Procès de Freddy Trocador pour tentative de meurtre, viols et violences

    1er juin 2018

    Un homme à femmes battues

    MESNIL-SAINT-NICAISE : Ses ex-compagnes ont accablé Freddy Trocador, au premier jour de son procès.

    LES FAITS
    FREDDY TROCADOR, 42 ANS,

    comparaît depuis jeudi pour tentative de meurtre, viol et violences sur sa compagne, en décembre 2016 à Mesnil-Saint-Nicaise, près de Nesle.

    IL NE RECONNAÎT

    que les violences, tout en les minimisant.

    LE VERDICT

    est attendu le mardi 5 juin.

    Si l’on s’en tient aux aveux de Freddy Trocador, il ne devrait pas être le dernier accusé jugé par la présidente Karas ; une formation collégiale au correctionnel suffirait à le condamner pour des violences conjugales.
    Car violent, il l’est, et pas qu’un peu. La question ne se pose plus depuis jeudi et le défilé de ses ex-compagnes qui décrivent peu ou prou le même calvaire : des accès de colère qui se transforment en pluie de coups, à mains nues ou au bâton, à la moindre contrariété. «Il frappe dès que l’on n’est pas d’accord avec lui », résume l’une de ses cinq concubines recensées. La première plainte contre lui pour violences conjugales date d’octobre 2005. Quatre de ses femmes ont fini, saoulées de coups, au guichet d’un commissariat. Trois fois avant les faits qui nous occupent, il a écopé de peines ferme. Et rien n’a changé…
    Le témoignage le plus poignant fut celui de la femme qui à deux reprises, en Guadeloupe et en métropole, a partagé sa vie. « Il frappait sans motif, je savais que je ne devais pas répondre. Je ne le reconnaissais pas, j’avais toujours espoir que ça aille mieux », répète celle qui, comme ses filles, suit encore une thérapie. « C’était pour rien, un jouet que je n’avais pas acheté à sa fille, une contradiction. Une fois, c’était parce que j’avais fait du poisson pané et qu’il n’aime pas ça… » Voilà qui tranche avec la thèse de Freddy, selon laquelle il ne s’énerverait que sur les femmes infidèles…
    DES TÉMOIGNAGES CONCORDANTS
    Plus gênant encore, par rapport à l’accusation de viol, elle confie à grand-peine : « Après les coups, il m’imposait un rapport. Je pleurais, je le repoussais mais je me taisais, pour ne pas réveiller les enfants ».
    « Elle ment, c’est n’importe quoi ! », s’emporte l’accusé, un homme massif dans sa chemise blanche. À force de déni, il semble capable de tout, y compris de ce viol et de cette tentative de noyer sa conjointe dans les eaux glacées du canal de la Somme. Son conseil M e Daquo le sent bien et le secoue : « Mais quand bien même elles vous auraient trompé, vous ne seriez pas le seul cocu sur cette terre ! Vous ne pouvez pas claquer la porte plutôt que de claquer les femmes ? »
    « Oui », souffle la voix pâteuse de Freddy.
    2 juin

    Trocador coincé par la bande

    L’accusé a enregistré lui-même les coups et les menaces qu’il faisait subir à sa compagne. Effet garanti…  
    Depuis 13 heures, ce jour-là, Marie (prénom modifié) se trouve chez son conjoint Freddy Trocador, au 23 de la rue de l’Église à Mesnil-Saint-Nicaise, après l’avoir aidé dans le restaurant qu’il a créé sur un parking de Gedimat, à Nesle. Le Guadeloupéen de 42 ans lui reproche d’avoir un amant. C’est vrai. Il la frappe, l’étrangle. Elle se réfugie dans la salle de bain. Il force la porte, cogne à nouveau, et l’oblige à téléphoner à son amant, Jean-Louis. Alors commence l’enregistrement…
    « DIS LUI QUE TU VAS MOURIR »
    « Tu as vu, j’ai tout enregistré ! » lancera-t-il un peu plus tard. Pouvait-il imaginer qu’un jour, cette exclamation s’adresserait à des jurés… Ces quelque huit minutes ne sont qu’un maelström du bruit sourd des coups (de poing et de bâton), de gémissements, de cris, de hurlements qui dégoulinent des murs rouges du palais de justice : «Freddy ! Freddy ! Pardon ! Pardon ! Je veux pas que tu me tues ! Au secours ! »
    En réponse, la cour distingue les rires de Trocador. L’amant (qui n’a pas l’appel au 17 facile…) est toujours au bout du fil. « Dis-lui que tu vas mourir », enjoint Freddy à Marie. Puis il s’approche du combiné : «Tu m’entends Jeanjean ? Elle va mourir à cause de toi, petit pédé de Haïtien ! »
    Plus tard dans la nuit, il la fera poser nue, le visage tuméfié, sur le canapé, une pancarte autour du cou où est inscrit : « Je m’appelle (son nom). J’aime baissé » (comprendre « baiser »). Puis, d’après l’accusation, il la violera, analement, vaginalement et oralement. Enfin, à 3 heures du matin, il la maintiendra presque une heure dans les eaux glacées du canal du Nord, à Rouy-le-Petit. On pense à ces ex-conjointes croisées lundi qui se sont senties ramenées à l’état « d’objet»…
    Trocador, qui n’admet que les violences, ne bouge pas un cil pendant l’audition de cette bande-son. Inutile de dire que l’effet pour sa défense – à laquelle le dossier laisse pourtant des « billes », notamment quant à la tentative de meurtre – est catastrophique. Heureusement pour lui, il reste deux jours d’audience jusqu’au verdict, attendu mardi.
    5 juin

