Assises de la Somme : séquestration, torture et mort de Christophe Rambour

    14/03/17

    T Poulain

    Le procès Rambour dans le vif du sujet

    LES FAITS
    DEPUIS HIER lundi 13 mars sont jugées à Amiens cinq personnes pour la mort de Christophe Rambour, 25 ans, début 2012 à Villers-Faucon, dans l’est de la Somme.
    NARIN BUN, SA SŒUR NARI, LEUR FRÈRE NAVIN ET GILLES LEFÈVRE répondent de séquestration suivie de mort, actes de torture et de barbarie, à Longueau et Villers-Faucon ; Coralie Sauval de séquestration et non dénonciation de crime.
    LE VERDICT est attendu le 27 mars prochain.

    Dès le premier jour, les jurés ont été confrontés au calvaire qu’a subi Christophe Rambour entre 2011 et 2012. Et à celui que vivent encore ses parents.

    Traditionnellement, un procès d’assises commence par l’examen de la personnalité des accusés. Autant dire que cette audience tentaculaire n’abordera vraiment les faits qu’au début de la semaine prochaine. La présidente Karas, de la voix neutre que lui impose la loi, lève pourtant un coin du voile qui recouvre l’horreur à laquelle seront confrontés les six jurés (trois hommes et trois femmes), lorsqu’elle résume la mise en accusation, mardi matin. Puis elle pose aux accusés cette question de confiance : « Reconnaissez-vous les faits ? » « Oui » répondent Nari, 35 ans, ronde et jolie jeune femme, encore, avec sa très sage queue de cheval ; Gilles, 33 ans, son ex-mari, cheveux courts, petite barbe ; Navin Bun, 30 ans, le petit frère au fin collier de barbe, l’air d’un intellectuel égaré dans cette cour derrière ses fines lunettes métalliques ; Coralie Sauval, 30 ans, blonde effacée, la seule à comparaître libre mais que par souci d’équité, Mme Karas a placée dans le box avec les détenus. «Non », objecte clairement Narin, le grand frère du clan Bun, principal accusé qui ne reconnaît que « la liquidation des preuves ».

    Il n’est pas midi et, déjà, l’équation du problème est posée. Quatre prennent acte de leur condamnation et se battront pour atténuer leur peine, pourquoi pas en chargeant leurs voisins d’infortune. Narin, le seul à nier, fait figure de bouc émissaire idéal. On voit aussi se dessiner une autre frontière : celle qui sépare les deux autochtones et les trois autres, aux prénoms bizarres, enfants de Cambodgiens qui fuyaient une précédente horreur, celle des Khmers rouges…
    Pascale, la mère de Gilles, y est allée de bon cœur, mardi après-midi, tandis que l’on disséquait la personnalité de son fils, gamin de Renancourt (un quartier d’Amiens), qui selon elle a eu pour principal tort de croiser la route de Nari. Elle tient un discours de caricature de belle-mère : sa bru serait fainéante, manipulatrice, vulgaire, infidèle, menteuse, sale. Mais on n’est pas dans un sketch, on est aux assises…
    Elle se tourne vers les parties civiles : « Je suis désolée pour les parents de Christophe mais je dois dire la vérité. Moi, mon fils, je peux encore lui parler, le serrer dans mes bras. Et j’ai le petit. Eux, ils ne seront jamais mamie ou papy… » En un flot ininterrompu, elle rapporte ce que son fils lui a confié le 24 avril 2014 : « Il m’a dit Tu te souviens de Christophe ? Il est mort. Il a été séquestré, attaché, traité comme un chien, à quatre pattes, il mangeait des croquettes. Il est mort là-bas, à Villers-Faucon. Nari m’a forcé à y aller pour aider son frère à découper le corps puis à le brûler ».
    « Et vous n’avez pas couru à la police ? » s’étrangle la présidente. « Non, j’ai dissuadé mon fils , soutient la mère. Je voulais d’abord sauver mon petit-fils » . Les cinq interpellations n’auront lieu que le 20 mai. Soudain, le calvaire de Christophe n’est plus un rapport de juge d’instruction. Les jurés le voient, le sentent.
    Gilles lâche d’une voix nouée : « À Noël 2011, Narin a rigolé en disant Je vais chier, comme ça Rambour aura du foie gras à manger demain ».Les parents de la victime, qui n’ont ni tombe ni date de décès pour fixer leur chagrin, s’effondrent. L’audience est suspendue peu après. Alors que le palais se vide, deux femmes se parlent encore longuement, entre mots et sanglots : la mère de Gilles et la mère de Christophe. Celle qui a perdu son fils et celle qui l’a égaré…

