Assises de l’Oise : procès de Yan Hauet pour assassinat

    10 septembre 2019

    Compiègne: victime d’un tueur au sang froid

    Meurtrier avec préméditation ou par accident, Yan Hauet a fait preuve d’un calme sidérant après avoir tué Sébastien, en avril 2016 à Compiègne.

    LES FAITS

    Le 14 avril 2016, les policiers retrouvent le corps sans vie de Sébastien Duplessier, Compiégnois de 29 ans, dans une forêt du Plessis-Brion.

    Yan Hauet, Noyonnais de 42 ans, avoue l’avoir tué de plusieurs balles de pistolet le soir du 12 avril mais parle d’un accident.

    Le procès d’Hauet pour assassinat a commencé ce mardi à Beauvais. Le verdict est attendu jeudi soir.

    –———————————

    Le lieu du crime.

    «Je reconnais avoir tué accidentellement mon ami» : d’emblée, sur question de la présidente Ledru, Yan Hauet, 42 ans, de Thourotte, a tracé les enjeux de son procès pour assassinat. Il ne déroge pas à sa ligne de défense durant toute l’instruction: le 16 avril 2016, il aurait rendu visite à son copain Sébastien Duplessier, 29 ans, rue Pershing, à Compiègne, lui aurait montré un pistolet qu’il comptait lui vendre, un coup serait parti accidentellement, il en aurait tiré trois autres pour faire croire à un règlement de comptes, puis nettoyé l’appartement et caché le corps en forêt.

    À sa première journée d’audience, ce mardi, l’accusé, de taille moyenne à l’allure sportive (il fut champion de France de force athlétique) s’exprime d’une voix posée, en accord avec sa tenue sobre: chemise grise sur un jeans, rasé de près, les cheveux attachés sur la nuque.

    «Comme dans les films»

    C’est le même homme calme que décrivent les témoins de la nuit fatale, que deux voisins, de leurs fenêtres, ont vu transporter sur l’épaule droite un lourd fardeau jusqu’à sa Corsa noire, remonter, puis repartir sans émotion apparente.

    Katia, amie et voisine de la victime, nourrissait les chats errants au pied de l’immeuble vers 22 heures: «Je l’ai vu descendre avec cette couette sur l’épaule. Par politesse, je lui ai ouvert la porte. Je lui ai dit c’est lourd, il m’a répondu ah oui c’est lourd! J’ai pensé en moi-même, excusez-moi, on dirait un macchabée, j’ai même regardé si je ne voyais pas un pied dépasser. Mais c’était tellement inimaginable…» Sans concertation, elle emploie la même expression que les deux autres témoins: «C’était comme dans les films».

    «Manipulateur, menteur…»

    «Il était normal, pas nerveux du tout» : l’ex-compagne de Yan Hauet le confirme, elle qui, malgré leur séparation officielle depuis janvier, l’a accueilli à Thourotte la nuit du 13 au 14 avril. Bien qu’il eût été condamné pour des violences sur son fils de 3 ans et quoiqu’il l’eût trompée autant et autant, elle lui avait maintenu sa confiance. «J’étais amoureuse», s’excuse-t-elle. Au point de couvrir sa fuite quand il s’échappa par la fenêtre, au petit matin du 14, lorsque les policiers frappèrent à la porte. Elle en dresse aujourd’hui un portrait peu flatteur: «Manipulateur, menteur… Il n’a jamais travaillé. Je l’ai entretenu pendant plus d’un an».

    Ce mercredi sera la journée charnière du procès. Hauet doit livrer sa version, qui s’opposera aux rapports des experts légistes et balistiques. Tant qu’il niera toute intention homicide, difficile d’imaginer résoudre l’énigme du mobile du crime.

    11 septembre 2019

    Le scénario invraisemblable de Yan Hauet

    Accusé de l’assassinat de son copain Sébastien, Hauet s’accroche à une version que les experts battent en brèche.

    Yan Hauet.

    À 16 heures ce mercredi, Yan Hauet a enfin été entendu sur le crime dont il répond devant les jurés de l’Oise: «Je voulais me débarrasser de l’arme. Sébastien était intéressé. Il était à genoux face à moi, la tête penchée à sa table de salon; il coupait du shit et il était sur son téléphone. J’ai voulu lui montrer que l’arme était dangereuse et le coup est parti. Après, j’étais en mode prison, prison… J’ai paniqué. J’ai tiré trois autres fois pour faire croire à un vol ou un règlement de comptes. J’ai pris tout ce que je pouvais dans l’appartement, le shit, les papiers, l’argent…»

    «Pas de départ accidentel possible»

    Le problème, c’est que rien ne colle avec les rapports des experts légiste et balisticien. Ils se basent sur l’autopsie, la reconstitution et les tests balistiques.

    Sébastien est mort de quatre balles d’un pistolet 22 Long Rifle à un coup (acheté un mois plus tôt) «en parfait état» estime le balisticien qui précise que l’arme, «en vente libre dans les années 90», dispose de deux sécurités et que sa détente nécessite une pression de 1,8 kg pour se déclencher: «Imaginez que vous levez une grande bouteille d’eau avec un doigt». Conclusion: «Pas de départ accidentel possible».

