Meurtre d’un jeune Franco-Pakistanais à Laigneville (Oise) le 26 septembre 2014

    11 juin 2018

    COUR D’ASSISES DE L’OISE

    Mort pour  une queue de poisson

    LAIGNEVILLE L’altercation avait fini en bataille rangée. Trois hommes répondent de meurtre ce lundi.

    Vers 22 heures, ils décident d’aller chercher des kebabs. Au retour, ils considèrent qu’un autre véhicule, occupé par trois ou quatre Creillois d’origine pakistanaise, leur a fait une queue de poisson, ou au moins qu’il les gêne. Le ton monte très vite, mais l’altercation ne va pas plus loin.
    TOUCHÉ AU THORAX
    En fait, les Pakistanais sont partis chercher du renfort. Vingt minutes plus tard, ce sont vingt à trente personnes qui se massent devant le mur de la résidence où les trois hommes ont rejoint leurs familles. Cette fois, la peur a remplacé la colère.
    D’abord, un pistolet d’alarme est utilisé, mais il ne calme personne. Puis, l’un des trois fait feu avec un pistolet 22 long rifle. Cette fois, les conséquences sont terribles : un jeune homme de 24 ans est touché au thorax. Transporté à l’hôpital par un de ses amis, il décède peu après son arrivée.
    C’est ainsi que trois accusés, d’abord placés en détention provisoire puis libérés, comparaissent pour meurtre ce lundi à Beauvais : Fabien Carette, Alexandre Dos Santos et Bruno Dos Santos. Le troisième ne se serait servi que du pistolet d’alarme, mais il est mis en cause dans l’homicide au nom du principe de coaction. Les deux seconds vont certainement se rejeter la responsabilité du coup de feu mortel. « La question centrale, c’est de savoir qui a tué , admet M e Paul-Henri Delarue, avocat d’Alexandre Dos Santos. Mais j’attends aussi de cette audience de savoir si l’intention homicide peut être démontrée. Sinon, une requalification en coups mortels pourrait être envisagée ».
    12 juin

    Comment on devient meurtrier

    LAIGNEVILLE Deux des trois accusés se rejettent la responsabilité de la mort d’un homme de   24 ans, en septembre 2014, pour un motif futile.

    LES FAITS
    LE 26 SEPTEMBRE 2014, à Laigneville (Oise) près de Creil, une dispute entre automobilistes dégénère. Une vingtaine de Creillois d’origine pakistanaise investissent une résidence dans laquelle est retranchée une famille du cru.
    TROIS MEMBRES de cette famille répliquent par des tirs d’arme à feu. Un homme de 24 ans, Shoaibali Ishag, est mortellement touché au thorax.
    DEPUIS CE LUNDI 11, trois accusés comparaissent pour meurtre : Fabien Carette, 27 ans, Alexandre Dos Santos, 27 ans, Bruno Dos Santos, 22 ans.
    C’étaient trois bons copains. Ce vendredi-là, ils partagent, comme trop souvent, un solide apéritif au domicile d’Alexandre lorsque femmes et enfants leur font remarquer qu’il serait peut-être temps de manger un kebab. Pas question de laisser sortir les conjointes, pérorent-ils avec la fierté de l’homme préhistorique qui ne laissera à personne l’honneur de ramener le jambon de mammouth à la grotte. La suite sera également une histoire de testostérone mal dosée : une banale altercation avec des automobilistes qui, guère plus malins, vont chercher du renfort ; un état de siège du logement de la rue de la République où les trois amis pourraient attendre, calfeutrés, l’arrivée des gendarmes mais choisissent de sortir arme à la main, jusqu’à ce qu’un homme de 24 ans soit mortellement touché au thorax.
    DES ACCUSATIONS MUTUELLES
    Ce ne sont plus trois bons copains. Certes, Alexandre et Bruno Dos Santos restent frères, mais Fabien regarde d’un œil noir ceux qui l’accusent d’avoir tiré la balle mortelle, quand lui en accuse au contraire Alexandre.
    On décortiquera cette soirée néfaste ce mardi et surtout demain mercredi (le verdict est attendu jeudi). À vrai dire, les jurés n’auront pas à choisir le meurtrier. La notion de coaction, fille de la jurisprudence et non du législateur, permet de condamner plusieurs individus pour un seul geste létal, considérant qu’unis dans l’action et les motivations, ils ont pu, à l’instant fatal, ne faire qu’un.
    Ce lundi a été consacré à la personnalité des accusés. Les Dos Santos sont les fils d’une femme de ménage et d’un maçon portugais.
    Après, pour chacun, une scolarité médiocre, Alexandre est bien entré dans la vie active.
    « C’était un bon ouvrier. Il avait du potentiel et un bon état d’esprit. On aurait pu en faire un petit chef d’équipe », se souvient son patron à l’agence Ramery de Creil. Bruno, au contraire, trouve du travail mais le perd à cause de ses absences répétées. Fabien, qui connaît Alexandre depuis l’école, est le fils d’un… maçon. Sa vie professionnelle est également chaotique. Tous trois ont un petit casier judiciaire.
    UNE EPITAPHE MALHEUREUSE
    La psychologue a tenté en vain de faire passer des tests à Alexandre : «Je n’ai pas insisté, de crainte qu’en le pressant davantage, il se montre agressif ». De Fabien, elle a retenu « l’empathie et les regrets » mais aussi une tendance à « se victimiser » et à « rejeter la faute sur les autres ».
    Bruno, lui aussi, exprime des pensées pour la victime tandis qu’Alexandre a cette phrase très malheureuse : « Il est mort mais en même temps, il n’avait qu’à pas venir chez moi ».
    13 juin