    JUGÉS « À TRAVERS UN BOCAL »

    La présidente Karas voulait interroger le premier accusé à la barre du tribunal et non dans le box vitré, noyé au milieu des accusés et des gardes. Le chef de l’escorte pénitentiaire s’y est opposé, estimant qu’il n’avait pas les moyens de garantir la sécurité si un accusé sortait tandis que les quatre autres restaient. « Et si un policier s’en charge ? »,demande la juge. « Non, ils sont sous ma responsabilité, pas celle de la police » , objecte le gradé. La solution, ce serait semble-t-il des effectifs plus fournis, « mais je fais avec ce que l’on me donne », lâche l’homme en uniforme bleu qui ajoute : « On a un box, tout le monde est en sécurité à l’intérieur ». Mme Karas a le dernier mot (mais pas gain de cause, provisoirement) : « Oui, et on les juge à travers un bocal
    15/03/17
    TP

    En quête de personnalités

    LES FAITS

    A Amiens sont jugées cinq personnes pour la mort de Christophe Rambour, 25 ans, début 2012 à Villers-Faucon.

    Narin Bun, sa sœur Nari, leur frère Navin et Gilles Lefèvre (ex-mari de Nari) répondent de séquestration suivie de mort, actes de torture et de barbarie ; Coralie Sauval (ex-femme de Narin) de séquestration et non dénonciation de crime.

    Le verdict est attendu le 27 mars.

    La discothèque l’Eclipse, dans l’Aisne, tenue pendant un mois par Narin Bun. Il y avait employé Christophe comme DJ.

    L’enquête de personnalité joue un rôle crucial dans les procès d’assises. Ni psychiatres, ni psychologues, les conseillers d’insertion qui les réalisent sont chargés de retracer l’histoire d’un accusé. Ils en rendent compte avec des mots plus aisément compréhensibles des jurés que ceux d’experts parfois abscons.

    En la matière, comme ailleurs, le pire côtoie le meilleur. Hier matin, l’Isarien chargé du dossier de Nari Bun a davantage brouillé l’image – déjà floue – de cette jeune femme qu’il ne l’a mise au point. Au terme d’un exposé brouillon, au moins convient-il de son échec : « Je me suis vraiment demandé à qui j’avais affaire. Qui est Mme Bun ? »

    Le psychologue la voit en « dominante. Son mari Gilles Lefèvre est sous son emprise. Mais leur couple est lui-même sous l’emprise de son frère Narin ». Les deux amants qu’elle avait installés à demeure, à Longueau, sous le nez de son mari, sont convoqués comme témoins. Ils arrivent bien embêtés à la barre. Qu’ils se rassurent, on n’évoquera que pudiquement les jeux sado-masochistes auxquels ils se soumettaient volontiers sous l’autorité de « maîtresse » Nari. Maxime admet que les bleus sur son corps mettaient parfois quinze jours à disparaître mais « ça faisait partie du jeu même si ça partait assez loin. C’était d’un commun accord. On arrête où on veut ». Il est utile de rappeler que les assises se mêlent de droit, pas de morale…

    « LA DESCENDANTE D’HITLER »

    L’après-midi, l’enquêtrice de personnalité chargée de Navin, le petit frère, a rendu compte d’un travail exemplaire de rigueur et de clarté. Avec elle, on met ses pas dans ceux de la famille Bun, unie dans le chaos de la guerre civile cambodgienne, qui arrive en France en 82 avec deux enfants. Neuf autres suivront jusqu’en 1992, quand elle s’installe dans l’ancienne gare de Muille-Villette.

    « Un drapeau cambodgien flotte sur la façade. La porte passée, on entre en immersion dans la culture cambodgienne et bouddhiste, avec des statues partout », retrace-t-elle. L’éducation est qualifiée de « stricte et militaire, ultra-autoritaire. Le père est mutique, la mère omniprésente ». Le voisinage les trouve « peu recommandables ». La cellule se referme. La mère elle-même parle de « clan ».

    « Nous n’étions pas une famille normale, confie Navin. J’étais un enfant battu : gifles, coups de pied, de poing, mains liées. J’ai été enfermé dans un congélateur, j’ai passé trois jours sans manger ». Les parents sont accusés mais aussi les « faux jumeaux », Nari et Narin, capables selon lui de « sévices ». « Nari, c’est la descendante d’Hitler », résume-t-il (très) abruptement.

