Oise. Procès Gillot pour vol avec violences ayant entraîné la mort. 24/12/2010. Villers-sur-Coudun

    19/09/2018

    Le vol oui, l’homicide non

    Aux assises de l’Oise, Johann Gillot persiste à nier avoir tué le propriétaire du quad. «Alors que je marchais vers la maison, j’ai vu deux hommes y entrer », affirme-t-il.

    LES FAITS
    LE 24 DÉCEMBRE 2010, vers une heure du matin, Johann Gillot, 25 ans, de Montataire, tente de voler un quad qu’il a repéré sur le Bon Coin, allée du château, à Villers-sur-Coudun, près de Compiègne.
    LE PROPRIÉTAIRE, Fabrice Dufeu, 28 ans, est réveillé par le bruit. Moins de dix minutes plus tard, sa compagne le retrouve mort, allongé dans la neige, victime d’une asphyxie.
    GILLOT COMPARAÎT DEPUIS HIER pour tentative de vol avec violences ayant entraîné la mort. Il nie avoir porté le moindre coup et évoque la présence de deux autres hommes. Verdict vendredi.
    Meurtre de Fabrice Dufeu à Villers-sur-Coudun

    Gentil », « serviable », « solitaire », « plutôt craintif » : l’abord de Johann Gillot confirme les dires de ses proches. L’homme de 33 ans est plutôt fluet, dans sa chemise bleue ouverte sur un t-shirt noir, une barbe bien taillée, le crâne dégarni et, quand il prend la parole, une difficulté qui témoigne du bec-de-lièvre qui le complexa lors de son enfance, dans une cité populaire de Montataire. Non, on n’imagine pas l’homme qui aurait causé la mort de Fabrice Dufeu. D’ailleurs, il nie : « J’ai de l’empathie pour la famille. C’est vraiment malheureux mais franchement, je ne suis pas coupable. J’ai peur d’être condamné à tort. »

    “Je suis un voleur”

    Il l’admet : « Je suis un voleur ». Le contesterait-il que son casier judiciaire en atteste… Fabrice Dufeu, confronté au chômage, vendait 9 000 euros son quad « Raptor ». Gillot a trouvé son adresse grâce aux Pages Jaunes.
    Il est arrivé à Villers-sur-Coudun, à 50 minutes de Montataire, dans sa 106 Peugeot, au cœur de la nuit enneigée. « Alors que je marchais vers la maison, j’ai vu deux hommes y entrer et la lumière s’allumer. J’ai attendu, puis j’ai contourné par la propriété voisine. Le garage était ouvert, la clef sur le quad. J’ai essayé de le pousser mais avec la pente et la neige, je n’ai pas pu. Alors j’ai démarré le moteur mais le propriétaire est arrivé. J’ai sauté et j’ai couru mais j’ai glissé. Il m’a roué de coups au sol. Je l’ai entendu dire d’appeler les gendarmes. J’ai perdu connaissance. Quand je me suis réveillé j’étais seul. J’ai marché à travers champs jusqu’à la gare de Compiègne (12 km plus loin) et je suis rentré à 5 heures à Creil. Je n’ai porté aucun coup. Je ne suis pas à l’origine de sa mort », résume-t-il d’une voix pressée.
    On sait que depuis la maison, la compagne de Fabrice a prévenu les gendarmes du vol à 1 h 20 et sa belle-fille de l’agression à 1 h 29. Neuf minutes pour que des tiers tuent la victime pendant l’inconscience de Johann…

    Des zones d’ombre

    Autre point que l’audience devra éclairer : comment Gillot comptait-il à la fois ramener un quad et sa propre voiture si vraiment il était seul, comme il n’a de cesse de l’affirmer.
    Protège-t-il un complice, comme il l’a fait fidèlement pour le braquage commis en 2014 ? Hier après-midi, on a pu l’imaginer lorsqu’il s’est obstiné à nier une relation avec une certaine Kadija dont des lettres enflammées semblent dire le contraire ? Ou quand il s’embrouille avec son meilleur, voire son seul copain, Kevin.
    Celui-ci affirme avoir conduit Johann à Villers pour récupérer la 106 au matin du 24. « Il ment. Il m’a seulement emmené à l’hôpital vu que j’avais le bras cassé. Je ne vois même pas quel est son intérêt. Il n’a rien à se reprocher ! » Sur le fond, ça ne bouleverse pas le dossier, mais ça jette une de ces zones d’ombre qui sont autant de lueurs d’espoir pour la défense.

