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« Pain it Black » sous un ciel de suie

La délicieuse Rose Byrne. (Photo : Philippe Lacoche.)

C’était en octobre dernier. Je sortais de la médecine du travail, à Amiens. Le ciel était bas et noir comme un rêve sous le front d’Edgar Poe. Au volant de ma Dacia Sandero, j’allumai la radio. France Inter diffusait «Paint in Black» (ou «Paint it, Black», avec une virgule, seconde version du titre, à la demande du manager du groupe, Andrew Loog Oldham; la fichue virgule change complètement le sens de la phrase; avec, ça veut dire «Peins ça en noir»; sans la virgule: «Peins ça, Noir» ce qui provoqua la colère des militants noirs américains qui soupçonnèrent les Rolling Stones d’être racistes, alors que ces derniers ne l’ont jamais été, pas plus que Donald Trump n’est un hippie). J’adore cette chanson. On jouait l’adaptation française chantée par Marie Laforêt («Marie douceur, Marie colère») avec les Scopytones, le groupe Yé-Yé que nous avions fondé, Lou-Mary, Vanfi et moi, il y a quelques années. Je m’appliquais à jouer de mes doigts de Ternois la partie de basse sur mon Höfner Contemporary. Il se mit à pleuvoir; le gros ventre noir du ciel déversait son humeur sombre. Et «Paint in Black» qui vrombissait dans la Dacia. Trop de coïncidences: je m’arrêtai rue du Château-Milan et me mis à écouter en regardant la pluie de jais pleurer contre le pare-brise. Cette basse, nom d’une courge! Quelle puissance! En me renseignant, un peu plus tard, de retour dans ma maison de résistant, j’appris que Bill Wyman doubla son jeu de quatre cordes à celui obtenu en frappant avec ses poings sur les pédales de basse de l’orgue Hammond. Brian Jones, lui aussi, apporta beaucoup à cette chanson géniale, notamment en utilisant le sitar, instrument qu’il avait découvert, lors d’un voyage au Fidji en, mars 1966, juste avant l’enregistrement de l’album Aftermath. Brian et Bill eussent dû être crédités à l’aune de leurs contributions, comme ils le furent, au début du groupe à la faveur de la signature commune Nanker-Phelge. Il n’en fut rien: les deux autocrates Jagger et Richards la signèrent. Trois ans plus tard, Brian Jones finit au fond de sa piscine, défoncé comme une mule. Mais cela est une autre histoire… Les Stones, à cette époque, c’était quelque chose. Si rock. Du rock, il en est beaucoup question dans le film Juliet, Naked, de Jesse Peretz, sorti en 2018, avec la délicieuse Rose Byrne (Annie Platt), le charismatique Ethan Hawke (Tucker Crowe) et l’étrange Chris O’Dowd (Ducan) que nous avons regardé, ma petite fiancée et moi, pour nous distraire du confinement (pendant ce temps-là, on ne boit pas de chablis.). Annie Platt s’ennuie dans sa petite ville d’Angleterre auprès de Ducan, un professeur d’université qui ne pense qu’au chanteur de folk-rock Tucker Crowe dont les dernières productions remontent à 1993. La passion de Ducan pour Crowe relève de la névrose. Un jour, grâce à un mystérieux album, Juliet, contenant des démos, Annie entre en conversation avec le chanteur. Naîtra une passion amoureuse brûlante, mignonne et romantique. Jeu d’acteur impeccable; bande son succulente. Très anglais aussi, ce qui ne gâche rien.

PHILIPPE LACOCHE

                                                    Dimanche 22 novembre 2020.

Ethan Hawke et Rose Byrne. (Photo : Philippe Lacoche.)
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Salade de mâche et choucroute Lidl

Truman Capote génialement campé par le comédien Philip Seymour Hoffman. (Photo : Philippe Lacoche.)