    Trocador lâche un peu de lest

    Freddy Trocador a avoué avoir emmené sa victime au canal, mais pas pour la tuer.  
    « ELLE N’ÉTAIT QU’UN HÉMATOME »
    Elle accuse aussi le père de deux de ses enfants de lui avoir plongé, deux fois, la tête sous l’eau, ce qui signerait l’intention homicide, mais que le Guadeloupéen de 43 ans persiste à nier : « Je voulais lui faire peur, pour qu’elle me dise combien de fois elle avait couché avec l’autre. Je ne l’ai pas poussée. Je lui ai demandé de descendre dans l’eau et elle l’a fait, mais même pas cinq minutes. »
    De même, la cour n’obtiendra aucun aveu sur les viols, au nombre de quatre selon la partie civile. Freddy Trocador n’admet qu’un rapport, le jeudi 8 décembre au matin, « mais c’est elle qui voulait faire l’amour. Je l’ai fait parce que je l’aimais ».
    Son problème, au-delà des traces de violences relevées par la gynécologue, c’est l’état de la femme après le passage à tabac du mardi 6, a priori incompatible avec la moindre appétence sexuelle. «Je n’ai jamais vu ça, j’étais incapable de dire si elle avait les yeux ouverts ou fermés tant son visage était abîmé », s’est souvenu vendredi une gendarme. Lundi, une légiste a confirmé : « Elle n’était qu’un hématome, des pieds à la tête. J’ai mis entre deux et trois heures à décrire ses lésions ».
    Des trois chefs d’accusation – violences, viol et tentative de meurtre – il ne resterait donc, selon Trocador, que les premières, qu’il minimise maladroitement : « Elle me frappait aussi. Mon grand regret, c’est de ne pas avoir photographié mes griffures. »
    6 juin

    Trocador prend 18 ans

    Les jurés l’ont acquitté de la tentative de meurtre, mais sanctionné pour les viols et violences.
    Une victoire à la Pyrrhus attendait Freddy Trocador, au terme de son quatrième jour de procès devant les assises de la Somme. Certes, il est acquitté de la tentative de meurtre sur sa compagne, le 6 décembre 2016, mais il est condamné à dix-huit ans (sur vingt encourus) de réclusion pour les violences et les viols commis à Mesnil-Saint-Nicaise, près de Nesle.
    Un verdict d’assises, c’est à la fois l’expression du droit et l’estimation de la gravité d’une entorse à la loi. Les jurés n’ont pas fait autre chose : ils ont dit que formellement, l’intention homicide de Trocador, quand il a plongé Marie (prénom modifié) dans les eaux glacées du canal du Nord, ne pouvait être démontrée mais ils ont également estimé que la jeune femme avait été violée à quatre reprises et que les violences «poussées à l’extrême », dixit Me Mangot, partie civile, méritaient une réponse pénale vigoureuse.
    DÉBAT SUR L’INTENTION HOMICIDE
    À cet égard, les huit minutes d’enregistrement audio réalisé par l’accusé en personne, les témoignages éberlués d’une légiste et d’une gendarme mais aussi de toutes les ex-compagnes de Freddy, battues comme plâtre ces vingt dernières années, ont pesé dans la balance.
    Trocador a-t-il voulu tuer Marie, « coupable » de l’avoir trompé ? Ce fut le cœur des plaidoiries ce mardi. « Sans aucun doute », d’après l’avocate générale Lucie Dupont, qui relève l’extrême faiblesse de la victime, déjà lourdement frappée, quand son bourreau l’oblige à entrer dans l’eau à quatre degrés, puis, à deux reprises, lui plonge la tête sous l’eau. « Elle pouvait mourir à la fois d’un arrêt cardiaque et de noyade, elle ne doit sa survie qu’à sa résistance. » Et de requérir 25 ans de réclusion.
    Non, pour Me Stéphane Daquo, qui ne ménage pas son client (« Vous ne savez pas aimer ») ni ne tente de plaider l’implaidable, à savoir l’acquittement du chef de viol (quand bien même Trocador le niera jusqu’à l’ultime seconde). En revanche, il combat pied à pied « ce qui serait une injustice », car entrer dans l’eau « ne mettait pas en cause le pronostic vital » et car « le seul fait de mettre la tête sous l’eau, dès lors qu’on ne sait pas combien de temps ça dure, ne suffit pas à signer l’intention homicide ». D’ailleurs, rappelle-t-il, Trocador a, in fine, aidé Marie à sortir du canal. Et dans les 24 heures qui ont suivi, il a encore eu mille occasions de l’occire, s’il l’avait désiré.
    « Il ne voulait pas la tuer, assène l’avocat. Pour une simple raison : dans son esprit, elle est sa chose. S’il la tue, il ne l’a plus. »

     

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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