la saga s’achève donc en cet automne.

Ayant vu sa vie bouleversée après avoir involontairement fait se “déverser” en lui, le maléfique livre Le Danthrakon, le pauvre marmiton Nuwan n’est pas au bout de ses peines.

Ayant échappé de peu aux troupes de l’inquisiteur Amutu, il était allé cherché refuge chez la presque-immortelle Lyreleï, la mère de Lerëh, étudiante et amie qui l’accompagne dans son périple, tout comme Garman et Tinpuz, le fuff, son anima de compagnie. Mais le répit est de courte durée. Amutu débarque bientôt sur sa mygatule tandis que le père de Lerëh, le cruel duc Funkre d’Arpiome, entend bien, lui aussi prendre possession du Danthrakon.

Après quelques révélations familiales assez corsées, et la naissance d’une relation véritablement fusionnelle entre Lerëh et Lyreleï, la vérité et le combat final éclateront sur l’archipel de Fragonos.

Occasion, au milieu d’un combat dantesque de mages, de recevoir une leçon de sagesse, de concevoir une recette gastronomique pleine d’amour, mais surtout de découvrir le formidable secret de Tinpuz…

Des combats de  sirènes, des mages plus ou moins sages, des héroïnes n’ayant pas froid aux yeux, un (anti)héros largement dépassé par l’ampleur de ses pouvoirs durant une bonne partie de l’aventure, des peuplades étranges qui cohabitent… Cette première trilogie d’heroïc-fantasy post-Lanfeust de Christophe Arleston a donc bien des similitudes avec la glorieuse oeuvre passée, mais on peut aussi y voir des clins d’oeil aussi vers la Quête de l’Oiseau du Temps (avec le rôle clé joué par Tinpuz).

La différence se fait avec un dessin moins semi-réaliste moins nerveux et plus aseptisé et un ton plus doux – même si les trois albums, et singulièrement le dernier, ne manquent pas de combats voire de morts violentes.

Plus légère, cette histoire-là n’en reste pas moins distrayante, pleine de rebondissements et d’une lecture agréable. Et c’est la démonstration que Christophe Arleston n’a pas perdu la main pour cuisiner sa petite saga d’heroïc-fantasy.

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Bulles Picardes heroïc fantasy légendes Les albums à ne pas rater

La Chanson de Renart revue façon Donjons par Joan Sfar

 La chanson de Renart, tome 1: Le Seigneur des entourloupes, Joann Sfar. Edition Gallimard, 56 pages, 16 euros

L’aventure commence sur une place de village provençal au moyen âge. Deux pèlerins, Blaise et Poron (sous forme de chiens), chantent devant un public ébahi les aventures de Renart, un animal rusé, menteur, chapardeur et égoïste doublé d’un bon parleur. Il cherche à mythifier tout le monde avec ses histoires invraisemblables, et en premier lieu son meilleur (et seul) ami le brave loup Ysengrin. Mais ses mensonges et mauvaises manières lassent le bon roi  (sous la peau d’un lion) qui ne sachant pas quoi en faire le chasse en enfer. Renart découvre qu’un grave complot fomenté par la Mort et le Diable menace le monde.

Renart et son ami Ysengrin, venu à son secours, rencontrent alors Takka, un jeune garçon à la force sur-humaine et une jolie nymphe du nom de Marie de France (une poétesse de la Renaissance, ayant réellement existé), amie de Merlin l’Enchanteur transformé en statue. Ensemble ils combattront la horde de morts-vivants venus détruire l’humanité.

Avec La chanson de Renart, le prolifique auteur de bande dessinée Joann Sfar (Donjons, Le Chat du Rabbin, Petit vampire, etc.) réinvente Le Roman de Renart, ce récit médiéval devenu légendaire, issu de la tradition orale. Dans cette chanson en vers, l’animal est antipathique et s’amuse à faire souffrir les autres animaux, dont le loup Ysengrin, son meilleur souffre-douleur.

