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Des Tuniques bleues au coeur de l’actu

 Les Tuniques Bleues, tome 65: l’Envoyé spécial, Beka (scénario) et Munuera (dessin). Edition Dupuis, 48 pages, 10,95 euros. 

Pour avoir trop bien couvert des manifestations ouvrières en Angleterre, William Howard Russel, reporter au Times, est éloigné (euh pardon…) envoyé par sa rédaction en chef pour suivre de l’autre côté de l’Atlantique la Guerre de Sécession faisant rage entre les Etats (des)unis du Nord et du Sud. Sur place, l’état-major nordiste embarque dans son armée ce journaliste épris de vérité en le confiant à deux valeureux cavaliers du 22e de cavalerie (ou ce qu’il en reste) le sergent Chesterfield et le moins intrépide caporal Blutch.

Leur objectif est de donner une version (positive) de ce conflit meurtrier auprès du lectorat du vieux-monde. Mais bien entendu, rien ne se passera comme prévu. La liberté de la presse faisant généralement mauvais ménage avec la raison d’Etat !

L’Envoyé spécial, le nouvel album des Tuniques Bleues, est doublement “spécial” et historique. D’abord parce qu’il est le premier scénarisé par Beka (alias Bertrand Ecaich et Caroline Roque, spécialisés dans la littérature jeunesse) et dessiné par Luis Munuera (P’tit Boule et Bill, Zorglub...) collaborateur régulier du journal de Spirou.

Ensuite, parce que ce 65e opus paraît, une fois n’est pas coutume, avant le 64e, (qui, lui devrait sortir en 2021), le dernier scénarisé par Raoul Cauvin, qui a décidé de prendre une retrait bien méritée après plus de cinquante ans de bons et loyaux services, et dessiné par son compère Willy Lambil, accablé par cette nouvelle. Faute d’avoir pu rendre ses planches à temps, les éditions Dupuis ont décidé avec un certain sens du teasing d’inverser le calendrier des parutions.

Il y avait donc une certaine attente voire une inquiétude pour les fans de cette série culte de la bande dessinée franco-belge, dont les premières planches signées Cauvin et Salvérius (remplacé très vite par Lambil après la disparition prématurée du dessinateur) sont parues en 1968 dans le journal de Spirou. Ce far west drôlatique, se déroulant en pleine guerre de Sécession, où évoluent un sergent, militariste convaincu, plus bête que méchant, et un caporal, malin et déserteur contrarié, aux caractères radicalement opposés, a conquis des générations de jeunes lecteurs. Beaucoup sont devenus aujourd’hui parents ou grands-parents, et ont toujours autant de plaisir à replonger dans leurs lectures de jeunesse et à les partager avec leurs propres (petits) enfants.

Finalement  L’Envoyé spécial ne devrait pas les décevoir. Eux-mêmes fans de la série, Beka et Munuera ont su garder les recettes qui ont fait le succès de ces Tuniques bleues, entre humour et souci historique, délivrant chaque fois sa morale sur l’absurdité de la guerre. Ici le choix de raconter l’histoire de ce reporter anglais (William Howard Russel (1820-1907), considéré comme le premier correspondant de guerre), permet d’éclairer sur le rôle des premiers mass-médias écrits à l’ère de la Révolution industrielle, et de ses rapports déjà compliqués avec les puissants de ce monde.

A l’inverse, Beka et Munuera réussissent à sortir du cadre imposé par leurs illustres prédécesseurs en apportant leur touche personnelle graphique et narratif. Au-delà des traditionnelles péripéties de nos deux héros, le récit part dans des digressions inattendues, avec plusieurs histoires indépendantes les unes des autres qui se rejoignent à la fin (comme dans les films de Tarentino).

Ainsi le personnage du méchant sudiste est particulièrement bien brossé psychologiquement et l’intrigue sur un orphelinat tenu par une belle et jeune femme, cachant un lourd secret, détonne dans l’univers classique des Tuniques bleues.