          À la faveur du confinement, j’ai le bonheur de passer de plus en temps auprès de ma petite fiancée. J’adore. Et ce ne sont pas seulement les nombreuses années qui nous séparent, mais je me rends compte, non sans amusement, à quel point nous sommes différents. Il ne s’agit pas ici de nous, en tant qu’individus, mais de nous en tant que genres. Filles, garçons: un monde nous sépare; un univers nous réunit. Je regardais, l’autre jour, les repas que nous nous étions confectionnés: elle, une adorable et fraîche salade de mâche, égayée de minuscules éclats de tomates, le tout rehaussé d’un filet d’huile d’olive bio; moi, dans une casserole, une choucroute sous vide de chez Lidl. Différents, oui. Il n’empêche qu’au cours du repas, j’avais bien remarqué qu’elle reluquait mon assiette qui fondait comme la neige dans la cuillère d’un junky. Du bout des lèvres, elle finit par me demander si j’avais la bonté de lui octroyer un petit bout de saucisse avant que je n’engloutisse le tout. Trop mignonne! Pour me distraire pendant ce fichu confinement, il n’est pas rare que je photographie, à son insu, ses oreilles que je qualifie de «petits coquillages». Elle proteste pour la forme, hausse les épaules et finit par me tourner le dos en soupirant. Lorsque je suis très en forme, donc très joyeux, il m’arrive même de lui tirer la queue brune qu’elle se tresse chaque matin. Ça me rappelle la cour de l’école primaire Roosevelt, à Tergnier, dans les années 1960. La mixité, tant attendue par nos jeunes cœurs, enfin nous avait été offerte. Nous ne cessions de taquiner nos petites égales qui, déjà, parfois nous traitaient de brutes. Le passé; toujours le passé. Le monde va trop vite. En tout cas, j’éprouve l’étrange impression qu’il a tourné sans moi et qu’il m’a laissé là, transi, immobile, paumé – donc réactionnaire–, devant le manège qui s’emballe. Réactionnaire? Je ne suis pas le seul à le penser. Un chanteur-compositeur parisien avec qui je travaille, m’expliquait qu’il s’était embrouillé la crinière, l’autre soir, au cours d’un dîner, avec un producteur de gauche qui ne comprenait pas pourquoi il osait réaliser des chansons avec moi. «Tu ne te rends pas compte qu’il a pigé pour Causeur et pour le Figaro littéraire?» lança-t-il horrifié. Le copain prit ma défense, faillit quitter la table. À quoi bon, au fond? Si j’avais été là, j’eusse pu expliquer au gauchiste que le rédacteur en chef culturel qui m’avait embauché à Causeur était encore plus marxiste que moi. Et qu’au Figaro littéraire, les critiques sont titulaires d’opinions totalement différentes et, qu’au fond, ils ne militent que pour la vraie et bonne littérature. Réac? J’assume. Je n’aime pas l’époque et persiste à croire que, bien souvent, c’était mieux avant. En matière de cinéma, c’est pareil. J’adore les vieux films français. C’est parfois compliqué avec ma petite fiancée qui fait preuve de plus d’ouverture pour les œuvres contemporaines. L’autre soir, alors qu’elle voulait me faire découvrir Truman Show, nous nous sommes finalement mis d’accord sur le film Truman Capote de Bennett Miller. Ce dernier raconte les cinq ans d’enquête menés par l’écrivain après le massacre d’un fermier du Kansas et de sa famille par deux marginaux (Perry Smith et Dick Hickock). Truman visite Perry Smith en prison, l’accompagne dans ses démarches, lui obtient des sursis. Il suivra les deux délinquants jusqu’à leur pendaison. Un film bouleversant, plein d’humanité qui, quelle que soit la barbarie des faits commis, ne peut que vous convaincre que la peine de mort, elle aussi, est une indéfendable barbarie.

PHILIPPE LACOCHE

Dimanche 15 novembre 2020.

Je regardais, l’autre jour, les repas que nous nous étions confectionnés: elle, une adorable et fraîche salade de mâche, égayée de minuscules éclats de tomates, le tout rehaussé d’un filet d’huile d’olive bio; moi, dans une casserole, une choucroute sous vide de chez Lidl. (Photo : Philippe Lacoche.)
Pour me distraire pendant ce fichu confinement, il n’est pas rare que je photographie, à son insu, ses oreilles que je qualifie de «petits coquillages». (Photo : Philippe Lacoche.)
Lorsque je suis très en forme, donc très joyeux, il m’arrive même de lui tirer la queue brune qu’elle se tresse chaque matin. Ça me rappelle la cour de l’école primaire Roosevelt, à Tergnier, dans les années 1960. (Photo : Philippe Lacoche.)
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Mon enfance repose sous la neige