Un héros peu recommandable, dans la lignée de Scapin ou de Sganarelle, qui inspire depuis longtemps Joann Sfar, déclarant en postface de l’album « l’avoir eu dans la tête depuis toujours » et « sans lequel le Chat du rabbin n’aurait probablement jamais existé ». Il est d’ailleurs assez troublant de voir une similitude graphique et d’esprit entre son Chat (dont le tome 10 vient se sortir chez Dargaud) et Renart, dotés tous deux d’une intelligence hors pair sachant décrypter le monde dans lequel ils vivent (l’Algérie coloniale pour l’un, le Moyen âge pour l’autre).

Passionné de cette période, qu’il avait déjà allègrement illustrée dans la série Donjons avec Lewis Trondheim, Joann Sfar réadapte cette fable où animaux et humains apprennent à vivre ensemble dans une version heroïc fantasy digne de Tolkien (le titre Le Seigneur des entourloupes pouvant d’ailleurs être un clin d’oeil à l’autre seigneur, celui des anneaux).

Dans ce récit épique et comique, où Merlin a des allures de hipster bobo et Ysengrin est transformé en sorte de Conan le barbare,  Sfar envoie ses personnages, armés de haches, d’épées à deux mains ou baguettes de sorciers, sur son nouveau terrain de jeux où tout peut arriver d’une case à l’autre, comme dans les jeux de rôle de Donjon et Dragon ou dans les livres dont vous êtes le héros (succès littéraire des années 80-90).

Lui-même fan de ces univers, Joann Sfar traite ces histoires, de guerriers et morts vivants, sorciers et troubadours, en prenant le partie d’en rire sur fond de réflexions philosophiques, sociales et politiques, qui parsèment déjà l’ensemble de son œuvre.

On sent aussi et surtout que l’auteur trouve un plaisir enfantin à animer ce nouveau personnage, dont les entourloupes ne font que commencer.

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Longue vie au Fils du roi

Le fils du roi, Stanislas Moussé. Editions Le Tripode, 126 pages, 20 euros.

Le roi est mort ! Vive le roi ! Le père, modeste berger était devenu un puissant monarque, laissant en héritage son royaume à sa descendance.

Dans ce deuxième tome – qui peut se lire indépendamment du premier – c’est un nouvel héros qui se révèle, à travers une quête épique. Dans un temple enfoui, gardé par un géant monstrueux, le “fils du roi” veut récupérer une épée sacrée. Il va déclencher le réveil et la vengeance sanglante du gardien des lieux, occasionnant la destruction de son royaume, manquant de perdre la vie sous les coups de son ennemi, avant d’être sauvé par une mystérieux shaman. Et c’est aussi celle-ci qui lui donnera le moyen de vaincre, dans un étrange retour aux sources…

Longue vie était une vraie surprise, une vraie sensation graphique et narrative. Et, selon nous, il restera comme l’un des albums marquants de cette année 2020… Le Fils du roi peut difficilement prétendre atteindre le même résultat. Le lecteur de l’opus précédent est cette fois ramené à un univers plus familier, dont il a appris à posséder les codes.

De plus, Stanislas Moussé se conforme, au fil de pages de plus grand format, à un retour vers un “gaufrier” plus classique, même si cette suite comporte encore ponctuellement de grands dessins pleine page à l’étrangeté confirmée, dans un style toujours naïf multipliant les petits détails de façon presque obsessionnelle. Et, bien sûr, il s’agit encore d’un récit muet, toujours aussi facilement lisible et compréhensible.

Comme souvent, l’héritier n’arrive pas à égaler le fondateur de la dynastie. Petite déception, alors ? Plutôt suite logique, sans l’effet de surprise de l’opus inaugural, bien sûr. Mais suite non sans cohérence et qui amène un prolongement ludique à l’univers fascinant de Stanislas Moussé.

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Sa Majesté des ours, début d’une nouvelle saga animalière majestueuse

 Sa majesté des ours, tome 1: les colonnes de Garuda, Olivier Vatine (idée originale et storyboard), Dobbs (scénario), Didier Cassegrain (dessin et couleurs). Label Comix Buro, editions Glénat, 56 pages, 14,50 euros.

Dans le monde d’Holmgraad, hommes et animaux vivent dans des civilisations séparées. Mais un jour, un jeune humain est retrouvé échoué sur la plage de Valencyre, le royaume des ours. Pire, il arrive porteur d’une menace: les hommes chercheraient, avec l’aide d’une nécromancienne que l’on croyait neutralisée, a créer une armée de mercenaires morts-vivants afin de reconquérir les cités animales.