    L’un est accusé, l’autre s’est accusé

    C’est une funeste idée que d’évoluer sur une scène de crime, à la nuit tombée, vêtu d’un gilet fluorescent orange : si les témoins ne doivent se souvenir que d’un homme, ce sera vous. Omniprésent dans les compte-rendu de la soirée du 26 septembre 2014, Alexandre Dos Santos, 27 ans, l’a vérifié hier, au deuxième jour de son procès pour le meurtre de Shoaibali.
    Dans le box, son frère Bruno, 22 ans, et son copain d’avant, Fabien Carette, 27 ans, ont passé une meilleure journée alors que la cour se penchait sur l’examen des faits.
    Il semble incontestable que c’est l’agressivité, ultra alcoolisée, des frères Dos Santos, qui est à l’origine de tout. « Je roulais à 50. Ils ont klaxonné et fait des appels de phare. Après m’avoir doublé, ils nous ont attendus cent mètres plus loin. On s’est battu. Un noir nous a séparés », retrace Ousmane. Tout aussi indéniable : une heure après ce premier épisode, les trois Pakistanais outragés ont rameuté leurs troupes (dix à vingt jeunes hommes) pour « discuter ». Discuter ? On n’est pas obligé de croire Ousmane, dont le cousin Shoaibili s’est retrouvé sur le muret qui longe le jardin d’Alexandre Dos Santos, à l’aplomb de la rue.
    QUI A TIRÉ LE COUP DE FEU MORTEL ?
    D’abord, des objets (dont un aspirateur) ont été jetés, puis renvoyés ; un pistolet d’alarme a tiré, puis un revolver 22 long rifle, du promontoire formé par le talus et dans la rue. « Ils ont tiré tous les trois, c’est sûr, mais avec quelle arme… » résume hier soir un voisin, témoin direct, qui a bien compris l’un des enjeux de ce procès. Certes, « Gilet orange » est décrit comme le plus virulent, certes, son frère semble ne s’être servi que du pistolet d’alarme. Mais Fabien ? Le même témoin affirme qu’il s’est ainsi vanté : « J’ai tiré dedans et je m’en fous ». « Oui, se souvient le voisin du dessus, il se glorifiait d’en avoir touché un ». À cet instant tardif de l’audience, Alexandre peut enfin souffler : le projecteur s’est braqué sur un autre.
    Une seule chose est sûre, finalement : « Il avait 24 ans, était plutôt svelte. Il a pu courir 170 mètres jusqu’à la voiture. La balle a fait un petit trou en haut du thorax, au niveau de la deuxième côte. Elle allait de haut en bas, de gauche à droite, d’avant en arrière. Elle a fini sa course dans la septième vertèbre dorsale. Elle a transpercé le poumon et traversé le cœur ». Cette seule certitude, le légiste l’a exprimée d’une voix glacée : un gamin est mort parce que son cousin roulait trop lentement.
    14 juin