    Détenu pour un braquage

    Si, après avoir repéré sa voiture à proximité, les gendarmes ne parviennent pas à interpeller Johann Gillot le 24 décembre au matin, c’est qu’il se trouve à l’hôpital pour notamment une fracture du bras, conséquence des coups reçus par Fabrice Dufeu. Il ne tarde pas à être placé en garde à vue, puis en détention provisoire. En juillet 2012, il en sort pour être placé sous contrôle judiciaire. En août 2013, il commet un premier vol avec violence qui lui vaudra trois ans de prison. En janvier 2014, auteur du braquage d’un distributeur de billets, dans le Val d’Oise, il s’évade pendant sa garde à vue. Il fait l’objet d’un mandat d’arrêt, est rattrapé puis condamné à sept ans de réclusion devant, déjà, une cour d’assises. Actuellement, il doit sortir en 2021. Sous réserve, évidemment, de la décision des jurés de l’Oise.

    – – – – –

    Un des jurés connaissait l’accusé

    L’un des jurés ne l’aura été que pendant quelques minutes, hier matin, au début de ce procès. Le hasard a en effet voulu qu’il fût une connaissance de l’accusé, ce qu’il a indiqué dès que possible. La présidente Hélène Tortel n’a pas hésité une minute à le remplacer par le premier juré suppléant. À la première pause, le fameux juré a longuement conversé avec l’amie actuelle, ce qui lui a valu l’interpellation musclée d’un des proches de la victime. Le calme est heureusement bien vite revenu.
    20/09/18

    De deux choses l’une

    Johann Gillot a peiné à convaincre de sa thèse selon laquelle deux hommes auraient profité de sa tentative de vol d’un quad pour tuer Fabrice Dufeu.

    De deux choses l’une: si l’on suit Johann Gillot quand il affirme n’avoir pas porté de coups à Fabrice Dufeu, il faut que quelqu’un d’autre soit à l’origine de la mort de ce colosse d’1,98 mètre et 110 kg. Et que ce tueur ait été rapide, puisqu’il aurait tué entre le moment où Gillot part en courant du lieu où il a été roué de coups, et celui où la femme de Dufeu, 26 ans, découvre le corps inanimé de Fabrice dans la neige. Soit quelques minutes, vers 1 h 30, en ce 24 décembre 2010. Allons au bout de l’idée: il faudrait que ce, ou ces tueurs, aient eu la chance inouïe de frapper à l’instant même où un voleur opérait.

    La thèse des deux hommes

    Seulement depuis le 28 janvier 2011, Gillot affirme qu’il a croisé deux hommes bien habillés dans la nuit glaciale qu’il a vus entrer dans la propriété (ou la maison, selon ses versions) de la victime, ce qui n’aurait pourtant pas découragé son projet de cambriolage. «Oui, mais je l’avais dit avant, sauf que les gendarmes ne me filmaient pas à ce moment-là», objecte-t-il. La conjointe de Fabrice Dufeu et sa fille de 19 ans à l’époque étaient aux premières loges de la tragédie. Or elles sont formelles: il n’y avait personne d’autre que la famille et le voleur, cette nuit-là, dans ce quartier cossu, en périphérie de Villers-sur-Coudun, au nord de Compiègne.

    «Il est mort d’une asphyxie consécutive à un œdème causé par une pression sur la glotte» (le légiste)

    À 48 heures de l’épilogue d’un procès, lors duquel il risque la perpétuité, Gillot, 33 ans, voit l’étau se resserrer aussi impitoyablement que la clef de cou qui, selon un gendarme et le légiste, est vraisemblablement à l’origine de la mort de Fabrice Dufeu. «Il est mort d’une asphyxie consécutive à un œdème causé par une pression sur la glotte, qui s’accompagne de lésions vertébrales et d’un appui dans le dos». Le militaire appelle cette technique «l’attaque de la sentinelle». Et il mime ce geste qui consiste à enserrer le cou, par l’arrière, tout en faisant pivoter la tête. Encore plus gênant: l’expert en ADN constate que ceux des deux hommes étaient mélangés sur la manche gauche de Gillot…Témoignage poignantLa deuxième journée d’audience a aussi été marquée par le témoignage de l’épouse, Roselyne, qui a transporté les jurés au bord des larmes: «Il était sur le ventre, je l’ai mis en position de sécurité. Du sang coulait de sa bouche. J’ai appuyé sur son œil, il n’avait pas de réaction. J’ai pris son pouls, il n’y en avait plus. J’ai ouvert sa bouche. Il a eu un gros râle, un bruit énorme. Je l’ai remis sur le dos pour des insufflations dans le nez, puis du bouche-à-bouche. Je recrachais son sang et son vomi. J’ai pas réussi… J’ai pas réussi…»