Prenant la menace au sérieux, le roi ours Von Noord envoie son fils, le prince Kodiak accompagné du jeune humain et de quelques autres personnes de confiance, vers le “peuple du ciel” et son roi oiseau Pyrargue.

Voici donc une nouvelle histoire antropomorphique de fantasy. Un genre dans l’air du temps, avec le succès récent des 5 Terres, à laquelle cette Majesté des ours fait forcément songer. Sans atteindre, dans ce premier tome, la complexité et le brio de la saga de Lewellyn and co, le charme opère dans cette version animalière de Game of Thrones. Les personnages sont bien construits et leurs premières aventures comptent déjà quelques morceaux de bravoure graphique – dont le cliffhanger final.

Sous la houlette inspirée d’Olivier Vatine, le scénario de Dobbs fonctionne bien, entre les petites anecdotes familières et un contexte épique voire mythologique encore en partie mystérieux. Didier Cassegrain, dont on avait pu apprécier dernièrement le talent dans le triptyque des “univers de Stefan Wul” Piège sur Zarkass, fait bien vivre ses personnages et propose des images majestueuses des terres d’Holmgraad dont les, effectivement, impresionnantes colonnes de Garruda, frontière maritime du peuple du ciel, qui donnent le titre à ce premier tome.

On regrettera juste des tons un peu pâles et une sorte de grisaille enveloppant les pages (du moins dans l’exemplaire reçu). Mais on continuera volontiers à accompagner Kodiak et ses amis dans leur quête.

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Bulles Picardes heroïc fantasy Les albums à ne pas rater science-Fiction

Donjon, l’avenir du futur de Rubéus Khan

 Donjon Antipodes + 10 000: Rubéus Khan, Joan Sfar et Lewis Trondheim (scénario), Vince (dessin), Walter (couleurs). Editions Delcourt, 48 pages, 11,95 euros.

L’horizon du Donjon s’est encore élargi depuis la relance de la série. Après nous avoir ramené aux origines lointaines de Terra Amata, avec la réjouissante Armée du Crâne, c’est cette fois une projection vers un futur tout aussi éloigné, bien au-delà du “crépuscule”.

Plus de “donjon”, de château ou de chevalier. Mais les Vaucanson sont toujours là. Stanislas de Vaucanson est un patron tout-puissant, gérant une usine de robots géants destinés à combattre les démons surgis des entrailles de la planète. Son neveu, Robert de Vaucanson, est plus modestement veilleur de nuit dans l’usine. Une planque jusqu’à la nuit où des malfaiteurs s’introduisent dans la société. Robert parvient à les faire fuir, mais pas à empêcher l’explosion d’une partie de l’usine. Mais la pire déception est d’apprendre que l’attaque avait été montée par Stanislas, pour arnaquer l’assurance et masquer ses faiblesses technologiques. Sans pitié et pour masquer ses méfaits, l’oncle fait alors emprisonner son neveu pour trente ans et fait disparaître le fils de ce dernier.

En prison, Robert se forge un caractère de guerriers à travers des combats clandestins. Avec une seule idée en tête: retrouver son enfant et se venger. L’intrusion surprise d’un robot géant va lui offrir l’opportunité de s’évader. Et de se transformer en Rubéus Khan, marchant ainsi, de nombreux siècle plus tard, dans le sillage du destin de son lointain ancêtre Herbert.

C’est un prolongement assez déroutant de leur univers foisonnant que proposent Sfar et Trondheim avec ce Rubéus Khan. Avec un aspect dur et sombre, sans la fantaisie qui allège les albums de Donjon. Ici, la première partie relève du récit de prison et la seconde d’un combat d’un père pour retrouver son fils, acceptant de devenir un champion de combats clandestins pour un boss de la mafia.  Sans oublier un contexte et un sous-texte plus social, avec ces politiciens véreux ou ce système où les hommes se voient privés de leur boulot par des robots… dont ils sont, comme Robert, contraint, de surveiller l’usine qui les fabrique. Une distorsion qui est encore renforcée par le dessin de Vince, avec un Robert de Vaucanson à la tête lorgnant fortement vers le Donald de Disney, des personnages plus anthopomorphes et, globalement, une ambiance nettement plus musclée, voire “badass”.