    Elle avait prévenu cette lapidation dès le matin : “D’accord, je suis la mauvaise fille, la mauvaise mère, la mauvaise maîtresse. Limite la femme souillée parmi les puritains”.

    16/03/18

    TP

    Le grand déballage  sauce cambodgienne

    Le procès Rambour a tendance à devenir celui de toute la famille Bun.

    Navin Bun, lors de la reconstitution.

    Depuis mardi, tous les chemins mènent au Cambodge dans le procès des cinq personnes accusées d’avoir torturé et séquestré jusqu’à la mort Christophe Rambour, 25 ans, début 2012 à Villers-Faucon. Et même à la rue de la Gare à Muille-Villette, la maison achetée par les parents Bun, réfugiés politiques du Cambodge, en 1992, dix ans après leur arrivée en France.

    Plus encore que sa sœur Nari et son petit frère Navin, Narin, 34 ans, le locataire de la maison de Villers-Faucon, où Christophe Rambour est mort, a été découpé puis brûlé, focalise les attaques. Les témoins le présentent comme « dominant », « violent », « un monstre qui asservit». Jusqu’à une sœur qui l’accuse de viols ! Pour se défendre, lui aussi s’aventure sur le terrain des origines : « Mon père m’a appris que même si je suis né en France, je serai toujours un Cambodgien. » Son avocat M e Ehora lui emboîte le pas. Il fait tout un pataquès parce que l’enquêteur de personnalité a osé le mot de « clan ». Ce dernier (qui a aussi entendu parler d’une « secte ») doit se défendre : « Je ne l’ai quand même pas inventé ! Ce sont les membres de la famille qui l’ont employé. »

    Surtout, ça revient en boucle, Narin était le « chouchou » de sa mère, la véritable maîtresse de maison, de quinze ans plus jeune que son mari. Elle a témoigné hier soir, d’une voix ferme : « Je ne viens pas ici pour défendre les enfants, je viens ici pour comprendre pourquoi ils ont fait ça. Moi, j’étais la maman, le papa, l’assistante sociale. Je faisais tout. »
    La femme de 65 ans, qui n’a rien perdu de son autorité, se tourne vers ses trois enfants : « Si vous m’aviez écoutée, vous ne seriez jamais là. Regardez-moi ! » Seul Navin, le plus jeune mais aussi le plus rebelle, garde la tête haute. Les deux autres baissent les yeux.
    Elle nie les violences dont tout le monde l’accuse. On en vient aux accusations de viol contre Narin. « Oui, je l’ai mis à la porte, admet-elle.J’ai dit à ma fille : Si c’est vrai, je t’accompagnerai chez les gendarmes. » La présidente s’offusque : « Mais elle était jeune ! C’était à vous de le faire ! » Plus tôt, une des filles a attesté que la mère leur avait dit de se taire.
    C’est le grand déballage. Aux assises, on dissèque des cadavres, parfois; des âmes, toujours.

    NE PAS SE TROMPER DE PROCÈS

    Les mœurs de la famille Bun monopolisent les débats. Ça en deviendrait presque énervant… D’abord parce qu’aux dernières nouvelles le sud-est asiatique n’a pas le monopole de la violence. Ensuite parce que, dans le box, figurent Gilles et Coralie (ex-conjoints de Nari et Narin), deux individus de type caucasien, qui passent de tranquilles heures tandis que les débats s’étalent sur les us et coutumes khmers. Enfin, car si trois frères et sœur Bun sont accusés, la fratrie en comptait onze, soit une majorité qui n’a rien à se reprocher et paie aujourd’hui les pots cassés : « Narin, il était toujours l’idole, le meilleur. Le meilleur pour enfler les gens et foutre tout le monde dans la merde, oui ! Moi, dans la rue, on me menace, on me dit: T’es un Bun, toi ! », s’est d’ailleurs énervé un grand frère hier.

    17/03/18

    TP

    Un mort sans date ni cercueil

    Les parents de Christophe Rambour se sont exprimés hier. Ils ne demandent pas vengeance mais juste la vérité.

    Le monument funéraire sur lequel Denis et Jocelyne, les parents de Christophe Rambour, se recueillent depuis mai 2014, ne contient pas de cercueil. Juste une petite boîte dans laquelle ils ont placé quelques objets appartenant à leur fils de 25 ans, mort début 2012 après avoir été séquestré et torturé, selon l’accusation, par les cinq personnes assises dans le box : Narim, Nari et Navin Bun, Gilles Lefèvre, Coralie Sauval. Comme sur ces dalles édifiées avant leur trépas par de prévoyants mortels, une seule date y figure : celle de la naissance.