    Pour faire un beau Noël

    « Le quad, c’était son rêve. Je le lui avais offert au Noël de l’année d’avant. Il venait de nous trouver cette maison pour que nous prenions un nouveau départ »: Roselyne ne nie pas que le couple formé avec Fabrice avait connu des difficultés mais elle affirme que depuis un an, il en sortait.

    En cette fin d’année 2010, Fabrice était sans emploi, le temps de boucler une formation d’infirmier. «Nos comptes étaient pourtant positifs mais il se faisait un monde de ne pas subvenir aux besoins de la famille», se souvient celle qui partageait sa vie depuis 2006.

    Le 23 décembre, « il m’a dit qu’il était inconcevable qu’on n’ait pas de Noël, retrace sa belle-fille. Il a rassemblé des objets, lecteurs CD, appareils photos, consoles de jeu, pour essayer de les revendre chez Cash Converters. Mais il n’a pas été satisfait du prix proposé. Alors il m’a demandé de l’aider à mettre le quad en vente sur le Bon Coin. D’ailleurs, quand maman est rentrée, ils ont eu une petite dispute à ce sujet. Elle disait que ce n’était pas nécessaire pour s’offrir des cadeaux ».

    Pendant ce temps, Gillot consultait l’annonce de Fabrice dans un cyber-café de Creil et retrouvait l’adresse du vendeur grâce aux Pages Jaunes. La machine infernale était en marche.

    22/09/18

    Dix-huit ans  pour Johann Gillot

    En reconnaissant Johann Gillot coupable d’avoir causé la mort  de Fabrice Dufeu, les jurés ont suivi les réquisitions du ministère public.

    Si ce n’était lui, c’était donc un autre… Les jurés n’ont pas imaginé, ce vendredi, qu’un tueur opportuniste ait pu profiter du vol d’un quad par Johann Gillot pour occire Fabrice Dufeu, le propriétaire qui avait tenté d’interpeller lui-même son voleur.

    Le matin, l’avocat général Benjamin Coulon avait requis les dix-huit ans de réclusion finalement prononcés à 18 heures. Il entame son réquisitoire en reprenant les mots de Gillot, prononcés mardi en début d’audience : « Dans les cités, il y a des gens bien ». « Je partage cette opinion , avoue le magistrat du parquet. Mais l’audience a démontré que l’accusé n’était pas quelqu’un de bien ». Dans une longue démonstration que l’avocat de défense Jérôme Crépin qualifiera de « prêchi-prêcha de 90 minutes », M. Coulon reprend point par point (l’expertise médico-légale, l’ADN, la chronologie, les constatations techniques, les versions variables de l’accusé) tout ce qui converge vers la culpabilité de Gillot, et il évacue les zones d’ombre (notamment l’absence d’ADN de l’accusé sur le cou de celui qu’il est censé avoir étranglé).

    Me Crépin peut ironiser : « L’ADN, c’est la reine des preuves quand ça vous arrange… » L’avocat général a des mots durs pour la « stratégie d’évitement et de victimisation de Johann Gillot », pour son « geste impulsif, égoïste et mortifère » ; des doutes sur l’avenir, aussi, quand il rappelle que depuis 10 ans, « les deux fois où M. Gillot a été en liberté, il a fini devant une cour d’assises ».

    “Ça aurait été tellement simple”

    Et alors ? rétorque Me Crépin, « oui, je défends un sale petit voleur ». L’avocat abbevillois ne suit même pas son client sur la thèse des deux hommes qui auraient surgi dans la nuit glacée du quartier huppé. Il n’assène « aucune certitude » : juste le doute, le « doute raisonnable, le pourcentage d’erreur » qui doit profiter à son client. Et d’exprimer ce qui est devenu une certitude tout au long du procès : « Ça aurait été tellement simple que Gillot nous dise “il m’a chopé, il y a eu un échange de coups, je ne savais pas qu’il était mort” ». 