    Quel mobile?

    Quand bien même… La succession des coups décrite par l’accusé ne convainc pas, mais alors pas du tout, les spécialistes. Le premier tir accidentel, qui entrerait par l’arrière du crâne alors que la victime fait face au tueur? «D’abord, c’est étrange de manipuler une arme, que l’on dit dangereuse, sans précaution, prévient l’expert lillois. De plus, je ne vois pas comment la victime aurait tourné sa tête à ce point. Ce n’est pas un contorsionniste!» Le médecin intervient: «Dans cette position, on ne pourrait pas respirer. Physiologiquement, c’est impossible».

    Le balisticien émet un scénario alternatif, qu’il étaye notamment par les traces de sang retrouvées sur un sèche-linge: «La première balle est la seule qui a traversé le crâne. Elle a été tirée à moins de quinze centimètres de distance, de droite à gauche. Deux autres à bout portant ont suivi. La dernière est tirée à plus de quarante centimètres, sur le sommet du crâne, pour accréditer la thèse de l’accident». Le médecin approuve.

    Ce qu’ils décrivent, ce n’est rien d’autre qu’une exécution froide, brutale, cynique, pour un mobile encore inconnu (la drogue ? l’argent ? une femme ?)

    Un ordinateur mouchard

    «Pourquoi allez-vous spécifiquement à la médiathèque de Noyon qui garantit l’anonymat de l’utilisateur?»: une fois de plus, la question de la très pertinente avocate générale Virginie Girard fait mouche. C’est en effet de ce lieu public qu’Hauet a suivi l’envoi de son arme, depuis la Bretagne, mais a aussi tapé ces mots-clés qui pourraient signer la préméditation: «une balle dans la tête» («c’est un film», justifie-t-il, ce qui est vrai), «le calibre 22 pour tous», «le braquage à domicile illustré», «le calibre 22 à bout portant».

    12 septembre 2019

    Un verdict mais pas de mobile

    Yan Hauet a été condamné à 20 ans de réclusion pour l’assassinat de Sébastien Duplessier. Un crime   dont on ignore toujours le motif, après trois jours de procès.

    La victime.

    Vingt ans sans période de sûreté (donc une sortie possible dans huit ans): c’est le prix de la mort préméditée de Sébastien Duplessier, établi ce jeudi soir par les juges et jurés de l’Oise. L’avocate générale Virginie Girard n’a pourtant aucun doute, quand, à 13h30, elle requiert trente ans de réclusion, dont deux tiers de sûreté, contre un homme qui «ment avec un aplomb impressionnant». Après trois jours de procès, le mobile reste d’ailleurs un mystère. Pour elle, le sacrifice de Sébastien était «mûrement réfléchi». Le tir accidentel est «matériellement impossible», répète-t-elle. Elle décrit au contraire, à l’instar du balisticien, une «exécution» d’une balle à bout portant. Et qu’on ne lui parle pas d’un Yan Hauet «tétanisé»: «Il emballe la tête de sa victime dans du cellophane pour éviter que le sang coule!»

    «Yan Hauet est un stratège, qui essaie de nous emmener là où il veut»

    Me Benoît Varin

    Elle justifie le quantum de peine par les antécédents de violences d’Hauet et «son absence d’émotion». Auparavant, Me Benoît Varin, partie civile, avait estimé que l’accusé «est un stratège, qui essaie de nous emmener là où il veut».

    Me Charlotte de Boislaville, en défense, s’oppose à l’image déplorable d’homme «froid, déterminé, manipulateur» renvoyée par son client. Elle doit suivre sa stratégie de défense.

    «Grand n’importe quoi»

    Pourtant, la présidente n’a même pas posé la question subsidiaire de l’homicide involontaire. C’est donc, entre les lignes, la préméditation que combat la jeune avocate, celle qui transforme le meurtre en assassinat.

    Elle s’y emploie finement en listant tout ce qui, dans l’attitude de son client, avant, pendant et après le crime, tient du «grand n’importe quoi»: «Si c’était prémédité, ne pensez-vous pas qu’il passerait à l’acte ailleurs qu’au domicile de son meilleur ami? Vous pensez qu’il laisserait des traces partout? Pourquoi s’embêterait-il à transporter le corps, en croisant quatre voisins? Pourquoi garderait-il dans sa propre voiture l’arme ainsi que les papiers de la victime, alors qu’il a 24heures pour s’en débarrasser?».

    Hauet prend la parole en dernier. Ses mots ne sont pas ceux d’une future victime d’erreur judiciaire: «Je suis bouffé par la culpabilité et la honte. Je m’en veux d’avoir fait vivre ça à sa famille». Face à lui, le demi-frère de la victime imite un joueur de pipeau; sa mère un violoniste.

    À 19h30, l’audience se conclut quand la fille de l’accusé, 12ans, crie «Papa, papa! Je veux voir mon papa!» La présidente Ledru s’adresse à l’escorte armée: «Laissez-la embrasser son père».

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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