    Mon ami Yann Moix m’a demandé, il y a peu, si je souhaitais collaborer à Année Zéro, la revue qu’il est en train de lancer. J’ai bien sûr accepté avec beaucoup de plaisir. Le premier numéro sera consacré à l’un de ses écrivains préférés: André Gide. Je ne suis pas un spécialiste d’André Gide. Tant s’en faut. En revanche, je me suis souvenu qu’adolescent, en classe de cinquième ou de quatrième, j’avais lu avec beaucoup de plaisir La Symphonie pastorale. Notre professeur de français (Mlle Mon voisin ou Mme Dupré; je ne sais plus) avait dû l’inscrire au programme. Comme je le raconte dans le court récit que j’ai soumis à Yann, dès que je mis mon museau de jeune adolescent dans ce roman, j’éprouvais l’impression de fouler un terrain conquis. Un effort de mémoire me ramena une petite dizaine d’années en arrière. J’étais enfant; je devais voir quatre ou cinq ans. Instituteurs à Marizelle, hameau de Bichancourt (Aisne), mes tante et oncle, Paulette et Pierrot, nous avaient invités, mes parents, ma sœur et moi, à déjeuner. C’était l’automne ou le début de l’hiver. Entre deux bouchées, Pierrot ne cessait de tirer sur la Gitane maïs qu’il ne quittait jamais. Après le repas, il nous invita à le suivre afin d’admirer ses Géants des Flandres, des lapins phénoménaux, à la robe rousse et fauve, avec lesquels il raflait tous les concours régionaux. Habituellement, la visite à Marizelle donnait lieu à une traditionnelle partie de pétanque; la saison ne s’y prêtait guère. Alors, vers 16h45, nous nous rassemblâmes dans le salon où, sur une table haute, trônait un énorme poste de télévision. Pierrot l’alluma afin que nous assistassions à la diffusion du film de 5 heures. À l’époque, je n’avais pas retenu le titre de l’œuvre; le nom de son auteur non plus. Je n’en étais pas moins fasciné par les paysages recouverts de neige épaisse, presque gluante et par ce chalet encerclé par une tempête immaculée. Toute cette blancheur contrastait avec la noirceur définitive, inquiétante de la nuit qui s’était abattue sur Marizelle. Et il y avait ce regard perdu, translucide, beau mais inquiétant lui aussi de Gertrude, la jeune aveugle abandonnée qu’un pasteur protestant avait pris sous sa protection pour lui éviter l’asile. Mes yeux d’enfant ne savaient pas que ce film n’était autre que La Symphonie pastorale, de Jean Delannoy, d’après le roman d’André Gide. Gertrude était interprétée par Michèle Morgan; le pasteur, par Pierre Blanchar; Jacques, le fils de ce dernier, par Jean Desailly. La littérature de l’adolescence m’avait ramené vers le cinéma télévisé de l’enfance. Quelques années plus tard, se produira presque la même chose. Serge Boulard, éclairé professeur de français dont j’eus le plaisir de bénéficier des cours en classe de troisième, nous avait invités à livre Le Grand Meaulnes, d’Alain-Fournier. Avec Tintin au Tibet (lu sur mon lit de souffrance, à l’hôpital de Chauny, à la faveur d’une opération de l’appendicite), ce fut là mon deuxième grand coup de foudre littéraire. Un coup de foudre aussi puissant que celui d’Augustin Meaulnes pour Yvonne de Galais. Ce fut au cours de l’été que je me rendis au cinéma de Tergnier, Le Casino, pour assister à la projection du film éponyme, œuvre de Jean-Gabriel Albicocco. Impression étrange. Ce long-métrage avait des relents de substances interdites et des couleurs psychédéliques. Ou, peut-être n’était-ce qu’une impression car je venais de découvrir Sgt. Pepper’s, l’album culte des Beatles, plus imbibé d’acide qu’un buvard de Jerry Garcia. Mais ceci est une autre histoire…

PHILIPPE LACOCHE

 

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Dans la douceur d’une petite église de France

Un petit bras de la Vesle, près du moulin, à Sept-Saulx (Marne). Photo : Philippe Lacoche.

Un petit bras de la Vesle, près du moulin et de la célèbre Auberge du Cheval-Blanc, à Sept-Saulx (Marne). Le Rémois Patrick Poivre d’Arvor, tout proche de cette chronique, saura de quoi je parle. Il a dû, enfant, se promener sur les rives verdoyantes de cette rivière si française. Gauloise, plutôt, puisque son nom proviendrait, dit-on, de nos moustachus et pugnaces ancêtres. Au retour de courtes vacances dans l’Est, je m’étais arrêté dans cette commune qui m’est chère. Je me répète, je le sais, lectrice comblée, soumise et attentive. Mon grand-père maternel officiait comme jardinier au château Mignot, dont la vaste et luxuriante propriété se trouve sur le territoire de ce village marnais. Là, j’ai passé mes vacances d’enfant et d’adolescent en compagnie de Guy, mon sacré cousin, dit le Pêcheur de nuages, qui a choisi de rejoindre ces derniers il y a une vingtaine d’années. Après la visite des membres de ma famille, je choisis de m’arrêter quelques instants au bord de cette petite Vesle que j’aime tant. L’onde, en chutant des vannes du moulin, produisait le même bruit doux, rassurant et lancinant que dans les années 1960 et 1970. Je contemplais l’eau à la recherche des dos fuyants, nerveux et méfiants des chevesnes, vandoises et rotengles. Le pêcheur qui sommeille en moi ne peut s’en empêcher; c’est un vice. Il en existe de pires. Puis, je me déplaçais légèrement sur la droite, le long de ce bras menu qui va se perdre derrière le stade municipal pour rejoindre les bras aqueux de sa mère. Ma petite fiancée m’attendait dans la Dacia, pianotant sur son téléphone portable. Elle devait se dire que j’étais vraiment un drôle de zigue à baguenauder ainsi sur les rives incertaines d’un presque ruisseau à la recherche de souvenirs enfouis dans la nuit des temps. Se doutait-elle que des images me traversaient l’esprit? Je revoyais la silhouette costaude de mon oncle Pierrot, le père de Guy, équipé d’une épuisette en train de remonter un énorme chevesne sous nos yeux enfantins, étonnés, ébahis et émerveillés. La bestiole devait bien afficher les deux kilogrammes sur la balance; ses écailles à la fois brunes et dorées étincelaient sous le soleil d’août. Subrepticement, survint M. Rouleau, le garde-pêche. Pierrot, craignant que l’homme de loi le verbalisât pour braconnage, expliqua que son intention n’était autre que de nous faire admirer le poisson. Et, joignant l’acte à la parole, il le relâcha tout de go. La bête fila, légèrement déboussolée, entre deux eaux, remuant les gravillons crayeux de cet enfant de Vesle. Le matin, étions-nous allés à la messe dans l’adorable églisette de Sept-Saulx où, dit-on, Jeanne d’Arc s’était agenouillée pour prier et où mon cousin Guy officiait comme enfant de chœur? C’est fort probable. Le curé arborait un menton en galoche. Il nous parlait de sa sœur dont la santé, confiait-il, d’une voix de stentor, se dégradait. «Et si ma sœur devenait impotente, je vous quitterais, mes amis…» Cette phrase m’avait à la fois marqué et amusé. Je la répétais à l’envi lors des déjeuners dominicaux qui sentaient le champagne Boutillez et le ratafia; ce mini-sketch faisait rire les miens. Tout cela se passait dans la douceur des Trente glorieuses où il faisait bon, qu’on crût ou non, de se recueillir dans les églises de France. Jamais, alors on eût imaginé, qu’une ordure illuminée pût venir nous décapiter à l’aide d’une lame de 17 centimètres.