Graphiquement les personnages évoluent aussi sous le crayon de Munuera apportant un style à la fois semi-realiste et naïf pouvant plaire à un nouveau public. Blutch (dont la tête fait étrangement penser à Titeuf) et Chesterfield sont représentés de manière caricaturale, avec des corps élancés et gros nez, dans un style assez cartoon. A l’inverse d’autres personnages, notamment ceux dans les séquences plus dramatiques (comme la femme de l’orphelinat), sont plus réalistes, dans une style proche de Jijé ou Giraud, autres maîtres du western en bande dessinée.

Le découpage est très dynamique et cinématographique avec des séquences, alternant gros plans et plans larges, dignes des films de Sergio Léone. Les scènes de batailles (qui ont toujours été superbement représentées avec Lambil et Cauvin) font l’objet de tableaux spectaculaires, dans des cases grand format voire sur une double page, sans occulter l’horreur de la guerre où les soldats meurent, avec le sang qui gicle !

Au final ces Tuniques bleues suscitent un nouvel intérêt pour cette saga qui au fil des albums avait tendance un peu à se répéter. Le livre aborde des thèmes très contemporains, comme la liberté d’informer, les fake news (toute allusion à un futur ancien président des Etats-Unis est bien entendu totalement fortuite)  et des sujets graves de société, comme le racisme, l’enfance en danger et les violences conjugales. L’album est aussi enrichi par l’interview des auteurs, expliquant leurs techniques de travail et leurs multiples inspirations.

Avec eux, la relève est assurée ! Chargeeeeez !

Un hors série sur les Tuniques-Bleues
et la guerre de Sécession

A l’occasion de la sortie de ce numéro historique des Tuniques bleues, le magazine Géo Histoire sort aussi un numéro spécial (12,90 €, disponible chez tous les marchands de journaux). Un hors série passionnant sur Les Tuniques-Bleues et la guerre de Sécession (1861-1865). Le magazine revient sur cette guerre fratricide, préfigurant les guerres modernes du Xxe siècle, ayant ravagé la jeune nation américaine. Rappelant les origines et le déroulement du conflit, l’album – cartonné à la couverture brillante à la mode BD – est superbement illustré de photos anciennes, mais aussi d’extraits de planches et de dessins inédits et aquarelles de Lambil.

Il met en parallèle avec intelligence l’univers de la bande dessinée et la grande Histoire, montrant les nombreux liens entre la réalité et la fiction, que ce soit à travers les personnalités militaires et civiles de l’époque, les batailles mémorables et le contexte historique. Ce hors série permet aussi et surtout de mieux comprendre les Etats-Unis d’aujourd’hui, dont la récente élection présidentielle, a révélé que les fractures et blessures d’hier ne sont toujours pas réparées et cicatrisées.

 

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Spirou, Soviet suprême

 Spirou chez les Soviets, Fred Neidhardt (scénario), Fabrice Tarrin (dessin). Editions Dupuis, 56 pages, 12,50 euros.

Le comte Ladislas Pacôme de Champignac, scientifique de génie et spécialiste en mycologie, est enlevé dans son château par des agents du KGB. Ces derniers réussissent à amener le célèbre professeur jusqu’au Kremlin, à Moscou, où un savant fou dangereux a besoin de ses connaissances en champignon pour son projet délirant : inoculer le gêne du communisme à chaque être humain à travers le monde !

Dans ce climat de guerre froide, dans les années 1950, Spirou et Fantasio, nos deux valeureux reporters belges aux Editions Dupuis, vont franchir le rideau de fer pour sauver leur ami aux mains des Rouges. De l’autre côté du mur, nos deux compères vont découvrir l’enfer du paradis communiste sur terre, devant échapper aux espions du KGB et fuir du goulag.

Spirou et Fantasio, accompagnés de leur fameux animal de compagnie, l’écureuil Spip, auront fort à faire pour réussir leur mission. Le monde libre compte sur eux !

