Procès de Jean-Paul Dancoisne pour meurtre, rue Saint-Acheul, à Amiens

    9 octobre 2017

    Dancoisne, fou quand ça l’arrange

    L’accusé a oscillé entre délires et obsessions, hier, au premier jour de son procès pour le meurtre de Chantal Croizet. Mais quand les questions fâchent, il sait éluder…

    LES FAITS

    LE 15 AVRIL 2015, le corps de Chantal Croiset est retrouvé dans une poubelle du logement de Jean-Paul Dancoisne, rue Saint-Acheul à Amiens.

    EN GARDE À VUE, Dancoisne, Nordiste né en 1964, avoue avoir étranglé un an demi plus tôt Chantal, 42 ans, ancienne patronne de bar, ne supportant pas qu’elle lui demande de l’argent. Il se rétractera ensuite, évoquant une mauvaise chute.

    LE VERDICT est attendu ce mercredi. L’accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

    Dancoisne, alors qu’il animait un après-midi pour les aînés.

    Quand Jean-Paul Dancoisne prend la parole, hier matin, on est saisi d’un doute terrible: et si la cour d’assises s’apprêtait à juger un fou? Cet homme massif de 53 ans se présente voûté, dans une polaire bleue et un polo blanc, le front dégarni, le nez en bec d’aigle. Sa voix fluette et pour tout dire geignarde tranche avec son apparence. Surtout, il semble qu’un enfant de 5ans s’exprime. Exemple, à propos de la mort de Chantal: «Al demandait l’argent. Poussée. Pis al est mal tombée. Sur échelle. A n’avait des dettes. Boucou boucou des dettes».

    De l’enfant, il a aussi des délires mégalomanes. À l’entendre, il était l’ami des stars, singulièrement des pontes du parti socialistes, dont ses parents furent d’actifs membres, à Arras. Hier, il n’a pleuré qu’une fois, non à l’évocation de sa victime, mais au souvenir de l’ancien maire de Lille: «Il était bien, Pierre Mauroy!» sanglote-t-il. Plus tard, il se rengorge: «M. Delanoé, il m’a invité chez Michou à Paris. Il est tout en bleu. C’est un gars comme ça, Michou».

    Mégalo et parano. Rien n’obsède tant Dancoisne que son argent et ses «objets de valeur» (la chère sono de ce DJ amateur), qu’il suspecte la terre entière – voisins, tutelle, policiers et juges – de vouloir lui voler. «L’argent», «l’argent», «l’argent»: il l’a bien dit cent fois en un jour d’audience.

    La messe est-elle dite? Pas si simple. Et si Dancoisne était «bête quand ça l’arrange», comme le résume un avocat? Certes, son handicap est indéniable, mais quelle différence entre ses diatribes contre tous les «jaloux» et ses silences lorsque la présidente ou l’avocate générale abordent les questions qui fâchent: ses deux premières condamnations, ses aveux complets en garde à vue, voire sa sexualité (notamment ces sous-vêtements féminins retrouvés tachés de son sperme)!

    Il n’a pas un mot pour sa victime mais disserte longuement sur les dégâts que les policiers auraient faits pendant la perquisition. L’avocate générale Mme Auguste lui demande s’il a déjà eu des relations sexuelles avec une femme. Réponse surréaliste, la tête basse: «À Saint-Leu, une fois, j’ai passé de la musique. De la musique pas fort, comme ça les gens, il peut manger»

    Vite sorti de prison sans suivi psychiatrique

    Absent de la cour d’assises, le père adoptif de Jean-Paul Dancoisne, ex-gardien de gymnase à Arras, a expliqué en procédure comment l’enfant est arrivé dans sa famille: «Une femme a tendu le bébé à mon épouse sur le parvis du CHU de Lille. Elle l’a ramené. Il avait deux mois, il était tout souillé. Sa mère, il ne l’a revue qu’une fois, brièvement». Dès le primaire, un retard mental est décelé chez Jean-Paul. Il partira en école spécialisée sans jamais apprendre à lire ni écrire.

    Il trouve néanmoins un emploi aux espaces verts, à la Ville, avant d’être condamné pour viol en 91. «On m’a tendu un piège, les gens étaient jaloux que le sénateur-maire m’ait donné un travail», explique-t-il. Il sort de détention le 8 mars 1995 et commet un nouveau crime 32 jours plus tard: le meurtre de Marie-Chantal, une amie de sa sœur, dans des conditions qui rappellent la mort de Chantal à Amiens. Condamné à 25 ans de réclusion, il est libéré au bout de 17ans. Aucun suivi psychiatrique n’est préconisé. «Je n’ai aucune compétence sur le comportement. L’obligation de soins, c’est le préfet. On peut s’étonner à titre personnel mais on ne peut rien contre une décision judiciaire», se défend son conseiller d’insertion.