    Certes, mais Gillot, dans une dernière intervention, étonnamment longue, n’en démord pas : « Je ne l’ai pas touché. Quand je suis parti, il était vivant. Ça fait huit ans que j’espère qu’un coupable soit arrêté. Je suis un voleur, pas un monstre. On dit que les innocents se défendent mal : c’est parce que les coupables, eux, ils connaissent la vérité… »

    Procès en appel à Amiens

    14 octobre 2019

    Les parties civiles se déchirent au procès Gillot

    La famille de la victime, Fabrice Dufeu, accuse sa veuve de « tout un tas d’horreurs » qui pourraient la mettre en cause. L’accusé Johann Gillot assure ne pas la connaître.

    LES FAITS

    Depuis ce lundi, Johan Gillot, 34 ans, comparaît en appel devant la cour d’assises de la Somme, pour avoir causé la mort, lors d’un vol qui a mal tourné, de Fabrice Dufeu, 28 ans, à 1 h 30 le 24 décembre 2010 à Villers-sur-Coudun, dans l’Oise.

    Le 22 septembre 2018, à Beauvais, Gillot avait été condamné à 18 ans de réclusion.

    Le verdict est attendu mercredi soir.

    Fraîchement tirés au sort, les neuf jurés de la cour d’assises d’appel de la Somme ont été projetés ce lundi matin dans un débat auquel ils ne s’attendaient pas. On avait dû leur dire, à juste titre, que l’accusé est au cœur du procès. Or ces juges d’un jour ont assisté à une surréaliste mise en accusation d’une des victimes, l’ancienne concubine de Fabrice Dufeu, Roselyne.

    Tout vient d’une lettre envoyée à la présidente de la cour d’assises de l’Oise, après le premier verdict de septembre 2018. Les parents et la fratrie – sauf un frère – du mort s’y étonnaient que lors de l’audience, il n’ait jamais été fait écho de leurs propres déclarations en procédure, quand ils relataient que le couple formé par Fabrice et Roselyne connaissait « des hauts et des bas, surtout des bas », comme le résume Steve, l’un des frères.

    « C’est embêtant d’accuser sans preuve »

    Steve est appelé à la barre. Très gêné aux entournures – « C’est embêtant d’accuser sans preuve », avoue-t-il – il use de circonvolutions au point que la présidente Ledru doit le rappeler à l’ordre : « Votre lettre était beaucoup plus précise ! »

    Alors il se lâche. On apprend que Corinne, une belle-mère d’un des frères, pendant le premier procès, a pris langue avec la compagne de l’accusé Johann Gillot. Pendant le délibéré, c’est toute la famille qui a entouré cette jeune femme et lui a tenu un discours confus dont elle a retenu, parmi « tout un tas d’horreurs », qu’ils « savaient que Johann était innocent », ou au moins qu’il n’était que l’instrument de Roselyne, laquelle « fait sa veuve éplorée pour toucher le million ».

    « Une complicité »

    Et de broder sur le fait que les chiens, la nuit du drame, étaient confinés à l’étage alors que d’habitude, ils étaient toujours à la cave ; que la veuve était rentrée chez elle, dans la nuit enneigée, contre toute logique et avait pris soin de photographier son compteur kilométrique (pour se couvrir ?) ; que son frère, gendarme, était intervenu dans la nuit pour mieux contrôler ses dépositions ; qu’elle trompait Fabrice avec son meilleur ami ; qu’elle vendait de la drogue avec son conjoint ; qu’elle était violente, laissait souvent Fabrice dormir dehors, et, lors d’un repas de famille en octobre, aurait menacé : « Un jour il y aura un accident ».

    Steve résume, à l’invitation de son avocat Me Daquo : « On pourrait penser à une complicité. J’ai le sentiment que Johann Gillot n’était pas tout seul et qu’on n’a pas assez creusé là-dessus ».

    Soudain, on comprend mieux la ligne de démarcation invisible qui sépare les parties civiles : la veuve, sa famille et un frère Dufeu derrière les avocats ; les autres au premier rang du public. Irréconciliables quand, logiquement, la douleur devrait les unir.