Avec Spirou chez les Soviet, Fred Neidhart, au scénario, et Fabrice Tarrin, au dessin, tous deux familiarisés à l’univers de ce personnage culte de l’école franco-belge (le premier collabore au magazine Spirou le second a déjà fait un album avec Yann Le Tombeau des Champignac) nous offrent une plongée jubilatoire dans l’univers suranné des années 50 et de la guerre froide s’inscrivant dans les pas de leur glorieux aîné Hergé (le titre est un évident clin d’oeil à Tintin chez les Soviets).

Dans cette aventure librement inspirée des romans d’espionnage et d’action, à la James Bond, et parfaitement bien documentée historiquement, la galerie des personnages fictifs ou réels est très riche : le savant russe Lisenko, sorte de docteur Folamour soviétique, Khroutchev, le patron du FBI Hoover ou encore la guide officielle Natalia ( dédicace à Gilbert Becaud !), une cantatrice ressemblant à la Castafiore, ex athlète à la pilosité et la force surprenantes pouvant faire penser au Marsupilami.

Mais cet album de 55 pages est aussi et surtout un vibrant hommage à l’un des maîtres de la ligne claire André Franquin, qui dans les années 50-60 a rendu populaire le gentil petit groom bruxellois, imaginé par Rob-Vel avant-guerre pour concurrencer le journal Tintin.

Les premières planches nous donnent d’ailleurs l’impression de retrouver sous le crayon de Fabrice Tarrin, la patte artistique de l’auteur belge pilier de l’école de Marcinelle : un trait dynamique et épuré, des couleurs vives et un découpage assez classique en gaufrier s’inscrivant dans la droite lignée d’oeuvres cultes comme La mauvaise tête ou Le dictateur et le champignon.

Certaines scènes – notamment quand Spirou s’accroche à l’arrière d’une voiture – sont d’ailleurs directement transposées de ces albums. Même Gaston Lagaffe (autre héros fétiche de Franquin) fait un passage bref mais remarqué au début et à la fin de l’album.

La deuxième partie plus sombre et réaliste, pour décrire l’univers glaçant du goulag, est plus proche graphiquement et scénaristiquement de Yann et Conrad (Bob Marone, Les innomables...) un autre duo d’auteurs ayant oeuvré dans le journal Spirou dans les années 80.

Si la fin peut paraître un peu déroutante, pour ceux habitués aux aventures plus classiques de Spirou, l’histoire séduit par son mélange habile et joyeux des genres (espionnage, aventure, science fiction, humour) ainsi que son ton sarcastique et provocateur, s’amusant de la propagande communiste mais aussi capitaliste de l’époque.

En attendant le 4e tome, toujours chez Dupuis, du Spirou librement adapté avec brio par Emile Bravo, ce twist sur la Place Rouge devrait en ravir plus d’un.

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Philippine Lomar, du Cameroun à Amiens

Philippine Lomar, tome 5: un vilain – des faux, Dominique Zay (scénario), Greg Blondin (dessin). Editions de la Gouttière, 48 pages, 12,70 euros.

On avait laissée Philippine Lomar en pleine angoisse, à la fin du précédent tome, suite au malaise de sa mère lors d’un séjour au Portugal. Sur ce plan, les choses se sont vite arrangées. Rapatriée à Paris, la malade souffrait en fait d’une inflammation des glandes surénales, comme le précise le médecin (… aux faux airs de Dominique Zay, le scénariste).

Seule pendant l’hospitalisation de sa mère, et sous la vigilance de son ami Gégé, Philippine ne va par contre pas tarder à être mise sur une nouvelle enquête. Dans le train qui la ramène à Amiens, elle tombe sur une jeune fille camerounaise, en situation irrégulière et partie à la recherche de son grand frère qui s’est rendu dans la capitale picarde et dont elle n’a plus de nouvelles.