PHILIPPE LACOCHE

 

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N’est-ce pas, Madame Maigret ?

Les Papillons noirs en pleine action. Lou-Mary, au chant; Emmanuel Gyr, à la batterie; Vanfi à la guitare; et une épaule du bassiste Christophe sur la gauche. Photo : Philippe Lacoche.

Dans cette société ultralibérale, broyeuse d’individus, exploiteuse de salariés, il est bon de compter, de répertorier les instants de plaisirs que l’on a sournoisement dérobés à la barbarie de l’existence. S’arrêter pour écouter la pluie tomber sur le toit de la véranda; observer une énorme araignée noire et velue, équipée d’aussi longues jambes que celles de Mireille Darc, se munir d’un morceau de Sopalin (Société du papier linge), attraper délicatement la bestiole et la libérer dans le jardin; parler aux objets et ne pas hésiter à les insulter lorsqu’ils vous résistent.

«Ce monde d’avant qui sent la blanquette de veau, les bars enfumés, les aisselles des filles en bikini.»

Exemple: la brosse à dents qui tombe du gobelet sans qu’on le lui ait demandé mérite qu’on la traite de salope; la porte qui se referme mal, voire pas du tout, se verra, par nos soins, affublée du mot de connasse; le crayon de bois Niceday HB dont la pointe, subrepticement, se brise sous l’effet de l’énergie déployée à la rédaction d’un petit mot d’amour, mérite qu’on le qualifie de tête de nœud. Voilà quelques menus plaisirs volés à la sauvagerie de la vie qui, c’est inéluctable, finira mal. Alors, tant qu’à faire: profitons, profitons avec bienveillance (contrairement au capitalisme et à la haute finance), sans écraser autrui. Ainsi, à petit pas de gazelles, ou de matous aux pattes veloutées afin de ne point aplatir plus petit que soi, nous nous sommes rendus, ma petite fiancée et moi, au Race Rock Café, à Longueau, afin d’assister au concert des Papillons noirs. J’adore ce groupe qui fleure bon les années 1960 et 1970; je me délecte de son répertoire exquis tissé de reprises de tubes immémoriaux et très français. Et ce n’est pas le fait que mon ex-pacsée, ma grande Didiche de Lou-Mary, ait rejoint la formation comme chanteuse. Non. C’est vrai que ça joue un peu, tout de même. J’aime le son global des Papillons; le son de la guitare de Philippe Van Haelst, dit Vanfi, précis, limpide, si rock’n’roll. La basse ronde de Christophe; la frappe impeccable du batteur Emmanuel Gyr, dit Manu. L’horloge musicale des Papillons noirs tourne rond. Un vrai bonheur. On se laisse happer par leur évidente joie de jouer. De jouer ensemble. Autre plaisir récent que je me suis accordé: la lecture d’un roman de Georges Simenon. J’avais oublié chez moi Le Palais des Orties (éd. Gallimard), roman de Marie Nimier que j’étais en train de terminer afin de te combler, lectrice, à l’aide d’une mes turgescentes chroniques littéraires. Cela m’avait contrarié. Ma petite fiancée, jamais à cours d’idées, proposa que je m’adonne à la lecture d’un Simenon. J’optais pour Maigret s’amuse. M’allongeai sur le lit. Il pleuvait sur la rue de Boutillerie; il pleut toujours quand on s’apprête à lire Simenon. D’emblée, je fus kidnappé par l’histoire. Simenon est certainement le plus grand romancier français du XXe siècle. Modiano, non sans honnêteté, n’a cessé de reconnaître tout ce qu’il lui devait. Il n’y a pas plus simple, plus précis, que le style du plus français des prosateurs belges. Jamais, il ne fait littéraire; jamais, il ne fait poétique. Il est naturellement poétique. Et tellement français. Et tellement d’avant. Ce monde d’avant qui sent la blanquette de veau, les bars enfumés, les aisselles des filles en bikini. C’était tellement mieux avant, n’est-ce pas, Madame Maigret?

Dimanche 18 octobre 2020.