    Toujours à la recherche du tireur

    Bien malin qui peut deviner quel sera le verdict des jurés ce soir 

    La journée fut encore riche, hier mercredi, de dépositions et d’expertises. Pourtant, l’image paraît figée : Bruno Dos Santos n’aurait fait qu’utiliser un pistolet d’alarme ; Alexandre Dos Santos accuse Fabien Carette d’avoir tiré le coup de feu mortel, avec un revolver 22 long rifle ; Fabien Carette lui renvoie la politesse.
    Contre Alexandre, il y a tous ces témoignages le désignant comme l’homme au revolver, sorte de chef de bande, le plus virulent du trio. Fabien, lui, semble s’être auto-désigné quand, selon les Dos Santos, mais aussi des voisins, il a péroré : « J’ai tiré dedans et je m’en fous. J’en ai touché un ! » À présent, il affirme s’être vanté d’avoir touché un Pakistanais avec une canette…
    Le duel Carette-Dos Santos, ce sera ce jeudi celui de leurs avocats, Me Justine Devred et Me Paul-Henri Delarue, avocat général l’un de l’autre depuis lundi, mais fut aussi, hier mercredi, celui de leurs compagnes.
    Aude, celle d’Alexandre, n’a pas sa langue dans sa poche, quand elle relève les dix-neuf minutes mises par les gendarmes à intervenir : « La brigade, elle est à cinq minutes. Ils se seraient un peu plus bougé, il n’y aurait peut-être pas eu tout ça… Les Pakistanais, ils étaient là pour nous attaquer, pas pour nous serrer la main, mais ils auraient entendu la sirène, ils se seraient enfuis ».
    Sur Cindy, concubine de Fabien, Aude a un avis très tranché : « Ma parole a plus de valeur que la sienne. J’ai plus d’honneur. Elle fait partie des gens du voyage. On n’est pas du même monde ». Qu’elles sont loin, les soirées kebab entre copines ! Cindy, c’est bien simple, a tellement peur de charger son homme qu’elle ne se souvient de rien et soutient même ne pas avoir entendu des coups de feu, la nuit où Laigneville retentissait de la pétarade.
    On sourit, mais ce soir ou cette nuit, l’heure sera grave quand les jurés rendront leur verdict. À vrai dire, tout est possible, du triple acquittement à une triple condamnation pour meurtre, au nom de la coaction qui voudrait que les frangins et leur meilleur copain, comme quand ils écumaient les bars, ont agi comme un seul homme. Entre ces deux peines extrêmes, le code pénal, jamais à court d’imagination, offre une belle palette de sanctions individualisées.
    15 juin

    Le procès joue les prolongations

    Englué dans les contradictions des trois accusés, le procès du meurtre d’un jeune pakistanais durera un jour de plus.