Comme à son habitude, Philippine se lancer sur la piste de cette disparition. Elle va découvrir un bien méchant et bien-nommé M. Levilain, qui exploite les sans-papiers dans ses ateliers de travail clandestin. Et elle devra compter sur ses amis, dont l’inspectrice de police Héléna Nemo pour se tirer d’un mauvais pas.

Dominique Zay et Greg Blondin poursuivent à un rythme soutenu les aventures de leur jeune héroïne (le scénariste a même déjà deux autres albums dans la manche et le dessinateur présente, en fin d’ouvrage quelques croquis du prochain, où il sera question d’un cambrioleur de haut vol, le “Fakir” et, semble-t-il, du stade de foot de la Licorne !). A raison d’une sortie annuelle.

la mairie d’Amiens dessinée par Greg Blondin

Ce cinquième tome pouvait être d’autant plus attendu que le précédent, pour la première fois se terminait sur un petit “cliffhanger”. Vite conclu ici, il sert surtout de prétexte à replacer Philippine en solo dans sa ville d’Amiens. Celle-ci se retrouve de nouveau confronté à un problème d’actualité : les sans-papiers et le travail clandestin. Un sujet, et même deux sujets, plutôt lourds, mais traités dans une approche simple et adaptée à un lectorat jeunesse.

Et Dominique Zay s’extraie aussi de la noirceur du sujet pour aborder la richesse culturelle camerounaise à travers une séquence finale un brin onirique. Une légèreté que l’on retrouve aussi dans une autre belle petite séquence planante, offrant la possibilité à Greg Blondin de dessiner une jolie vue aérienne d’Amiens. Une fantaisie et une petite note de poésie déjà présente sur les quais de la gare du Nord et qui illustre l’émancipation grandissante de l’héroïne et de la série.

Pour le reste, comme dans les précédents albums, la ville d’Amiens se découvre encore au fil des pages, de la gare SNCF de Longueau à l’Hôtel de ville d’Amiens, de l’hippodrome à la Maison de la culture. Un vrai “plus” pour les lecteurs régionaux, mais aussi une belle vitrine régionale, sans régionalisme… A l’image de la couverture, très réussie, qui fait, elle aussi le lien entre le local et l’universel.

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Le monde d’après d’Après le monde

 Après le monde, Timothée Leman. Editions Sarbacane, 158 pages, 24 euros.

Tout a commencé par une lumière blanche. Puis d’étranges tours translucides ont poussé dans les villes. Et à leur proximité, les hommes ont commencé à disparaître. Inexplicablement aspirés, peut-être, par les monolithes mystérieux et réduits désormais au rang de spectres, traces fugitives figées dans leurs derniers gestes.

Et la civilisation laisse place à une nature exubérante, avec une faune retrouvant toute sa liberté.

Heli, inexpliquablement, n’a pas été touché par le phénomène. Ne supportant plus la solitude dans sa maison vide, le jeune garçon courageux et débrouillard décide alors d’aller se confronter aux “tours”. Il va croiser le chemin de Selen, une jeune fille qui, elle aussi, a été épargnée. Ensemble, ils vont tenter de découvrir les mystères de ce monde d’après et sauver l’humanité.

Après le monde séduit d’emblée par son graphisme délicat et la beauté de ses planches tout en niveaux de gris suaves. Mais ce road-trip post-apocalyptique est également bien mené narrativement. On s’attache vite à Heli, bientôt rejoint par Selen. Et l’intrigue s’avère prenante quant à la résolution des mystères des tours blanches, jusqu’à un épilogue tout d’abord fascinant avant un final un peu trop classique. Mais cette chute, qui renforce le côté onirique de toute l’histoire, n’estompe pas le plaisir pris au fil de ce très joli album jeunesse, et de ses quelque 150 pages qui se lisent d’une traite.

 

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Premiers voyages dans l’antiquité de la Somme avec Hagard

 Hagard, enquêteur de l’histoire, tome 1: Le Mystère des coupeurs de tête, Mathieu Lavalée (scénario), Greg Blondin (dessin), Gilles Prilaux (idée originale), Manon N.O (couleurs). édition Conseil départemental de la Somme, en partenariat avec les Editions de la Gouttière, 48 pages, 12 euros.