    Hier, Denis, 58 ans, qui hébergeait Christophe à Eppeville, est venu retracer ces longs mois de cauchemar pendant lesquels lui et son ex-femme ont eu l’impression de crier dans le désert. Le 24 novembre 2011, « on devait manger des frites et un steak. Le soir, il a reçu un coup de fil et il m’a dit qu’il était invité chez des amis. Il m’a demandé de ne pas laisser la clef dans la serrure, pour qu’il puisse rentrer dans la nuit. Le 25, il m’a dit qu’il dormait chez des amis. Le 21 décembre, il est venu avec Narin Bun pour me demander 75 euros. J’ai refusé. Le 2 janvier, il m’a souhaité au téléphone « Joyeux Noël et bonne année ». Je lui ai dit de penser à l’anniversaire de sa mère. Et puis plus rien… »

    Dans ce « plus rien », il y a l’angoisse, le tour des bars-tabac et des supermarchés, une photo de Christophe à la main ; les visites à la maison Bun, aussi, où Jocelyne, 53 ans, de Brouchy, implore une des filles de lui donner des nouvelles de son fils. Les allers-retours à la brigade de gendarmerie de Ham, aussi, où il leur est invariablement répondu que Christophe est majeur. D’où leurs appels à la presse en leurs courriers au préfet ainsi qu’au procureur, courant 2013.

    L’incertitude durera jusqu’au 21 mai 2014. « A 11 heures, j’ai reçu un appel de la gendarmerie qui me disait que mon fils était mort, se souvient Denis, la voix tremblante. Le soir, machinalement, j’ai mis la télé. Le procureur parlait de séquestration, de torture et je passe les détails. C’est violent de l’apprendre comme ça… »

    Le père réclame « que justice soit faite. Mon fils, c’était un être humain, pas une bête. Même à une bête on n’en fait pas autant… »

    19 mars

    TP

    Le procès Rambour entre dans sa deuxième semaine

    La maison de Villers-Faucon où Christophe est mort et où son corps a été découpé puis brûlé.

    La première semaine du procès d’assises a été consacrée à la personnalité des cinq accusés – Narim, Nari et Navin Bun, Gilles Lefèvre, Coralie Sauval – ainsi que de leur victime, Christophe Rambour. La seconde, qui commence ce lundi 19 mars, se plongera dans les faits : pourquoi et comment Christophe Rambour est-il mort à 25 ans à Villers-Faucon, début 2012, après avoir été séquestré et torturé dans ce village près de Roisel, chez Narin Bun et Coralie Sauval, 34 et 30 ans, en présence de Navin Bun, 30 ans, mais aussi à Longueau chez Gilles Lefèvre, 33 ans, et Nari Bun, 35 ans ?

    Il semble que fin novembre 2011, Christophe Rambour, d’Eppeville, près de Ham, est parti de son plein gré chez son copain Nadir, élevé au sein d’une famille cambodgienne à Muille-Villette. À quel moment ont commencé les violences ? Quand se sont-elles transformées en tortures et humiliations ? Quand Christophe a-t-il rendu son dernier souffle, avant que son corps soit découpé puis brûlé ?
    Pour ses parents, la présidente Karas a sommé vendredi soir les accusés de donner au moins des dates, des explications…
    Leurs réponses furent confuses. Narim – le seul qui ne plaide pas coupable – s’est même permis d’accuser le père d’intempérance et d’avoir mis son fils à la porte… Ainsi a conclu la présidente : « Ce week-end, vous partirez avec un calendrier. Réfléchissez. Lundi matin, je veux des dates ».
    Les débats reprennent à 9 h 15 ce matin. Le verdict est attendu le mardi 27.

    20/03/18

    TP

    Christophe Rambour, un mort très discret

    Il a fallu 18 mois pour que la disparition de Christophe Rambour intéresse quelqu’un d’autre que ses parents.

    Christophe Rambour

    Le 21 décembre 2011, à Eppeville, Denis Rambour voit son fils Christophe, 25 ans, pour la dernière fois. Le 2 janvier, à une ultime reprise, il l’entend lui souhaiter bonne année au téléphone. Puis plus rien, et pour cause. Hier lundi matin, trois des cinq accusés – Gilles Lefèvre, Coralie Sauval, Navin Bun – répondant à l’injonction de la présidente, estiment qu’il est mort au terme de plus d’un mois de sévices, dans la nuit du 29 au 30 janvier (Narin et Nari Bun n’en savent rien).