Ceci dit, la dernière partie de l’album – qui n’est pas la fin de l’histoire – avec son combat épique contre les démons ramène vers l’ambiance plus habituelle, et paradoxalement, un brin plus délurée de la série. Et, au-delà de l’étrangeté première ressentie, Rubéus Khan est vite attachant, par le dynamisme insufflé à sa quête et par les seconds rôles qui parsèment l’histoire, comme l’ourse Mimi ou le finalement paternaliste “Don” de la mafia.

Et puis, décalant l’aspect sérieux, Vince s’amuse à multiplier les clins d’oeil graphiques. En plus de Donald, donc, on découvre Diabolo (l’acolyte de Satanas du dessin animé Hanna-Barbera) parmi les malfaiteurs du début ou un clone de Goldorak parmi les robots protégeant l’humanité des démons.

Bref, un nouveau ton pour une nouvelle époque. Et la confirmation que Donjon est toujours apte à évoluer et à se perpétuer.

Et, comme pour la plupart des albums récents de chez Delcourt, Rubéus Khan a aussi sa “réalité augmentée”. En l’occurence, ici, le storyboard de toutes les planches. Un “bonus” pas indispensable, mais incontestablement intéressant.

Une des premières planches…

 

Et son premier story-board, à découvrir en réalité augmentée sur son smartphone (en téléchargeant l’appli Delcourt-Soleil)
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Le grand jeu continue dans les 5 Terres

  Les 5 terres, tome 3 : l’amour d’un imbécile, David Chauvel (idée originale), Didier Poli (direction artistique), Lewelyn – alias Andoryss, Chauvel, Wong (scénario), Jérôme Lereculey (dessin), Dimitris Martinos (couleurs). Editions Delcourt, 56 pages, 14,95 euros.

Angleon, la terre des félins, est de nouveau plongée dans le chaos. Après la mort du vieux roi tigre Cyrus, c’est le tout nouveau roi, Hirus, qui est décédé à son tour, tué lors d’une querelle avec son frère Moron, sous les yeux du cadet, le jeune Mederion. Profitant de cette instabilité politique, les lions entendent retrouver la primauté de leur pouvoir passé et reprendre le trône, profitant aussi du fait que Mederion est encore trop jeune, durant quelques semaines, pour pouvoir accéder au trône, laissé en régence à l’Ombre du roi. Tandis que les lions fomentent des troubles, This, le jeune cadet, meurtrier malheureux d’un camarade lors d’un duel se rapproche de Mederion et lui avoue le concours de circonstances qui a fait de lui un cadet.

Pendant ce temps, d’autres complots – plus inoffensifs – se mettent aussi en place. Astrelia, la fille de Cyrus, enceinte d’un garde lion, s’est enfuie. Et les jeunes adolescents retenus sur Angleon pour symboliser la concorde entre les espèces cherchent eux aussi à quitter la principauté.

Parvenue au mitan de ce premier cycle des “5 Terres”, la saga imaginée par David Chauvel et produite par un vrai studio d’auteurs conserve tout son rythme. Et ce troisième épisode parvient encore à accentuer les rebondissements tortueux et le machiavélisme des personnages – surtout ceux portant sur eux une innocence angélique et juvénile. En cela, ce récit d’heroïc-fantasy politique (anthropomorphisme à part) s’inscrit bien toujours dans le sillage de Game of Thrones. Et comme dans la fameuse saga de J.R.R. Martin, l’équipe parvient brillamment à mener en parallèle les différentes lignes du récit, sans jamais perdre le lecteur, ni faire baisser l’intensité de l’histoire.

Le dessin de Jérôme Lereculey, lui, malgré la rapidité de publication, demeure toujours aussi splendide et majestueux. Bref, une super-saga – par son ambition et le nombre de volumes envisagés – mais déjà par la qualité et la perfection de ces brillants débuts.

Vivement septembre et l’arrivée annoncée, déjà, du quatrième volume.