Ce premier tome des aventures de Hagard, enquêteur de la Somme est offert à partir de cette mi-septembre aux collégiens qui font leur entrée en 6e dans les établissements du département. L’initiative s’inscrit dans la lignée de l’opération menée durant le centenaire de la Grande Guerre, où le Département avait offert un livret pédagogique aux jeunes collégiens. Et ici encore, il s’agit de se replonger dans le passé de la Somme. Avec une pointe d’humour en plus.

Collégien lui-même, Hagard, souffre d’une curieuse forme de narcolepsie qui, une fois endormi, lui fait vivre des voyages dans le passé. La perspective d’un déplacement au centre archéologique de Ribemont-sur-Ancre va cette fois lui faire traverser près de six siècles, entre l’an 250 avant Jésus-Christ et l’an 220 de notre ère. A chaque fois, il retrouvera son amie Cléo – sous la forme de Cleis la celte, puis Clélia la gallo-romaine et enfin Cléa désormais totalement romanisée – mais aussi le grand Raf’, son souffre-douleur. Hagard va d’abord tomber en plein dans le sanctuaire d’os de Ribemont-sur-Ancre, puis il perturbera une procession vers le petit temple du fanum qui lui a succédé, avant d’être plus ou moins responsable de l’accident provoquant la brisure de la plaque dédicatoire de Ribemont.

L’idée originale de cette série, et de ce premier album, reviendrait à Gilles Prilaux, archéologue, elle a été reprise de belle manière par Mathieu Lavalée, enseignant dans le secondaire et qui signe là son premier scénario. Greg Blondin, l’auteur notamment de Philippine Lomar, illustre cela avec son trait habituel (rond, un peu caricatural et très expressif avec ses personnages aux grands yeux façon manga) qui apporte un côté très ludique à cet album.

L’histoire passe très naturellement entre présent et passé et entre les trois époques antiques, avec un petit torque qui fait intelligemment le lien. La partie “pédagogique”, elle, s’inscrit aussi de manière très fluide, en fin de chaque petit épisode, sous forme d’une double page de “fack checking” et de confirmation historique et archéologique, des divers éléments ou événements croisés par Hagard dans son aventure.

Comme souvent pour de tels ouvrages à destination des scolaires, cette lecture sera très enrichissante aussi pour les parents (et au-delà pour quiconque s’intéresse à l’histoire de la Somme). Et bien qu’il s’agisse là d’un ouvrage “institutionnel”, il ne renie rien aux éléments qui font, avant tout, un bon album: du rythme, un récit prenant et un personnage attachant qu’on appréciera donc de retrouver dans d’autres étapes de l’histoire samarienne (qui pourrait se passer durant la préhistoire, la prochaine fois).

Car, ainsi que Laurent Somon (président LR du conseil départemental et par ailleurs vrai amateur de bande dessinée) conclut sa posface: “Ce premier tome en appelle bien évidemment d’autres, tant la Somme est chargée d’histoires et de lieux qui ont fait notre histoire.” En tout cas, le Département et toute l’équipe à l’oeuvre pour cet album ont trouvé un joli moyen de rappeler et de valoriser cette histoire.

Séances de dédicaces spéciale, avec les trois auteurs

Vendredi 18 septembre au parc Samara lors de l’inauguration de la maison celte
Dimanche 20 septembre au Centre archéologique de Ribemont-sur-Ancre, à l’occasiondes journées européennes du Patrimoine.
Lundi 21 décembre, « Rendez-vous de la culture » spécial jeunesse, 18h30, à la Résidence du Département au 35 rue Lamarck à Amiens.

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Seuls, dans l’arène de Néosalem

 Seuls, tome 12: les révoltés de Néosalem, Fabien Vehlmann (scénario), Bruno Gazzotti (dessin). Editions Dupuis, 52 pages, 10,95 euros.