    À sa sortie de la prison de Bapaume Dancoisne est obligé de s’installer dans la Somme. Arras vient de lancer une grenade dégoupillée à Amiens…

    10 octobre 2017

    Reste à savoir pourquoi Chantal est morte

    Le verdict du procès de Jean-Paul Dacoisne est attendu ce mercredi à Amiens.

    La maison du drame.

    La clef du duel qui opposera ce mercredi matin l’avocate générale Mme Auguste et Me Yahiaoui, pour la défense, sera l’éventuelle altération du discernement de Jean-Paul Dancoisne au moment où il a ôté la vie de Chantal Croiset, fin juillet 2013. Si elle est retenue, il encourra trente ans, et non plus la perpétuité. Pour répondre à cette question cruciale, on attendait beaucoup, hier mardi, des experts. On fut d’autant plus frustré d’apprendre presque fortuitement (par une indiscrétion du psychologue) que le psychiatre, le Dr Prosper, ne risquait pas de venir déposer puisqu’il était en colloque à l’étranger. «Il est tout juste capable d’encaisser sa vacation! s’emporte Me Crépin. Pour lui, on est des bouseux.»

    Singulière dangerosité criminologique

    Faute d’expert, on se contentera donc de l’expertise. Si tout était clair, ça suffirait. Quant à la dangerosité de Dancoisne, déjà condamné pour un viol et un meurtre, le débat est par exemple vite clos: «Il est dangereux, il n’exprime aucune critique de ses actes», pointe le psychologue; «Il présente une singulière dangerosité criminologique», tranche le psychiatre.

    Sur sa responsabilité, c’est une autre affaire. Le premier note qu’«il sait ce qu’il a fait» et «qu’il n’est pas fou, car un fou ne se défend pas». Le second estime que l’accusé était en 2013 «en pleine possession de ses moyens, doté d’une vie sociale, sans aucun trouble psychiatrique». Néanmoins, il retient une altération si, et seulement si, Jean-Paul Dancoisne a tué Chantal parce qu’elle lui aurait réclamé de l’argent, l’entraînant vers une «acmé de tension émotionnelle». Voilà qui mériterait quelque éclaircissement. Mais le docteur est en colloque… Au moins, le médecin légiste s’est déplacée, et bien qu’elle eût autopsié un corps qui avait passé dix-huit mois dans une poubelle, son exposé fut clair, et explosa en dix minutes la version de Dancoisne, selon qui Chantal serait morte accidentellement, en se cognant pendant une dispute: «On n’a retrouvé une fracture du larynx. La thèse de la strangulation est la première hypothèse des causes de la mort». La même médecin a rappelé que le corps «extrêmement altéré» qui lui fut confié était vêtu d’une seule minijupe rouge et noire à frou-frou, qui n’appartenait pas à la victime. Les armoires de Dancoisne, déjà condamné pour viol, débordaient de sous-vêtements féminins tachés de son sperme. Pour son fils, ses frères et sa sœur, on en vient à souhaiter que Chantal fût tuée pour une histoire de sous. Et rien d’autre…

    Les plaidoiries de parties civiles

    Me Jérôme Crépin (pour les frères et la sœur de Chantal) : (Il se tourne vers l’accusé) « Vous avez fini par dire, « j’ai fait une connerie », comme un gamin qui aurait volé une orange. Non monsieur Dancoisne, ce n’est pas une connerie, c’est un crime. Et c’est la troisième fois ! Ça ne vous a pas servi de leçon (…) Tout le monde disait du bien de Chantal. Il a fallu que son père, à 85 ans, apprenne que sa fille avait été retrouvée dans une poubelle. Il est mort il y a quelques semaines. Toutes les civilisations, toutes les religions respectent les dépouilles mortelles. Vous, vous êtes hors-jeu ! Après sa mort, vous avez tué sa mémoire (…) Je suis convaincu que vous dormez tranquille. Je pense que vous l’avez tuée pour des sous même si moi, cette minijupe, je l’ai en travers de la tête… »