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Rok en stock pour l’Ultralazer

 Ultralazer, tome 2: Rok, Pauline Giraud et Maxence Henry (scénario), Yvan Duque (dessin). Editions Delcourt, 128 pages,  18,95 euros.

Horb et ses amis ont réussi à fuir les Buzards, mais le roi des bêtes de la planète Topoï à dû se sacrifier pour cela. Après ce final retentissant du tome 1, la petite bande a donc débarqué sur la planète désertique Rok. Mais elle aussi est passée sous la domination des oiseaux prédateurs qui se sont installés dans la cité d’Agathe Xiloïde, construite au pied d’un arbre géant abritant un autre roi des bêtes, désormais fossilisé comme ultime défense.

Lekok, le déserteur buzard, leur apprend alors les liens entre les trois planètes Topoï, Rok et Ynox, patrie des buzards. Et Kabiyo, l’encombrant mais attachant homme-poisson va lui aussi faire une révélation stupéfiante, qui va entraîner Horb dans une nouvelle bataille, où il va engager ses nouveaux super-pouvoirs pour la préservation de la planète…

La jolie découverte de ce récit fantasy plein de fantaisie se poursuit sur un même rythme trépidant dans ce deuxième tome. Celui-ci débute par le dévoilement de ce fameux ultralazer, l’arme qui pourrait modifier la donne dans la lutte contre les buzards. De ce fait, la quête change de nature et s’oriente vers une plus classique résistance contre les sinistres occupants de la planète Rok. Mais celle-ci réserve encore son lot de rebondissements et de personnages haut en couleur. Et les séquences d’action, un peu confuses dans le tome 1, sont nettement plus lisibles cette fois.

Toujours porté par son univers très coloré, et plus que jamais empreint de considérations écologiques, cette nouvelle étape de la quête initiatique d’Horb se montre tout aussi attrayante et attractive. De quoi attendre avec impatience, mais aussi sérénité, la suite et un retour à “la source” annoncée pour l’année prochaine.

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Le début d’une nouvelle ascension galactique

 Ascender, tome 1: la galaxie hantée, Jeff Lemire (scénario), Dustin Nguyen (dessin). Editions Urban comics, coll. Urban Indies. 136 pages, 10 euros.

Jeff Lemire et Dustin Nguyen entament donc une suite à leur enthousiasmante série Descender.

Dix ans ont passé depuis la réapparition des “Moissonneurs” – ces mystérieux robots géants à l’origine en fait de l’humanité – et la destruction de la majeure partie des populations des planètes du Conseil galactique unifié (CGU). La phobie anti-robots qui avait dominé les dernières années de la CGU a laissé place à un monde désormais très largement dépourvu de technologies et où la magie règne. Ce qui reste des mondes habités vit sous le joug de « Mère », une sorcière malfaisante aux pouvoirs incommensurables. Mais, justement, voilà que des signes semblent évoquer l’apparition d’un « contre-pouvoir » magique qui pourrait redonner de l’espoir à la résistance des dernières forces de la CGU.

Loin de tout ça, sur la planète Sampson, Andy, l’un des héros du précédent cycle, désormais père d’une petite fille curieuse et débrouillarde, Mila, tente de se faire oublier. Mais l’arrivée impromptue d’un petit droïde canin- qu’Andy connaît bien – va les contraindre à un exil dangereux et forcé.

Après le sans-faute de Descender, Jeff Lemire et Dustin Nguyen avaient promis une suite rapide à leur saga (une chronologie détaillée, en fin d’album, permet de se rafraîchir la mémoire sur tous les rebondissements précédents). En voilà les débuts, toujours pensés en hommage aux oeuvres d’Isaac Asimov et de Philippe K.Dick (plus, pour ce premier tome, une pointe de Stars Wars, avec cette « résistance » et ce héros se révélant l’élément clé du changement). Et le charme opère toujours. Plus linéaire, moins ouvertement SF et s’ouvrant à des éléments de pure Fantasy (la magie reprenant ses droits, dragons et trolls apparaissant au fil des pages), le récit se fait vite prenant, après les premières pages qui peuvent laisser un peu perplexes. Mais, une fois le cadre posé et Andy revenant au centre de l’histoire, celle-ci s’écoule avec fluidité et sur un bon rythme. Ce nouvel univers se coule habilement dans le cadre posé par l’ancien monde, dont on voit d’ailleurs avec plaisir réapparaître quelques personnages. Et le personnage de Mila s’impose déjà par sa force de caractère. Plus simple, pour l’instant, centrée sur la fuite d’Andy et de sa fille, l’histoire en conserve les dimensions géopolitiques et « galactiques » qui faisaient la richesse de Descender.