A chacun son moment de gloire désormais, ou plus exactement, son album dédié, dans la saga de Seuls au pays des limbes. Le tome 10 s’était centré sur Terry, le tome 11 sur Yvan. C’est cette fois Leïla qui se retrouve au coeur de l’action. Et qui s’en serait bien passée. Toujours détenue prisonnière à Neosalem, elle va se retrouver envoyée dans des “jeux du cirque” nouvelle manière par un Saul, qui cherche à assoir son pouvoir et peine à maîtriser la magie censée lui donner la légitimité sur les différentes familles de sa cité. Entre une partie sanglante de “colin-mitraille” ou une course de “baby derby” – entre Mad Max et Rollerball – la jeune fille aura fort à faire pour survivre. Mais pendant ce temps, la révolte gronde contre le jeune despote blond, menée par Anton et Edwige…

Vehlmann et Gazzotti relancent encore une fois bien leur saga, de plus en plus débridée. Toujours sur un mode ludique, mais également empreint de noirceur et de gravité. Donnant cette fois encore la primeur à l’action, avec quelques morceaux de bravoure (à tous les sens du terme), ces Révoltés de Néosalem laissent encore beaucoup d’interrogations sur la résolution finale de toute cette histoire. Et surtout sur l’échéance à laquelle celle-ci arrivera. Pour l’heure, seule piste, esquissée par la dernière planche de ce tome 12: le retour de Dodji, pour l’instant toujours prisonnier du Maître fou.

Rendez-vous donc bientôt chez les “âmes tigrées”, treizième album à paraître.

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Rok en stock pour l’Ultralazer

 Ultralazer, tome 2: Rok, Pauline Giraud et Maxence Henry (scénario), Yvan Duque (dessin). Editions Delcourt, 128 pages,  18,95 euros.

Horb et ses amis ont réussi à fuir les Buzards, mais le roi des bêtes de la planète Topoï à dû se sacrifier pour cela. Après ce final retentissant du tome 1, la petite bande a donc débarqué sur la planète désertique Rok. Mais elle aussi est passée sous la domination des oiseaux prédateurs qui se sont installés dans la cité d’Agathe Xiloïde, construite au pied d’un arbre géant abritant un autre roi des bêtes, désormais fossilisé comme ultime défense.

Lekok, le déserteur buzard, leur apprend alors les liens entre les trois planètes Topoï, Rok et Ynox, patrie des buzards. Et Kabiyo, l’encombrant mais attachant homme-poisson va lui aussi faire une révélation stupéfiante, qui va entraîner Horb dans une nouvelle bataille, où il va engager ses nouveaux super-pouvoirs pour la préservation de la planète…

La jolie découverte de ce récit fantasy plein de fantaisie se poursuit sur un même rythme trépidant dans ce deuxième tome. Celui-ci débute par le dévoilement de ce fameux ultralazer, l’arme qui pourrait modifier la donne dans la lutte contre les buzards. De ce fait, la quête change de nature et s’oriente vers une plus classique résistance contre les sinistres occupants de la planète Rok. Mais celle-ci réserve encore son lot de rebondissements et de personnages haut en couleur. Et les séquences d’action, un peu confuses dans le tome 1, sont nettement plus lisibles cette fois.

Toujours porté par son univers très coloré, et plus que jamais empreint de considérations écologiques, cette nouvelle étape de la quête initiatique d’Horb se montre tout aussi attrayante et attractive. De quoi attendre avec impatience, mais aussi sérénité, la suite et un retour à “la source” annoncée pour l’année prochaine.

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Il est thé une fois l’étrange histoire des Dragons-Thé

 Le Cercle du Dragon-Thé, Katie O’Neill, editions Bliss, coll. Jeunesse, 72 pages, 15 euros.