    Dès février, les parents s’adressent à la brigade de gendarmerie de Ham. « Ils font confiance à l’institution », constate leur avocat Me Demarcq. Un adjudant est supposé enquêter sur cette disparition inquiétante. Maintenant en retraite, il a témoigné hier et passé un mauvais moment. Certes, il a rédigé un rapport au parquet (« une pelure » d’après la présidente Karas), certes il a interrogé des membres de la famille Bun, à Muille-Villette, mais il n’a pas poussé plus loin. « Je n’avais aucun élément concret. Et puis on n’aurait jamais cru qu’ils aient pu faire une chose pareille », se justifie-t-il quand la présidente, cash, l’interroge : « Est-ce que vous avez pris cette enquête au sérieux ?»
    Et pourtant… Dès février 2012, on peut constater que Christophe ne téléphone plus, ne va plus sur internet, n’a plus d’adresse, plus d’emploi, est radié de Pôle Emploi, ne visite pas son médecin. Il est aussi évident – des dizaines de témoins en attesteront – que l’habitation de Narin Bun et Coralie Sauval, à Villers-Faucon, fut son dernier domicile.
    « UN PEU PROFITÉ DE LUI »
    Un simple coup d’œil au compte bancaire de Christophe Rambour démontre qu’il a épuisé ses finances avant de s’éteindre. À Auchan Saint-Quentin, il dépense 350 euros le 22, 95 euros le 23, 285 euros le 24, 41 euros le 26, 121 euros le 31. Euphémisme : « J’ai l’impression d’avoir un peu profité de lui » admet Coralie. Narin, une fois de plus, botte en touche : « Qui est-ce qui payait quoi, je n’en sais rien du tout».
    Il ne fallait pas être Sherlock Holmes pour découvrir tout ça. En dix jours d’enquête, en août 2013, un jeune militaire de la brigade de recherches d’Amiens en apprendra davantage que ses collègues en 18 mois. « J’avais lu l’appel des parents dans la presse, je me suis dit que c’était inquiétant. Je suis père moi-même. Je sais que dans le même cas, je remuerais ciel et terre… »
    Le 13 janvier 2014, une information judiciaire est ouverte. Les cinq accusés sont interpellés le 20 mai. Six ans après les faits, ils comparaissent pour actes de torture et de barbarie suivis de mort. Enfin.

    J’AI PEUR QU’ILS ME BUTENT, TOUT SIMPLEMENT

    Pour la deuxième fois du procès, Narin Bun a été accusé de viol par une de ses sœurs, hier. Elle a également accusé un autre frère et sa sœur Nari d’avoir participé aux agressions. (Une plainte a été déposée, la présomption d’innocence s’impose.) Cette jeune femme en larmes s’est tournée vers les accusés : « Est-ce que vous pouvez, pour nous, pour la famille de Christophe, dire tout, dire la vérité. Dites tout ce que vous avez fait, et que ça s’arrête. Plus personne ne peut avancer… Moi, j’ai honte, et pourtant je n’ai rien fait… ». Elle a encore estimé que ses frères et sœur « sont capables de tout. Oui, j’ai peur qu’ils me butent, tout simplement. Ce n’est pas parce que l’on est en détention qu’on ne peut rien faire… »
    21 mars
    ARTICLE DE G LECARDONNEL

    Terribles aveux en garde à vue

    Ce sont les accusés de l’affaire Rambour qui ont permis aux gendarmes de mesurer l’horreur dU dossier.

    Le couloir où le corps de Christophe a été découpé.

    Les parents de Christophe Rambour ont commencé à entendre les atrocités subies par leur fils. Ce mardi, la cour d’assises de la Somme a en effet commencé à examiner les faits reprochés aux cinq accusés. Les enquêteurs de la gendarmerie ont défilé à la barre toute la journée.