    Me Mario Mangot (pour le fils de Chantal) : « Pour porter la voix de mon client, je devrais crier. Il est en colère parce qu’il se dit que si l’accusé avait entièrement purgé sa peine précédente, sa mère serait toujours vivante. Pour la retrouver, il a frappé à toutes les portes, alerté les médias, sillonné Amiens. Il est resté 21 mois sans savoir. Il porte une culpabilité parce qu’il est passé cinq fois devant la maison de Dancoisne. Il ressortira d’ici sans réponse, mais avec de nouvelles questions en tête, parce que comme mon confrère, je m’interroge sur cette minijupe dans laquelle s’est retrouvé le corps de Chantal (ndlr : alors qu’elle était arrivée chez Dancoisne vêtue d’un pantalon). En tout cas, son fils espère que ce qui est arrivé à sa mère n’arrivera plus à personne ».

    11 octobre 2017

    La peine maximum pour Dancoisne

    Jean-Paul Dancoisne a été condamné hier à la perpétuité assortie d’une sûreté de vingt-deux ans.

    Lors de la reconstitution.

    Au troisième essai, il a atteint le sommet… Le passé judiciaire de Jean-Paul Dancoisne, 53ans a pesé lourd, hier, quand la cour d’assises l’a condamné pour le meurtre de Chantal Croiset, 42 ans, fin juillet 2013, rue Saint-Acheul à Amiens.

    En 1991, il avait pris huit ans pour viol, en 1995 vingt-cinq ans pour meurtre. «Stop!», ont signifié hier les jurés, suivant à la lettre les réquisitions du ministère public. Ils avaient peut-être en tête ces mots du fils de la victime, rapportés mardi soir par son avocate Me Marion Mangot: «S’il avait purgé toute sa peine précédente, ma mère serait encore en vie».

    «Le mettre définitivement à l’écart»

    «Vous n’avez pas d’autre choix que de le mettre définitivement à l’écart de notre société», les avait exhortés, hier matin, l’avocate générale Mme Auguste, au terme d’un réquisitoire serré mais efficace, décrivant «le sordide, l’indicible, l’inimaginable»: le corps «putréfié» de Chantal baignant «dans un liquide verdâtre» au fond d’une poubelle, retrouvé dix-huit mois après sa mort. Et pas parce que Dancoisne s’était dénoncé! Non, «uniquement grâce aux investigations, parce qu’il avait donné le téléphone de la victime à une amie».

    Seule une altération de la responsabilité aurait permis à Jean-Paul Dancoisne d’échapper à la perpétuité. Le psychiatre l’avait suggérée, à la condition que la victime ait harcelé son meurtrier pour obtenir de l’argent. Mme Auguste balaie l’argument: «L’argent, je n’y crois pas. Mme Croiset avait des ennuis financiers mais tous les témoins décrivent une femme simple, sans histoire, rendant service et ne se plaignant pas».

    «Il est des nôtres même si le premier réflexe, c’est de le rejeter» (Me Messaouda Yahiaoui)

    Ce qui la gêne, c’est cette minijupe dont Dancoisne a vêtu la victime après l’avoir déshabillée, ainsi que la lingerie féminine retrouvée chez lui: «Il est dans la toute-puissance. A-t-elle refusé ses avances? Généré une frustration à laquelle il est intolérant?»

    En face, Me Messaouda Yahiaoui s’est courageusement attelée à une mission impossible. «Il est des nôtres même si le premier réflexe, c’est de le rejeter», prévient-elle. Des nôtres mais pas tout à fait comme les autres: l’avocate rappelle qu’il a le QI d’un enfant de six ans. Elle ne veut pas de ces réquisitions qui, «si on les traduit, signifient qu’il ne doit sortir de maison d’arrêt que dans un cercueil».

    Dancoisne est incapable de se remettre en question? Finement, Me Yahiaoui retourne le compliment à la justice, qui lui a accordé une sortie sèche, en 2015, «sans obligation de soins», alors qu’un psychiatre avait bien dit qu’il devait «faire l’objet d’un suivi sociojudiciaire et de soins psychiatriques afin de traiter ses troubles du comportement».

    Jean-Paul Dancoisne a passé vingt-trois des vingt-six dernières années derrière les barreaux. Il y est reparti hier soir pour longtemps, peut-être pour toujours.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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    10 juin 2013 Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis ! 4Grrrr2J'ADORE2WOUAH2TRISTE0J'AIME0Haha0SUPER !Merci !