    ——————————-

    « Je n’ai pas tué ! »

    Un an après son premier procès, la ligne de défense de Johann Gillot n’a pas varié : « Si j’ai fait appel, c’est que je suis innocent. Je suis un voleur, c’est vrai. Ce soir-là, je suis venu pour le quad. La victime m’a rattrapé et m’a tapé dessus, puis je me suis sauvé. Je n’ai pas tué. Et j’étais seul, je ne connais pas cette dame (Roselyne). Si j’avais eu un complice, je l’aurais dit, ça aurait arrangé mon cas !  »

    15 octobre 2019

    Le procès avance, la vérité recule

    Trois jours à Beauvais, déjà deux à Amiens, et on y voit de moins en moins clair dans les circonstances du meurtre de Villers-sur-Coudun.

    Il n’a pas beaucoup changé, Johann Gillot. D’abord au physique : un homme à l’allure sportive et soignée, pull gris, cheveux clairsemés, barbe bien taillée. Au ton aussi : « correct et poli », disent les gardiens de prison, et on le vérifie. Ses douze mentions au casier, dont une pour braquage et évasion, lui ont appris le fonctionnement de la justice en général et d’une cour d’assises en particulier. Il en use.

    Surtout, sa ligne de défense n’a pas varié depuis le procès de Beauvais. « Oui je suis un voleur », répète-t-il, pour mieux ajouter : « Je ne suis pas un tueur. Je ne vais pas avoir du sang sur les mains pour un quad… » À vrai dire, on ne l’accuse pas de meurtre, mais d’avoir involontairement donné la mort en se battant avec le propriétaire du quad, Fabrice Dufeu. Il nie : « Il m’a roué de coups, je me suis évanoui. Quand je me suis réveillé, il s’était écarté pour dire à sa femme d’appeler les gendarmes. Je me suis sauvé à travers champs. Il était vivant. Qui l’a tué ? J’aimerais bien le savoir ! »

    La piste des « men in black »

    Disons-le, la version de Gillot est truffée d’incohérences. À l’en croire, il croise deux hommes (« qui ne laissent pas de traces dans la neige et dont vous ne parlerez que très tard », remarque Me Daquo), lesquels entrent dans la maison dont une fenêtre éclairée prouve que les occupants ne dorment pas : pourquoi prendre le risque de voler quand même ? « À la base, je pensais juste repérer mais la clef était sur la porte de garage, j’ai été trop tenté », justifie-t-il.

    Suivons-le quand même : s’il n’a pas tué, un autre l’a fait (la clef de bras qui a brisé le cou de la victime est attestée par le légiste). Qui, alors ? Les « men in black », ironise Me Cathy Richard ? La compagne de Fabrice et sa fille, découvrant son cadavre cinq minutes après qu’il fut sorti en furie du salon, jurent qu’elles n’ont rien vu ni entendu dehors. Doit-on alors reconnaître en elles des complices, selon les élucubrations émises par une partie de la famille Dufeu lundi matin ? Gillot jure qu’il ne les a jamais vues ! (Accessoirement, il faudrait d’urgence les proposer au César de la meilleure actrice, tant leur douleur déchira la torpeur de la cour d’assises ce mardi matin.)

    Il faudrait enfin imaginer qu’à 1 heure du matin, un 24 décembre, le ou les tueurs de Fabrice Dufeu auraient par le plus grand des hasards profité d’une tentative de vol pour réaliser leurs noirs desseins… Sinon, les jurés le considéreront comme coupable, parce que personne d’autre ne peut l’être. Sous réserve d’un doute raisonnable…

    16/10/19

    Peine confirmée pour Johann Gillot

    L’habitant de Montataire a été condamné à dix-huit ans de réclusion pour avoir causé la mort de Fabrice Dufeu, en 2010 près de Compiègne.

    LES FAITS

    Johan Gillot, 34 ans, a été condamné ce mercredi soir à dix-huit ans de réclusion.

    Il a été reconnu coupable de la mort de Fabrice Dufeu, 28 ans, à 1 h 30 le 24 décembre 2010 à Villers-sur-Coudun.

    Le 22 septembre 2018, à Beauvais, Gillot avait été condamné à cette même peine.

    Même cause, mêmes effets : reconnu coupable de vol avec violence ayant entraîné la mort, Gillot écope de la même peine, 18 ans, requise par le ministère public. Jusqu’au bout, il soutenait que s’il avait bien tenté de voler le quad de Fabrice Dufeu, à la veille de Noël 2010, il n’était pour rien dans la mort de ce dernier.