    Le directeur d’enquête a expliqué qu’au mois de mai 2014, à l’issue d’une première enquête, personne ne savait ce qu’était devenu Christophe, qui avait disparu depuis plus de deux ans déjà. Il y a toutefois une certitude : « Les membres de la famille Bun ne sont pas étrangers à sa disparition (…) Mais on ne sait pas ce qu’il s’est passé, ni si Christophe est vivant ou mort ». Narin, Nari et Navin Bun, Gilles Lefèvre et Coralie Sauval, sont les derniers à l’avoir vu vivant, en janvier 2012. On comprend que les interpellations sont un coup de poker. « Et si personne n’avait parlé lors des garde à vue ? », demande la présidente. « Nous serions toujours à la recherche de Christophe », répond l’enquêteur.
    Tout s’est dénoué lors des interrogatoires. C’est Gilles Lefèvre qui le premier est passé à table. « J’ai eu l’impression que ça lui faisait du bien de parler », dit le gendarme. Il raconte tout : la séquestration, à Villers-Faucon et Longueau, les coups, les actes de torture, la découpe du corps, son incinération. Il ne cache pas y avoir participé, même s’il dit avoir agi ainsi parce qu’il était sous l’emprise de son épouse Nari. Et selon lui, c’est Narin Bun l’instigateur des faits.
    Les gendarmes ayant recueilli les dépositions des suspects se succèdent à la barre. La grande sœur, Nari Bun a chargé son frère Narin et son mari Gilles Lefevre. Si Christophe a été emmené chez elle, c’était « pour le protéger », mais « ça a dégénéré ». Navin Bun, le petit frère, a dit que pour protéger Christophe, il le frappait « avec retenue » pour que les autres ne le cognent pas plus violemment. Il a enfoncé son frère et sa sœur. Coralie Sauval, femme de Narin Bun, n’a pas pris part aux violences. Elle a déclaré que c’était Gilles Lefèvre et Nari Bun qui étaient responsables de la mort de Christophe. Elle dit s’être tue par peur de représailles de la famille Bun et celle de perdre ses enfants.

    UNE AFFAIRE HORS NORME

    La cave où le corps a été en partie brûlé.

    Ce sont les déclarations des suspects en garde à vue qui ont fait comprendre aux gendarmes qu’ils avaient affaire à une affaire hors norme : « Des dossiers criminels, j’en ai géré pas mal. Celui-ci, c’est une première, il est exceptionnel », commente celui-ci. « Quand Narin Bun a raconté le découpage du corps, avec précision, j’étais un peu choqué. Il revivait la scène. Même si j’ai l’habitude, ça a été un moment particulier ».

    On l’a compris, tout le dossier ne repose que sur les déclarations des accusés. Avec toutes les imprécisions qu’elles comportent. On ne sait toujours pas combien de temps Christophe Rambour a été séquestré et torturé à Villers-Faucon et Longueau. On ne sait même pas la date précise de sa mort, même si des éléments laissent à penser qu’il s’agit de la nuit du 22 au 23 janvier.
    La présidente finit par s’énerver, et s’adresser aux cinq accusés : « C’est quand le décès ? » Elle n’obtient aucune réponse précise des accusés. «Quand on découpe un corps, on se souvient ! », réagit la magistrate.
    Le procès se poursuit ce mercredi. Les accusés vont devoir un à un s’expliquer sur les faits. Les parents de Christophe Rambour vont une nouvelle fois entendre l’horreur vécue par leur fils.
    22 MARS
    ARTICLE DE G LECARDONNEL
    Narin Bun persiste à nier
    Narin Bun, avec sa femme Coralie.

    Quatre accusés avouent la séquestration et les tortures sur Christophe. Pas Narin Bun.