    Président de cour d’assises, c’est un peu de prestige et beaucoup de soucis… À 11 heures hier jeudi matin, on achève à peine l’interrogatoire du premier accusé. Hélène Tortel réalise que le verdict ne va pas tomber tard dans la nuit de jeudi, mais tôt dans la matinée de vendredi.
    L’AFFAIRE SUIVANTE REPOUSSÉE
    Elle pense à la lucidité des jurés, non à son confort personnel, car en prenant la décision de prolonger d’une journée le procès Dos Santos-Carette, elle va devoir décaler le dernier procès de la session, une affaire de viol incestueux, programmée vendredi, lundi et mardi. Il faut prévenir l’accusé, la victime, les avocats, les jurés, les experts et les témoins : ce sera fait.
    Hier on a donc entendu l’ultime version de chacun. Alexandre Dos Santos affirme : « J’ai pris le 22 long rifle pour effrayer les Pakistanais. J’ai tiré deux coups de feu en l’air puis Fabien a insisté pour me prendre l’arme. Je ne l’ai pas vu tirer mais ça ne peut être que lui (NDLR : qui a tué) puisque moi, je n’ai plus tiré ensuite ». Fabien Carette, c’est l’inverse : « Alex a pris le 22. Il a dit « ils sont morts, ils sont morts ». J’ai pris l’arme par le canon et j’ai tiré en l’air pour la désarmer. Ensuite, j’ai entendu deux coups de feu, puis Alex a sauté le muret. Dans la rue, je l’ai encore vu avancer, armer, tirer, recharger, avancer, tirer ». Ça tiendrait la route si, de l’avis de cinq témoins, il ne s’était pas bruyamment vanté d’en avoir « touché un »…
    Et puis il y a Bruno… Sur le papier, il est le moins impliqué, puisqu’il semble n’avoir manié que l’inoffensif pistolet d’alarme. En quatre ans, il a dit tout et n’importe quoi. Un exemple : deux fois, il a reconnu avoir ouvert la porte du placard où fut cachée l’arme. À la barre, il le nie. «Mais vous l’avez dit ! » insiste Me Justine Devred. « Oui mais non. Maintenant, je refuse de vous répondre » objecte Bruno, comme un gamin buté. S’il ment, c’est pour protéger son frère, mais c’est si maladroit que ça en devient improductif. Même Alexandre s’en rend compte : « Mon frère, il est un peu perdu ».
    « CE N’EST PAS UN RICOCHET ! »
    Dans un océan de petites lâchetés entre amis, la dignité de la famille de Shoaibali Ishag restera la plus réconfortante des images de ce procès. Me Éric Bourlion a su dire la douleur et l’incompréhension d’un frère, d’une mère, d’un père, hier soir. Son frère qui lavera son corps meurtri avant l’inhumation, au Pakistan. Son père qui ne réclame « que la justice, pas la vengeance ». Sa mère qui ne parle plus mais qui pleure.
    Me Bourlion ne doute pas de l’intention homicide : « Ce n’est pas un ricochet ! Quand on tire de manière réitérée à hauteur d’homme, c’est qu’on a l’intention de tuer ». Et pas besoin de désigner l’auteur du coup de feu fatal : « Ils ont tous concouru à la mort de Shoaibali ».
    16 juin

    Un tir mortel mais trois coupables

    Si un seul des trois accusés a directement tué Shoaibali, les jurés les ont tous considérés parties prenantes de l’action homicide. Trois peines ferme ont été prononcées. 