Lou-Mary. Photo : Philippe Lacoche.
“Maigret s’amuse”, de Simenon. Photo : Philippe Lacoche.
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Cette France qui jamais ne me quitte

Pierre Herbelet (leur fils) et Emilien, salarié du domaine du champagne Herbelet, à Oger, en pleine action au cours des vendanges. Photo : Philippe Lacoche.

Je n’ai pas attendu les recommandations, conséquences de cet imbécile de Coronarivus, pas plus que celles – pleines de bon sens, c’est vrai – des écologistes. De toute façon, l’avion me gave; on ne voit rien – sauf par extrême beau temps; on est serrés comme des sardines de Bretagne, à l’huile d’olive vierge extra, préparées à l’ancienne, «Saveurs de nos régions», de chez Chancerelle, 3, rue des Conserveries, 29100 Douarnenez, disponibles chez Lidl; elles sont délicieuses. (À quelques mois de la retraite, on peut se permettre de faire de la pub dans une chronique dominicale; on sait qu’on ne se fera pas virer.) Je préfère le train. Ou la voiture. Je suis comme François Mauriac: je suis un journaliste qui n’apprécie que très moyennement les voyages lointains. J’aime mon pays; j’aime la France. C’est mon côté Péguy, Bernanos, Barrès. Je l’aime passionnément. Et dès que je le peux, je file à bord de ma Dacia blanche afin de l’explorer, de la découvrir dans ses moindres recoins comme on découvre le grain velouté de la peau d’une vieille maîtresse. En compagnie de ma petite fiancée, j’ai commencé par rendre une visite à mes amis Claudette et Philippe Gonzalès, à Oger, en Champagne. Oger: la Côte des Blancs. Tout un programme! Nous fûmes accueillis comme des princes, dégustant les meilleurs crus de ce champagne blanc de blanc qui, plus d’une fois, nous tourna la tête, sans pour autant nous la dévisser. C’est là l’un des mystères de ce grand vin pétillant qu’est le champagne. Buvez deux bouteilles d’un bordeaux infesté de pesticides, le lendemain votre tête ressemble à ma bonne ville de Tergnier en 1918, après les délicatesses teutoniques. Avec le champagne, les réveils se révèlent toujours joyeux, pimpants, parfois délicatement érotiques. Je suis presque certain que les maîtresses de Pierre Choderlos de Laclos et du cardinal François-Joachim de Pierre de Bernis, devaient inviter les deux grands hommes à en consommer plus de raison afin qu’ils les honorassent jusqu’à plus soif. En tout cas, ma petite fiancée, Claudette et mon copain Philippe, nous en abusâmes. Ce dernier nous invita à entreprendre une bucolique balade en péniche sur la Marne; sur celle-ci, j’eus la joie de croiser – le hasard des croisières, fussent-elles brèves et terriblement françaises – Caroline Linant, photographe que j’avais connue au cabaret La Belle époque quand mon ex-pacsée, Lou-Mary, ma grande Didiche, y officiait avec assiduité et talent. Caroline est une charmante grande jeune femme, pleine de tact et de délicatesse. Nous discutâmes des temps anciens en contemplant les martins-pêcheurs qui se distrayaient sur les ondes céladon de la lente Marne. Claudette et Philippe nous invitâmes à les accompagner chez leurs amis vignerons, Valérie et Grégoire Herbelet qui ont repris l’exploitation familiale il y a une douzaine d’années. Ils produisent un champagne à leur nom d’une haute qualité à base d’un cépage exclusivement chardonnay. Provocateur et taquin, je fis le caprice, en pleine terre de blanc de blanc, de déguster un 100% pinot meunier. Mon vœu fut exaucé sous le regard faussement courroucé de Philippe. Et nous passâmes, un bon quart de notre séjour à nous remémorer nos bêtises de potaches du temps où nous étions lycéens à Henri-Martin, à Saint-Quentin. Puis, ma petite fiancée et moi, filâmes vers le lac de Gerardmer, vers les Vosges, si belles, si bleues. Si… françaises.

Dimanche 20 septembre 2020.

Au cours de notre croisière sur le Marne. Photo : Philippe Lacoche.
Claudette et Philippe Gonzalès. Photo : Philippe Lacoche.
Philippe Gonzalès à son bureau. Photo : Philippe Lacoche.
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Secrète mare d’Ainval

La mare d’Ainval. (Photo : Philippe Lacoche.)

                                          

    Dissimulée derrière un rideau de joncs, la mare d’Ainval-Grivesnes ne se livre pas facilement.

La mare d’Ainval, commune associée de Grivesnes (la commune d’Ainval-Septoutre a existé de 1829 à 1965; elle fut créée en 1829 en fusionnant avec Septoutre; en 1965, elle a été supprimée et rattachée à Grivesnes) se cache bien. En contrebas d’une descente bitumée, elle se dissimule derrière un rideau de joncs bruns et turgescents qui, sous le soleil ardent de cette fin juillet, ne demandent qu’à exploser en milliers de filaments neigeux et duveteux. Avant d’y accéder, il faut franchir une clôture dotée d’un mécanisme compliqué pour le pêcheur citadin que je suis.