Une jeune forgeronne, Greta, sauve une petite créature des crocs de chiens errants. Grâce à son père, elle ramène le mignon petit dragon vert à ses propriétaires, Hesekiel et Erik. Ces derniers, qui tiennent un salon de thé à l’écart du village, vont alors l’initier à l’art délicat du soin des dragons-thé. Ces animaux étranges et doux qui ont la faculté de conserver les souvenirs et les histoires passées de leurs maîtres.

Avec ses couleurs chaudes et son trait rond sans contour, le dessin de la Néo-zélandaise Katie O’Neill oscille entre l’illustration et la bande dessinée. Un style surprenant mais qui se prête bien à ce drôle de conte de fée qui mêle de façon originale un univers fantasy et l’univers de la cérémonie du thé. Un récit tout doux et bienveillant qui se fait aussi l’éloge de l’amitié et de la transmission des savoirs.

En fin d’album, un petit dossier en forme “d’extraits du Guide des Dragons-thé” détaille divers aspects de ces étranges créatures et de leur univers, le tout conclu par quelques fiches signalétiques des différents type de dragons : “Dragon-thé Jasmin”, “Dragon-thé Rooibos”, “Dragon-thé Ginseng”, etc.

Après la découverte de cet album, lauréat de l’Eisner Award de la meilleure publication pour enfants (9-12 ans), les éditions Bliss devraient publier d’autres ouvrages de Katie O’Neill, Princesse Princesse ou le Festival du Dragon-Thé.

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La bonne mine des Trappeurs de rien

 Trappeurs de rien, tome 5: la mine des anciens, Pog (scénario), Thomas Priou (dessin), Christian Lerolle (couleur). Editions de la Gouttière, 64 pages, 13,70 euros.

Croquette, Mike et Georgie, les trois amis trappeurs ont regagné la ville après leur vain périple dans les montagnes. Au saloon, ils vont tomber sur un vieux loup handicapé qui les invitent à la ramener dans la vieille mine d’or désaffectée où ont disparu, voilà bien des années, deux amis à lui. Mais, sur place, ils vont constater que la mine a été remise en marche par un trio antipathique… qui pourrait d’ailleurs bien avoir quelque chose à voir avec le tragique accident qui a coûté la vie aux deux chercheurs d’or et ses jambes au vieux loup…

Trappeurs de rien n’avait jamais atteint jusqu’ici, à notre sens, la fluidité et le dynamisme d’Anuki ou le minimalisme imaginaire séduisant de Myrmidon, autres séries des Editions de la Gouttière destinée aux “primo-lecteurs”. La faute à des récits manquant vraiment trop de relief et d’une platitude que l’âge du public visé ne justifie en rien. Ce cinquième tome tranche, en conservant son format à l’italienne, mais avec une plus forte pagination, plus de texte et une intrigue plus complexe et nettement plus attractive, se rapprochant, avec ce grand classique de la mine d’or, des aventures de Mickey ou Donald.

Soucieux de suivre l’évolution de leurs lecteurs, ce nouvel album, qui “marque la fin d’un cycle” comme le précise l’éditeur, se montre donc nettement plus dense, avec une histoire qui, pour une fois, ne manque pas de rebondissements. Et qui parvient bien à gérer, de façon très lisible les deux époques du récit, grâce à une mise en couleur en sepia pour l’évocation des flash-backs. La pagination, plus ample, permet aussi de mieux poser les personnages, toujours aussi sympathiques, dessinés dans un style simple mais expressif et joliment mis en couleurs.
Et l’album se paye même un petit morceau de bravoure avec une double page de course en wagonnets de mine tout à fait débridée.

De quoi espérer de nouvelles aventures au trio de petits trappeurs qui ont cette fois, bonne mine.