    À 20 heures hier, le verdict est tombé : Alexandre Dos Santos, 27 ans, son frère Bruno, 24 ans et Fabien Carette, 27 ans, sont reconnus coupables du meurtre de Shoaibali, un jeune homme de 24 ans, le 26 septembre 2014 à Laigneville, près de Creil. Suite à une dispute entre automobilistes, une quinzaine de membres de la communauté pakistanaise étaient venus demander des comptes mais étaient tombés sur un trio armé. Alexandre et Fabien sont condamnés à 10 ans de prison ; Bruno à cinq ans. Les trois hommes comparaissaient libres. Ils ont été immédiatement escortés en maison d’arrêt.
    Ce verdict suit à la lettre le réquisitoire prononcé par l’avocat général Florent Boura. C’est bien la notion de coaction qui a été retenue, au terme d’un long délibéré (cinq heures et demie). « Je ne sais pas qui a tiré le coup de feu mortel , avoue le procureur de Beauvais. Peut-être qu’eux-mêmes l’ignorent, mais Shoaibali est bien victime d’un meurtre, commis lors d’une scène unique, lors de laquelle tous s’entraident, s’encouragent sans que jamais l’un d’entre eux ne se désolidarise » . Il justifie ainsi le quantum : « Pour la famille de la victime, nous devons réparer une injustice. Nous n’y parviendrons pas avec une peine symbolique que couvrirait la détention provisoire ».
    Les trois avocats de défense plaident au contraire l’acquittement. Me Francis Henry-Assal estime que Bruno, celui qui n’a manié que le pistolet d’alarme, n’était certes pas en légitime défense mais bénéficie de « l’excuse de provocation ». Car ce sont les Pakistanais, suite à une altercation sur la route, « qui sont arrivés à seize, ont tendu un guet-apens, ont barré la route, ont agi sur instructions ».
    « Un jeune homme est mort à cause de l’amour-propre mal placé des Pakistanais et l’incroyable bêtise des trois accusés”
    Me Justine Devred, pour Fabien, maintient que quand son client s’est vanté d’en avoir « touché un », c’était avec une canette de bière : « Il veut alors se donner une contenance, faire l’homme. Il essaie d’exister, il fait son kéké ». Selon l’avocate senlisienne, « tout accable Alexandre. C’est chez lui, avec son arme. Et surtout tout le monde le voit sur la scène de crime ». Me Paul-Henri Delarue insiste sur les vantardises de Carette : « Sa thèse, c’est une énormité ! À l’entendre, il est héroïque, il tente de désarmer Alexandre au péril de sa vie mais c’est pour mieux se vanter ensuite d’avoir tiré dans le tas , d’en avoir tiré un ».
    Restera de ce procès une impression de gâchis résumée par l’avocat général : « Un jeune homme est mort à cause de l’amour-propre mal placé des Pakistanais, revenus sur les lieux de la première dispute, confrontés à l’alcoolisme et l’incroyable bêtise des trois accusés ».

    APPEL A AMIENS

    18 octobre 2019

    Fabien Carette aurait mieux fait de se taire

    LAIGNEVILLE Pas facile de nier avoir participé à un meurtre quand on s’est vanté d’avoir « tiré dans le tas »…
    Le 16 juin 2018 à Beauvais, trois hommes ont été condamnés pour meurtre, même si on ignore qui a pressé la détente du 22 long rifle qui a tué Shoaibali, un Pakistanais de 22 ans, le 26 septembre 2014 à Laigneville (Oise), près de Clermont. Trois coupables, au nom de la coaction : « Tous s’entraident, s’encouragent sans que jamais l’un d’entre eux ne se désolidarise », avait expliqué l’avocat général. Alexandre et Bruno Dos Santos ont pris acte de leurs 10 et 5 ans de réclusion. Seul Fabien Carette, 28 ans, a interjeté appel et comparaît depuis jeudi devant les jurés de la Somme.
    Le déroulé de cette funeste journée est établi : le trio s’alcoolise et au retour du kebab, s’en prend aux occupants d’une Citroën qui roule trop lentement à son goût. Les trois Pakistanais passés à tabac cherchent du renfort dans leur cité de Clermont. Ils sont entre dix et quinze – dont la victime – vers 22 heures, à partir à l’assaut de l’appartement d’Alexandre Dos Santos, situé dans la résidence Les Agathes, légèrement surélevée, à l’abri d’un muret de trois mètres.
    UNE BALLE OU UNE CANETTE ?
    D’en haut, on jette ce qui tombe sur la main, notamment des tuyaux d’aspirateur. D’en bas, on les renvoie. D’en haut, on sort deux armes, une d’alarme, l’autre létale. Bruno ne se servira que de la première. Fin des certitudes : les deux autres s’accusent mutuellement. « J’ai tiré mais en l’air, pour qu’Alexandre ne fasse pas une connerie », plaide Fabien. Alexandre décrit l’inverse : « J’ai tiré en l’air puis Fabien m’a arraché l’arme des mains ».
    Ce vendredi, les deux frères et la compagne d’Alexandre ont réitéré leur accusation. Bruno et Aude affirment même avoir vu Fabien tirer du muret, érigé ce soir-là en muraille, mais leurs témoignages se contredisent. La clef de l’accusation contre lui, c’est bien davantage ces mots répétés par le clan Dos Santos, certes, mais aussi par des témoins neutres : « J’ai tiré dans le tas, j’en ai touché un, ils ne reviendront plus. Les flics peuvent venir, j’assume ». Quant à ses rodomontades, Carette le jure : « J’ai dit que j’en avais touché un mais c’était avec une canette que j’avais ramassée ».
    Le directeur d’enquête de la gendarmerie passe à la barre. Il a recueilli de multiples témoignages, du plus loufoque au plus fiable, notamment ceux de voisins qui ont perçu les vantardises de Fabien. « Je n’ai pas de doute, quand les gens disent l’avoir entendu dire tirer , c’était avec une arme à feu », affirme-t-il. Me Justine Devred sait le poids de cette affirmation : « C’est un jugement, vous allez un peu au-delà de ce qu’on attend d’un officier de police judiciaire ».
    Le verdict sera rendu lundi soir. Pour Fabien Carette, l’enjeu est d’éviter une troisième incarcération, après 30 mois de détention provisoire et les 50 jours qui ont suivi le premier verdict.
    21 octobre