Quant aux dessin à l’aquarelle de Dustin Nguyen, s’il ne surprend plus autant – forcément, après six volumes – il garde toute sa force de séduction, par la finesse de son trait et l’étrange beauté de ses planches. Bref, un début de deuxième cycle qui ne démérite nullement.

 

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Dans le pandémonium de Colt & Pepper

 Colt et Pepper, tome 1: pandémonium à Paragusa, Darko Macan (scénario), Igor Kordey (dessin), Anubis (couleur). Editions Delcourt, 56 pages, 14,95 euros.

Les “réalités historiques alternatives” sont dans l’air du temps en ce début d’année. Après le Paris Belle Epoque et “merveilleux” des Artilleuses, voici une Amérique du XVIIe siècle où se côtoient des indiens, des conquistadors, mais aussi des orques, des créatures magiques multiformes, des licornes ou un cyclope… L’estimé capitaine de la garde de Paragusa, Salomon Culpepper tente de gérer au mieux ce pandémonium en attendant sa retraite toute proche. Mais une succession d’imprévus vont le contraindre à devenir un fugitif, afin de sauver son rebelle de neveu, Coltrayne, après avoir dû tuer le duc de la cité. Devenus des proscrits, Colt et Pepper vont se retrouver embarqués dans une longue fuite, réfugiés d’abord à Reed Cove auprès du pirate Barth le Rouge, puis dans la ville de Zolin et son bois de bouleaux…

Cette aventure, ou du moins ce début d’histoire tient du récit picaresque revisité façon fantasy. Et il est un peu tôt, à l’issue de ce premier tome, de pouvoir vraiment émettre un avis sinon définitif, du moins affirmatif. Non pas qu’il s’agisse ici uniquement d’un album d’exposition.

Au contraire, l’action déboule d’entrée et apporte déjà son lot de créatures bizarroïdes (amalgame magique et multiforme né du pouvoir d’un nécromancien, pirate se transformant progressivement en crabe géant, limbes où errent les morts…). Une action qui s’enchaîne à rythme rapide, fruit d’une virtuose scénaristique ou d’une certaine improvisation. Et des séquences surtout rendues fortes par le dessin d’Igor Kordey, dans un style réaliste encré, très fouillé, faisant un peu songer à Richard Corben et une mise en couleur créant de vraies ambiances diverses et réussies.

Bref, une fois acté le principe que tout est possible dans ce monde de Paragusa, l’immersion est agréable et distrayante. Et on peut suivre Colt et Pepper dans la suite de leurs pérégrinations. 24

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Dix titres collector pour fêter les 15 ans d’Ankama

L’an passé, Ankama célébrait les quinze ans de son fameux jeu Dofus. En 2020, la société roubaisienne fête dans la foulée, et plus particulièrement en lien avec ce qui nous intéresse ici, les quinze ans de sa maison d’édition. Pour cela, dix titres phares du catalogue seront réédités avec une nouvelle couverture, des bonus inédits et en tirage limité. Dix albums “collector” qui visent à illustrer le dynamisme mais aussi la diversité éditoriale maison.

Dofus et Freak’s Squeele pour commencer

On commence, logiquement, en ce mois de février avec deux séries particulièrement liées à l’image d’Ankama. Dofus, bien sûr, par qui tout à commencé. Déclinaison illu

strée et mangas du jeu vidéo mais bientôt bien plus que cela, puisque la série d’albums forte de 26 tomes plus quelques hors série a aussi généré sa propre lignée de fans, de tous âges, accros à cette heroïc-fantasy loufoque et pleine d’humour.
Cette nouvelle édition “15 ans”, reprend en fait le contenu du double premier album paru pour les dix ans de la série, soit donc les épisodes 1 et 2 (Le péril Gelées et La passion du Crail), assorti en bonus d’un entretien avec le dessinateur Ancestral Z. Plus, donc, une nouvelle couverture, de quoi attirer les collectionneurs, voire révéler de nouveaux adeptes.