«Legrand, 1891»

Nous y voilà. De loin j’aperçois un pigeon blessé ou assoiffé qui se meurt au début de la végétation. J’observe les lieux. Me promène dans l’unique rue du hameau d’Ainval. Admire l’adorable petite église de briques et de pierres. J’aimerais tant y pénétrer pour m’y rafraîchir. Sur les pierres crayeuses de son entrée, des graffitis: «Legrand, 1891»; «1887». Contre un de ses murs, une vieille boîte à lettres des PTT. Tout cela est terriblement français. Avant les privatisations de la société libérale; avant la satanée mondialisation. Ce monde d’avant qui nous manque. Une voiture. Anne-Marie Prévost, maire, en descend. Elle me rappelle que la bataille de Grivesnes du 31 mars 1918 est considérée comme décisive. À partir de celle-ci, l’ennemi allemand a commencé à reculer. Elle me confie aussi qu’Ainval a été inondé en 2011 et classé en victime de catastrophe naturelle. À cause d’une clôture aux mailles trop fines, la paille, entraînée par l’eau, s’était accumulée et avait joué le rôle de barrage. L’origine de cette mare? Difficile à dire. Vu sa situation en contrebas, elle doit être très ancienne; on aperçoit divers aménagements. J’aperçois des bulles en surface. Des poissons? Je lance mes lignes. Attend. Une heure de pêche sous le cagnard. Rien. Brebouille. Il y a quelque temps, Raphaël Trombert, chargé de mission biodiversité faune au CPIE, y avait effectué prélèvements et observations. Voici ces conclusions: «Il se trouve que cette mare est suivie dans le cadre du programme PopAmphi. En cette période il n’y a, a priori, pas grand-chose; cependant en début d’année j’ai trouvé des pontes de Grenouilles rousses et de Grenouilles agiles (espèces représentant le groupe des grenouilles brunes). Ces deux espèces sont précoces, elles sortent d’hibernation au printemps et se reproduisent en général entre février et avril.»

PHILIPPE LACOCHE

Près de la mare, un ancien baraquement qui, selon le maire, date de la Grande Guerre. (Photo : Philippe Lacoche.)
Contre un mur de l’église une boîte à lettres. Est-elle toujours utilisée? (Photo : Philippe Lacoche.)
La charmante petite église d’Ainval. (Photo : Philippe Lacoche.)
Des graffitis dans la pierre près de l’entrée de l’église. (Photo : Philippe Lacoche.)
Anne-Marie Prévost, maire de Grivesnes. (Photo : Philippe Lacoche.)
Le monument aux morts d’Ainval. (Photo : Philippe Lacoche.)
Sur l’une des façades du monument aux morts, les noms de Raymond Lhermite, Eugène Macques et Gabriel Hovette. (Photo : Philippe Lacoche.)
Sur le monument aux morts, les noms d’Eugène Migne et de Felix Tarlier. (Photo : Philippe Lacoche.)
L’église de Grivesnes avec son dôme surprenant. (Photo : Philippe Lacoche.)
Une plaque expliquant le déroulement et l’importance de la Bataille de Grivesnes. (Photo : Philippe Lacoche.)
Des plaques en hommage aux héros de la bataille de Grivesnes. (Photo : Philippe Lacoche.)
Le château de Grivesnes. (Photo : Philippe Lacoche.)
Le soldat du monument aux morts de Grivesnes porte un bouquet de branches d’acacia. Un beau symbole fraternel. (Photo : Philippe Lacoche.)
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Les carpes et les aviateurs

      Le marquis de Dessous chics est allé pêcher dans la mare de Lamaronde. Et les carpes se sont moquées de lui.

 

La mare de Lamaronde, en face de l’église. Photo : Philippe Lacoche.

Je n’ai pas effectué de recherches poussées sur l’origine du nom Lamaronde (Sud-Ouest d’Amiens). C’est peut-être mieux comme ça. Car, dans le cadre de cette série de reportages sur les mares du département de la Somme, il me fait rêver. Le village de Lamaronde ne doit-il pas son origine à une mare ronde, creusée dans la noirceur de la nuit des temps, autour de laquelle se seraient regroupées quelques maisons et habitants? Que les historiens locaux me pardonnent; il ne s’agit là que d’un fantasme. D’autant plus que, comme le précise le maire, Xavier Despréaux, «il n’y a pas si longtemps que ça, il y avait au moins quatre mares communales, sans compter les mares privées». Alors, pourquoi s’agirait-il de celle-là, celle où je m’apprête à tremper mes lignes d’ancien petit pêcheur ternois du canal de Saint-Quentin, en face de la délicieuse petite église (rénovée depuis peu), dont Xavier Despréaux est – à juste titre – si fier. De plus, elle n’est même pas ronde. Alors…