    Dix ans confirmés pour Fabien Carette

    Les jurés de la Somme ont rendu le même verdict que ceux de l’Oise, pour sanctionner le meurtre d’un jeune Pakistanais en septembre 2014 à Laigneville.

    Même cause, mêmes effets : pour la seconde fois de la session, la cour d’assises a confirmé l’arrêt rendu par celle de l’Oise. Fabien Carette a ainsi repris le chemin de la détention, ce lundi soir, après avoir purgé deux ans et demi en 2014 et un mois et demi après sa condamnation, en juin 2018. Une nouvelle fois, il a été reconnu coupable de meurtre, au même titre que les frères Dos Santos, Alexandre et Bruno, qui n’avaient pas fait appel.

    Le 26 septembre 2014, les trois hommes s’étaient alcoolisés, puis avaient agressé les trois occupants d’une voiture qui ne roulait pas assez vite à leur goût. Ces Pakistanais étaient revenus de Clermont avec des renforts. Dans la bataille rangée qui avait suivi, des coups de feu avaient été tirés, tuant Shoaibali d’une balle de 22 long rifle.

    Une seule balle : tirée par qui ? Pas par Bruno, c’est certain, qui n’a usé que d’un pistolet d’alarme. Lequel des deux autres ? Fabien Carette jure qu’il a seulement tiré en l’air et que c’est Alexandre (qui affirme l’inverse) le coupable.

    Qu’importe, semble dire l’avocat général Wilfried Gacquer, qui requiert dix ans au nom de la coaction, parce que « chacun a contribué à la mort de la victime, lors d’une scène unique. M. Carette ne s’est jamais désolidarisé des deux autres ». Me Charles Bruguière, en défense, lui rétorque : « Où sont les charges ? Les gendarmes ont mis vingt minutes à intervenir. Ils n’ont pas gelé les lieux, pas pris de photos, ils n’ont emmené à la brigade qu’Alexandre, laissant les autres rentrer chez eux et éventuellement nettoyer la scène ! »

    “Personne n’a vu Fabien tirer !”

    Contre Carette, il y a les mots, ces phrases qu’il aurait prononcées et qui sont rapportées de manière fluctuante selon les témoins : « J’ai tiré », « J’ai tiré dans le tas », « J’en ai touché un », « J’en ai eu un », « Même si j’ai touché quelqu’un, ils sont vingt et on est trois. Les flics peuvent venir, je m’en fous ».

    « Mais personne n’a vu Fabien tirer ! » s’époumone Me Justine Devred. Elle désigne Alexandre comme « le tireur principal », parce que « l’essentiel de l’action a eu lieu dans la rue » et que dans la rue de Nogent, seuls les frères Dos Santos sont sortis.

    Ce n’est pas suffisant, parce que « quand on tire sur des gens, la volonté de tuer est là », avait plaidé le premier Me Éric Bourlion, avocat du père et du frère du jeune homme tué à 22 ans, dans un pays où la famille s’était installée « parce que c’était trop dangereux au Pakistan »…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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