    Narin Bun vient de fournir ses explications à la barre sur les faits qui lui sont reprochés. C’est le dernier des accusés à le faire au bout de cette éprouvante journée de mercredi. L’homme de 34 ans se tourne vers les parents de Christophe Rambour. Il laisse un moment de silence avant de s’adresser à eux. L’accusé cherche une certaine solennité pour présenter ses excuses pour « tout ce qu’il a fait ». Le moment est dérangeant. Le principal suspect dans l’atroce affaire Rambour venait de ne pas dire grand-chose sur « tout ce qu’il a fait ».
    « Vous pouvez faire ce que vous voulez, s’il a décidé de répondre ça, il ne changera jamais d’avis », a prévenu sa sœur Nari, quelques minutes plus tôt. Comme les trois autres accusés dans le box, la trentenaire a assuré que Narin Bun a bien participé à la séquestration et aux tortures de Christophe Rambour, fin 2011- début 2012 à Villers-Faucon et Longueau.
    La présidente a passé toute la journée, seule aux commandes, à interroger les accusés sur les faits. Les débats ont été rudes pour les parties civiles tant les mots qui décrivent ce qu’a subi le jeune Samarien sont violents. Leurs déclarations ne permettent pas d’établir une chronologie précise des faits, mais on a compris que Christophe est mort pour rien.
    « JE L’ENTENDAIS VOMIR »
    Personne ne sait vraiment pourquoi son calvaire a commencé et pourquoi les violences sont montées crescendo.
    « Il y a eu tellement de choses de faites contre Christophe que je ne peux pas me souvenir de tout », dit Gilles Lefèvre, l’ex-mari de Nari Bun. Lui ne semble rien cacher. Il maintient que Narin Bun est l’instigateur de l’affaire. « Narin a dit regardez, j’ai un nouveau truc . Il a appuyé sur son pied, Christophe a ouvert la bouche, il lui a mis la cigarette allumée dans la bouche. Il a dit c’est mon nouveau cendrier . « Ce jour-là, Narin lui arrachait des bouts de chair au doigt de pied avec un couple ongle. Moi, je lui ai coupé un bout avec un couteau. » Et cette scène où Narin Bun force Christophe à manger ses excréments. Coralie Sauval, l’ex-femme de Narin : « J e n’ai pas vu ». La présidente : «Mais il y avait l’odeur ? » « Oui. Et j’ai entendu Narin dire tiens mange »Nari, sœur de Narin : « Je l’entendais vomir ». Gilles Lefèvre : « Il l’a obligé à aller aux toilettes à quatre pattes ».
    Les accusés parleront de coups, de tête rasée, de croquettes pour chiens, de cage à chiens, de tout un tas d’atrocités. Narin Bun ne parlera de rien. La présidente s’interroge : pourquoi les quatre autres, dont son ex-femme, son frère et sa sœur chercheraient-ils à l’impliquer si ce n’est pas le cas ? Narin Bun, qui s’exprime dans un mauvais français, a toujours la même réponse : « C’est dans leur tête ». La présidente lui tend la perche : s’il faut parler, c’est le moment Réponse: « Je n’ai rien à ajouter ». Narin Bun ne reconnaît que sa participation à la découpe du corps et à son incinération, imaginées par Gilles Lefèvre selon lui. « Si vous ne savez pas de quoi il est mort, si vous n’avez rien fait, pourquoi vous faites disparaître le corps ? », demande la présidente. « Je ne sais pas. Pour les aider, pour la famille. »
    23 mars

    ARTICLE DE G LECARDONNEL

    La mort de Christophe  restera un mystère

    Les légistes n’ont pu émettre que des hypothèses dans l’affaire Christophe Rambour.

    Lors de la cérémonie religieuse d’hommage à Christophe. Il n’aura jamais de tombe, ni même de date de mort précise.

    Les deux légistes qui ont déposé ce jeudi n’avaient jamais vécu cela dans leur carrière : « C’est un dossier particulier. On ne peut uniquement se prononcer à partir de ce qu’on a entendu lors des reconstitutions et des déclarations faites dans la procédure. » On n’a rien retrouvé du corps de Christophe Rambour, mort en janvier 2012, son corps ayant été découpé puis brûlé. Les suspects ont déclaré l’avoir retrouvé mort un matin au réveil, allongé dans le salon à Villers-Faucon (Somme).

    La mission des médecins s’est révélée quasiment impossible : « Nous n’avons que des hypothèses ».
    « LE CORPS CESSE DE SE DÉFENDRE »
    À partir des sévices et des blessures subis par Christophe et décrits par certains accusés, les légistes n’ont qu’une seule certitude : la victime n’a pas pu décéder de la blessure au coude, causée par Nari Bun avec un couteau. Plusieurs éléments ont pu conduire au décès, de façon isolée ou concomitante : la dénutrition, la fatigue, l’hypothermie, ou les traumatismes crâniens répétés. « Avec l’organisme affaibli, les traumatismes répétés, l’épuisement, il est possible que le corps cesse de se défendre », explique l’une des légistes.
    Les médecins mettent à mal les déclarations de Narin Bun qui a certifié qu’il avait tenté de réanimer Christophe à son arrivée sur les lieux, en lui insufflant de l’air à trois reprises : la raideur du corps ne lui aurait pas permis d’ouvrir la bouche de la victime. Les parents de Christophe Rambour espéraient obtenir des réponses à leurs questions à ce procès, ils n’obtiendront jamais celle de l’origine de la mort de leur fils.
    LES ACCUSÉS CAMPENT SUR LEUR POSITION
    Après la présidente mercredi, ce sont les différentes parties qui ont questionné les accusés sur les faits ce jeudi. Tous ont campé sur leur position. Narin Bun, accusé par les quatre autres comme étant le meneur, nie la séquestration et les actes de torture. Il avoue sa participation à la disparition du corps. Nari Bun (la grande sœur) avoue des violences, nie avoir été une meneuse.
    Gilles Lefèvre (ex-mari de Nari Bun) avoue sa participation à la séquestration, à la torture, et à la découpe, expliquant avoir été sous l’influence de Narin et Nari Bun. Navin Bun (le petit frère) dit avoir été présent lors de la disparition du corps sans y participer, avoir été présent à des actes de torture, et avoir donné quelques coups. Coralie Sauval (ex-femme de Narin Bun) dit avoir assisté à des scènes sans y participer.
    24 mars
    ARTICLE DE G LECARDONNEL