Autre sortie simultanée, celle du tome 1 de Freaks’ Squeele, de Florent Maudoux. L’album faisait partie des premiers édités sous le Label 619, et il imposa sa marque, avec sa bande de super-héros guère doués (issus de la Faculté d’Etude Académique des Héros) et son ambiance mixant les influences du comics, du manga et de la série B fantastique. Onze ans plus tard, la série a d’ailleurs eu une descendance assez prolifique.

Quatuor de choc en juin

La seconde vague de sorties “collector” est prévue pour ce mois de juin. Avec quatre titres cette fois.
Tout d’abord Radiant, de Tony Valente. Le mangas à la française best-seller, adapté au Japon et promis même à une prochaine adaptation en anime nippon ! Un vrai conte de fée moderne pour un projet rejeté un peu partout avant qu’Ankama ne s’y intéresse. Mais surtout une vraie oeuvre de qualité, pleine de fantaisie (et de fantasy) aux personnages attachants.
Ensuite, autre titre emblématique d’Ankama: Doggybags, hommage saignant aux films d’horreur et aux comics des années 50, à la couverture délicieusement rétro et aux histoires variées et souvent vraiment effrayantes (avec, pour le tome initial, des motards loups-garous, un récit sur la mère d’une des héroïnes de Freaks’ Squeele chez les yakuzas ou une course-poursuite rageuse dans le sud des Etats-Unis).

Les deux autres sorties programmés tranchent un peu, étant déjà deux “one-shot”. P.T.S.D. de Guillaume Singelin (“post-traumatique poétique”, selon la présentation de l’éditeur), récit d’une ex-tireuse d’élite revenue traumatisée d’un conflit et le plus méconnu Trop grand vide d’Alphonse Tabouret de Sybilline et Jérôme d’Aviau, récit initiatique faussement enfantin.

Bouquet final en octobre

Pour finir cette quinzième année en beauté, Ankama a choisi quatre titres – ou séries – un peu atypiques et pas forcément immédiatement associée à la bande dirigée par Tot. Mais quatre oeuvres remarquées.

Pour commencer, Tu mourras moins bête, la série de vulgarisation scientifique drôlatique de Marion Montaigne, très connue aujourd’hui avec une autrice également médiatisée ; un projet qui était à l’origine l’adaptation en albums du blog tenu par l’autrice et un vrai pari éditorial.

Même chose avec l’étonnant et récent Dans la tête de Sherlock Holmes. Une série toute récente puisque le premier album est paru en 2019, mais assez originale pour son parti-pris très graphique.
Autre relecture d’un classique (en l’occurrence cette fois de L’île au trésor), Jim Hawkins, par Sébastien Vastra, avec là encore une approche singulière zoomorphique et un très beau dessin.

Enfin, on se réjouit particulièrement de voir, parmi ces dix albums, Shangri-La, l’imposant et magnifique récent de science-fiction de Mathieu Bablet. Exemple de réussite artistique, éditoriale et commerciale (l’album flirterait aujourd’hui autour des 100 000 exemplaires vendus), mais aussi témoignage d’une vraie “politique d’auteurs” chez Ankama. La maison d’édition nordiste ayant édité tous les ouvrages du jeune auteur grenoblois, depuis son post-apocalyptique et déjà prenant La Belle mort puis son fascinant diptyque antique Adrastée. Et Mathieu Bablet poursuit désormais l’aventure Ankama avec le pilotage de la nouvelle anthologie du Label 619 Midnight Tales.

On pourra donc certes déplorer l’absence dans cette sélection de quelques autres oeuvres cultes, comme Mutafukaz ou Monkey Business. voire l’étonnant diptyque Un homme de goût. Mais bon, ça laisse donc de la marge pour la célébration du 20e anniversaire.

En attendant, on peut aussi, par ailleurs télécharger en ligne, le catalogue des 15 ans, enrichi déjà de courts témoignages des différents auteurs concernés.