    C’est ballot. Déjà qu’une partie de la famille du défunt avait semé le doute, lundi, en évoquant une vaste conjuration des gendarmes, de la justice et même de leur avocate en première instance, ayant pour noir dessein de protéger de potentiels complices de Johann Gillot dans la mise à mort de Fabrice Dufeu (et pourquoi pas sa veuve, suggéraient-ils à mots couverts), il a fallu qu’un autre incident sème la zizanie, ce mercredi matin, jour de verdict.

    Mardi, Gillot avait réaffirmé sa thèse de deux hommes entrant dans la propriété de Villers-sur-Coudun, près de Compiègne, la nuit où il avait projeté de voler le quad. « Pourquoi n’en avez-vous pas parlé dès le début ? » s’étonne Me Daquo. « Je l’ai dit ! s’étrangle Gillot. Mais les gendarmes ne l’ont pas écrit, et moi, comme un con, je n’ai pas relu avant de signer ».

    Le scellé égaré

    Qu’à cela ne tienne : « Les gardes à vue sont filmées, il suffira de visionner la bande », croit trancher la présidente Ledru. Sauf que ce mercredi matin, quand on se met en quête du fameux CD, on cherche en vain de 9 heures à 9 h 54. « Il était pourtant sous scellé, on avait même son numéro mais on ne le trouve pas », constate Mme Ledru. Oui, c’est ballot, au point que l’avocat général se tournera vers la famille pour l’exhorter : « Croyez-moi, il n’y a pas de complot. On ne l’a pas fait exprès ! »

    Cet enregistrement, ce n’est ni l’alpha, ni l’omega du dossier. Juste une source de ce doute raisonnable qui constitue la seule planche de salut pour Gillot. « 0,0001 % de doute, ça s’appelle un doute », enfonce son avocat Me Crépin qui estime à « 9 minutes et 34 secondes » le temps qui sépare le dernier signe de vie de Fabrice Dufeu et la découverte de son cadavre. Il tente alors un coup : faire observer 574 secondes à la cour d’assises. Le délai commence. Des parties civiles, exaspérées, quittent l’audience. On les entend pleurer depuis la salle de spas perdus. La démonstration risque de se retourner contre son investigateur. Au bout de trois interminables minutes, Me Crépin rompt le silence : « Alors, c’est impossible que quelqu’un d’autre ait tué la victime ? » Il enfonce le clou : « Oui, il y a peut-être des responsabilités qui n’ont pas été établies ».

    Toujours soigner sa sortie

    « Vous disposez d’éléments imparfaits ? Ils sont toujours imparfaits !, lance l’avocat général André Meyruchel aux jurés. Vous ne devez pas acquitter : vous êtes libres d’acquitter. » Et d’énumérer ces éléments matériels – le court laps de temps, l’ADN, la personnalité de l’accusé, qui, remis en liberté en juillet 2012, commettra un braquage et une évasion dès janvier 2014 – pour mieux faire appel à la « raison » des neuf jurés.

    Ils l’ont entendu, au contraire de Gillot dont les derniers mots à l’adresse de la veuve ne contribueront certainement à recoller les morceaux d’une famille explosée : « C’est elle qui a tué son mari, cette putain ! »

    22 octobre 2019

    Gillot se pourvoit en cassation

    Y aura-t-il un troisième procès Gillot ? Son avocat Me Jérôme Crépin nous a confirmé, ce 22 octobre, qu’il avait déposé au nom de son client un pourvoi en cassation. Mercredi dernier, le 16, Johan Gillot, 34 ans, de Montataire, avait été condamné à dix-huit ans de réclusion pour avoir causé la mort, lors d’un cambriolage qui a mal tourné, de Fabrice Dufeu, le 24 décembre 2010 à Villers-sur-Coudun, près de Compiègne. Les jurés de la Somme ont ainsi confirmé le verdict prononcés par ceux de l’Oise en 2018. Les deux fois, l’accusé a soutenu qu’il était bien l’auteur de la tentative de vol mais qu’il n’avait pas frappé la victime.

    Le pourvoi en cassation s’appuie sur la disparition des scellés d’une pièce à conviction : l’enregistrement de la première garde à vue de Gillot devant les gendarmes. Si ce recours – sur la forme et non sur le fond – prospère, un troisième procès pourrait avoir lieu.

     

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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