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Le plaisir de revisiter Versailles et Le Cid avec la Boîte à bulles

Parmi les nombreuses offres de lecture de bande dessinée numérique gratuite en ligne en ce moment, arrêtons-nous cette fois particulièrement sur deux propositions de la Boîte à bulles,

En plus d’un album par jour (à retrouver sur son site, son fil twitter et sa page facebook), la petite maison d’édition indépendante, créée en 2003 par Vincent Henry et spécialisée dans les jeunes auteurs, propose aussi deux ouvrages revisitant de façon intéressante des “classiques”. A lire ce week-end pour l’un, et jusqu’à début mai pour l’autre…

Le Cid dans un collège de banlieue pendant les vacances

Tout d’abord, accessible jusqu’au 3 mai, Le Cid en 4e B, dessiné et scénarisé par une prof de Français en REP. Inspirée par les remarques farfelues (et parfois très pertinentes derrière un langage guère académique) de ses élèves lors de l’étude de certains actes de la pièce de Corneille, elle relate dans cet album la découverte et l’appropriation progressive par les élèves de cette oeuvre pas forcément évidente.
Focalisé sur les réactions des élèves, avec une enseignante jamais montrée et présente uniquement par des cartels en “voix off”, le récit s’apparente à un vrai reportage en immersion dans la classe où l’on va voir comment Naomy, Sarah-Lou, Brandon ou Amine vont rencontrer Chimène, Rodrigue et Don Diègue. Une immersion qui sent le vécu, portée par un dessin simple et chaleureux, drôle dans sa confrontation entre l’argot de banlieue et les alexandrins du XVIIe siècle mais aussi souvent bluffante dans la manière dont ces collégiens, pas franchement enthousiastes au départ, décryptent l’intrigue. Et la manière dont, sous certains aspects, Corneille s’avère plus rebelle que les gamins du XXIe siècle.

Accessoirement, cette approche du Cid permet aussi de redécouvrir quelques répliques qui sont entrées quasiment dans le langage commun sans qu’on se souvienne toujours de leur origine!

Une visite à Versailles ce week-end

Seconde découverte également réjouissante à ne pas louper – d’autant que l’offre n’est valable que jusqu’à ce dimanche 26 avril – Le Château de mon père, qui n’est pas une relecture de l’oeuvre de Marcel Pagnol, mais l’évocation de la manière dont le château de Versailles a été “ressuscité”, à la fin du XIXe siècle par un conservateur du musée, Pierre de Nohlac. Encore marqué par son rôle durant la Commune de Paris (où il accueillit l’assemblée “versaillaise”) et pas en odeur de sainteté pour la IIIe République naissante vu son parfum d’Ancien régime honni, le parc et le Château de Versailles sombrent progressivement dans l’oubli.
Lorsqu’il y est nommé comme attaché puis rapidement comme conservateur du musée, en 1887, Pierre de Nolhac se découvre une vraie passion pour l’édifice et il y mettra l’ambition d’une vie afin de lui redonner sa splendeur. Un engagement réussi, à l’aube de la Première Guerre mondiale, mais payé au prix de sa vie familiale. Il mettra toute son énergie pour redonner au lieu ses lettres de noblesse… Dans ce long one-shot (170 pages sans aucune longueur), c’est le fils de Pierre de Nolhac, Henri, qui conte sa vie de famille et sa vie de château, entre joies et drames, petite et grande histoire…

Et derrière cet album, paru à l’automne dernier, on trouve au scénario Maïté Labat, cheffe de service des productions numériques et audiovisuelles au musée du Louvre qui a un temps travaillé à Versailles où elle a eu l’idée de ce récit en bande dessinée, réalisé en collaboration avec le romancier Jean-Baptiste Véber. Une véritable redécouverte patrimoniale et historique, mais aussi une évocation contrastée du combat d’un homme tombé véritablement amoureux de son musée. L’autre raison de s’enthousiasmer pour cet album est le travail graphique d’Alexis Vitrebert qui, pour sa première incursion dans la bande dessinée, livre un superbe travail au lavis, dans un noir et blanc qui restitue la profondeur historique mais aussi toute l’émotion vécue par les personnages.
De quoi voir d’un autre oeil le château préféré des touristes en vadrouille à Paris.