Comme un adolescent

devant un calendrier Pirelli

À peine arrivé, je m’excite; ça bulle et ça saute de partout. Ça remonte de la vase marron clair. Certainement des carpes. J’ai le cœur qui bat; c’est l’instinct. Je sens que ça vient loin, de très loin en moi. Ce goût pour la capture, pour la traque. Je ne suis pas chasseur, certes; j’eusse pu l’être. La transmission a fonctionné: mon père était pêcheur, pas chasseur. C’est à peu près la même chose; le bruit en moins. Et nous, nos plombs, servent à redresser le bouchon de notre ligne. Justement, je lance celle-ci. Au bout: vers de terreau, puis asticot. Mais rien n’y fait; il y a trop peu d’eau. Quinze centimètres au-dessus de la vase. Pas plus. Les carpes n’ont pas l’air d’avoir faim; de plus, elles me voient. J’ai l’impression qu’elles rigolent. Elles remontent à la surface, me narguent, replongent se planquer dans la vase en laissant derrière elles d’exquises taches brunes. J’ai l’impression d’être comme un adolescent boutonneux devant un calendrier Pirelli. J’en bave, d’autant qu’il y en a des bien gaulées. D’au moins quatre cents ou cinq cents grammes. Ce jour-là, je reviendrai bredouille. Il fait terriblement beau. J’oublie les taches brunes et les carpes insaisissables et moqueuses. Et me mets à rêver. Je repense à ce que m’a dit Xavier Despréaux. Dans les temps anciens, à la faveur des mariages à l’église, quelques jeunes, un peu avinés, s’amusaient à se pousser dans l’eau de la mare. Je pense aussi à ces aviateurs du 12e escadron de la Royal Air Force (RAF), le sergent John Percy Boddington, et son ami Charles Sydney Burt qui s’écrasèrent dans le village le 8 juin 1940, nos chers amis alliés venus mourir en terre de France pour combattre ces pourritures de Nazis. À bord de leur avion en feu, aperçurent-ils, de leurs yeux pleins de terreur, la mare avant de rendre leur dernier soupir? Ce n’est certainement pas les carpes moqueuses qui me renseigneront. PHILIPPE LACOCHE

 

Les prélèvements du CPIE.

Brice Marier, chargé de mission biodiversité au centre permanent d’initiative pour l’environnement (CPIE) a procédé à des prélèvement dans la mare de Lamaronde. Ces constations sont les suivantes : ” Mare urbaine fortement eutrophisée avec pollution d’hydrocarbures. Les pentes sont abruptes et la mare bétonnée. Les espèces floristiques : Aubépine monogyne, Iris des marais, Saule pleureur, Orme champêtre, Pin sylvestre, Frêne commun. Les espèces faunistiques : les oiseaux : moineau domestique, pinson des arbres, mésange à longue-queue, hirondelle rustique, pigeon ramier. Pas d’amphibiens mais présence de poissons.

La charmante petite église de Lamaronde a été rénovée. (Photo : Philippe Lacoche.)
La mare de Lamaronde au début du siècle dernier. Les agriculteurs venaient s’y approvisionner en eau. (Archives : Xaviers Despréaux.)
La plaque sur la mairie; elle rend hommage aux courageux aviateurs qui se sont écrasés sur le territoire de la commune en juin 1940; il venaient en terre de France pour combattre la vermine nazie. Gloire à eux! Reconnaissance éternelle. (Photo : Philippe Lacoche.)
Les carpes se sauvent et replongent dans la vase; elles laissent derrière elles d’adorables petites taches brunes. (Photo : Philippe Lacoche.)
Tout près de Lamaronde, de terrifiantes éoliennes nous rappellent le monde d’aujourd’hui alors que nous, nous ne voulons rêver qu’au monde d’avant. (Photo : Philippe Lacoche.)
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Chansons et rock me rendent heureux!

Je l’avoue humblement : je suis très heureux d’avoir repris du service comme parolier. Outre mon travail avec la délicieuse Lou-Mary, j’écris depuis peu des paroles pour Benjamin Laplace (fondateur du groupe Mistral), pour Vanfi (fondateur des Papillons noirs et ancien membre des Scopytones) et pour Hervé Zerouk (fondateur des Desaxés).

En cliquant sur les liens surlignés en bleu, vous arriverez sur Youtube. Et vous écouterez, “Tes yeux sur mon tulle”, une chanson très arabisante qui rend hommage au défunt et regretté bar rock amiénois Le Lucullus et à son tenancier Nasser; “Amour chacal”, que j’avais écrite quand mon adorable petite Léo m’avait quitté pour des bras plus jeunes (chanson qui évoque aussi la Baie de Somme; Benjamin tisse des atmosphères très Daniel Darc, très Patrick Eudeline); “Quai des jeunes années”, hymne à ma bonne ville rouge, cheminote et ouvrière de Tergnier, dans l’Aisne (j’y rappelle qu’au cours des sixties, on y lisait bien plus L’Humanité que L’Aurore, ce qui ne manquera de faire plaisir au maire communiste, mon ami Michel Carreau; des critiques disent déjà que Vanfi a composé une manière de chanson des Kinks à la française); “Lady Baie”, chanson que j’avais écrite en 2004 alors que j’étais en amour avec la sensuelle et délicieuse Lady B. (Hervé Zerouk y développe une jolie mélodie digne de Ray Davies).

Voilà, tu sais tout, lectrice charnue comme une pêche de vigne et fessue comme une biche qui attend un faon.

Ph.L.

 

Lou-Mary.
Benjamin Laplace.
Hervé Zerouk, en septembre 1919, à la faveur d’un repas bien arrosé pris en compagnie de l’ami écrivain (et grand écrivain!) Alain Paucard. (Photo : Philippe Lacoche.)
Mon ami Vanfi en pleine action.
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Blanche Gardin ou un clin d’œil du destin

 

Le livre à propos de Blanche Gardin et le fameux ticket de cinéma. Ils sont arrivés au même moment. Photo : Philippe Lacoche.

   La qualité cardinale d’une chronique, c’est d’être juste et sincère. Suis-je juste? Je n’en sais fichtre rien; je sais en tout cas que je tente, tous les dimanches, d’être sincère. C’est la moindre des politesses, des élégances, lectrice mon amour soumise et fessue. À dire vrai, pour cette dernière chronique de la saison (je pars en vacances; mes élucubrations dominicales reprendront en septembre), je n’avais pas grand-chose à me mettre sous la plume. Coronavirus et confinement obligent, j’ai contracté de mauvaises habitudes: je sors moins; moins de concerts, moins d’expositions, moins de rencontres, moins de films (mais depuis que la directrice du Gaumont m’a sucré ma carte gratuite, je ne fréquente quasiment plus le grand hangar vermillon; en revanche, je continue d’aller au Ciné Saint-Leu et au cinéma Orson-Welles, où je suis, à chaque fois, accueilli avec chaleur). Donc, moins de choses à te faire partager, lectrice exquise, charnue comme une pêche imminemment croquée. J’avais pensé vous raconter comment j’ai brûlé ronces, broussailles et mauvaises herbes (et mes poumons par la même occasion; et ils n’ont pas besoin de ça; ils en ont bien assez avec les Marlboros Gold) dans l’incinérateur que j’ai offert, il y a peu, à mon adorable petite fiancée. Je me serais alors souvenu que mon père, chaque automne, dans son jardin, allumait de grands feux pour y brûler les déchets végétaux. Et il en profitait aussi, très bizarrement, pour y cramer les poupées et les ours en peluche abandonnés par mes petites-nièces ou mes enfants. Pourtant, mon père n’avait rien d’un pyromane psychopathe. Non; il n’y avait pas plus brave homme, pas plus sain d’esprit. Alors pourquoi brûlait-il poupées et nounours? Allez savoir? Chaque homme, même le meilleur, recèle sa part d’ombre (la mienne est très fortement développée; c’est pour cela que j’ai les jambes blanches et un torse de neige, ce qui n’est pas pour déplaire à mes maîtresses). Non, je ne vous raconterai pas ça. Un nouveau retour dans l’enfance? Non, merci. Certains confrères de la rédaction disent déjà que je radote; l’un d’eux, plus percutant, a même ajouté: «Il ne se renouvelle pas beaucoup, pépère!» J’aurais pu aussi vous narrer mes exploits de pêcheur en haute mare, en compagnie de Raphaël Trombert, 23 ans, chargé de mission biodiversité faune auprès du Centre permanent d’initiative à l’environnement (CPIE).

Raphaël Trombert, 23 ans, chargé de mission biodiversité faune auprès du Centre permanent d’initiative à l’environnement (CPIE). (Photo : Philippe Lacoche.)

Nous nous sommes retrouvés, mercredi dernier, sur les berges des mares situées rue Edouard-Lucas, derrière la station essence, en face de Super U. Pas la peine que j’use ma plume: vous retrouverez ma première chronique, La mare dit, qui paraîtra… mardi prochain (je suis le Maurice Biraud de Tergnier, le Bigard d’Amiens avec mes jeux de mots à la noix; mon copain Daniel Muraz, de la rédaction en chef, l’a accepté; je me demande si ce n’est pas pour me ridiculiser), et vous saurez tout sur mes exploits. Non, je ne vous raconterais pas ça non plus. C’est le hasard et la chance qui sont venus à mon secours (la chance, cette cousine du génie: j’ai les chevilles qui enflent!). Incroyable: ce jeudi matin, j’ouvre ma boîte à lettres. S’y trouve l‘essai La vie rêvée de Blanche Gardin, de Nathalie Simon (éd. L’Archipel) que j’avais commandé. Joie. J’adore Blanche Gardin. Je file sous la douche, bouscule un petit tas de linge. Un vieux ticket de cinéma tout délavé tombe. Je regarde: Gaumont Amiens, salle 07, Blanche Gardin, 21/03/2019. Exonérés. Incroyable mais vrai! J’avais assisté à cette diffusion en compagnie de ma copine Susan après avoir demandé par mail expressément l’autorisation à la direction. Un vrai clin d’œil du destin. Ou positif comme je suis, je me suis dit que la directrice du Gaumont allait peut-être me renouveler, en tant que journaliste et critique de ciné, ma carte gratuite d’accès. On peut rêver, n’est-ce pas, lectrice conquise, presque culbutée, presque retournée?

Blanche Gardin lors de la diffusion de son spectacle, au Gaumont, en mars 2019. J’étais en compagnie de Susan.

                                                  Dimanche 12 juillet 2020.