    “Vous avez été des monstres”

    L’avocat des parents de Christophe a plaidé ce vendredi.

    Nari Bun.

    Sa plaidoirie n’a pas été très longue. Mais elle a été ferme et poignante. Me Guillaume Demarcq, avocat des parents de Christophe Rambour, séquestré, torturé, et dont le corps a été découpé et calciné en janvier 2012 à Villers-Faucon (Somme), a plaidé ce vendredi après-midi.

    L’avocat n’a pas été tendre avec les cinq accusés qui lui faisaient face. «Ils sont tous coupables ! » , a-t-il lancé sans faire de distinction. Christophe, « ils l’ont traité comme un chien, même pire qu’un chien, parce qu’un chien, on l’enterre ». « Vous avez été tous, collectivement, et individuellement, des monstres » . Et Me Demarcq de parler des parents de Christophe, « des gens simples, des gens bien, sans aucune agressivité., des gens qui étaient heureux. (…) Christophe était à leur image, un type bien, un gars gentil, c’était leur fils unique, c’était tout ce qu’ils avaient ». Me Demarcq enfonce Narin Bun, le meneur présumé de l’affaire, qui nie les faits depuis le début : « Il a fait quoi ? Il a réduit les restes de son corps à coups de masse. (…) Ses dénégations, elles n’ont convaincu personne ! »
    « VOUS AURIEZ PU DIRE STOP, AUCUN DE VOUS NE L’A FAIT »
    L’avocat parle pour les parents de Christophe : « Ces 10 jours d’audience n’ont servi à rien. Ces 10 jours de pleurs n’ont servi à rien. Parce qu’on n’en sait pas plus. Quand ? De quoi ? Pourquoi ? Comment est mort Christophe Rambour ? On n’a pas eu les réponses. (…) Tout ce que les parents de Christophe espéraient, ce sont la vérité et la justice. La vérité, ils ne l’ont pas eue. » Et l’avocat de regretter que Narin Bun ait fait le choix de « la lâcheté et de la douleur ». Et de pointer du doigt aussi les quatre autres accusés : « Vous dites que vous avez manqué de courage pour dénoncer les faits. Non, vous avez manqué d’humanité ! Vous auriez pu dire stop, aucun de vous ne l’a fait ».
    Me Demarcq insiste sur les interrogations des parents de Christophe : « Qu’est-ce qu’il a vu avant de mourir ? Quelle a été sa dernière image ? Est-ce qu’il a appelé sa maman ? On ne le saura pas ». Il dénonce les réponses des accusés tout au long de la semaine, les « je n’en ai pas le souvenir », les « j’ai été con ».
    « Les parents de Christophe voulaient une date à mettre sur la pierre tombale même s’ils n’ont pas son corps. Même ça, vous n’avez pas été capables de leur donne r ».
    Un peu plus tôt dans la journée, les accusés, sous les questions insistantes de la présidente, avaient assuré qu’ils avaient dit toute la vérité lors des neuf jours de procès. Ce lundi, l’avocate générale prend ses réquisitions et les avocats de la défense plaident. Verdict mardi.
    26 mars
    GL

    De l’horreur et beaucoup de froideur

    Les accusés assurent dire la vérité, les parents de Christophe n’y croient pas. Reprise du procès ce lundi.

    Le procès Rambour est dans la dernière ligne droite. Les débats reprennent ce lundi avec les réquisitions de l’avocate générale, Anne-Laure Sandretto, et les plaidoiries des avocats de la défense. Le verdict est attendu ce mardi. Cela fait donc deux semaines que ce procès hors normes s’est ouvert devant la cour d’assises de la Somme. Les parents de Christophe Rambour, décédé à 25 ans en janvier 2012 à Villers-Faucon, près de Roisel (Somme), n’ont pas eu les réponses qu’ils espéraient.
    La date exacte du décès pour commencer. Aucun des cinq accusés n’est capable de la fournir. On suppose que Christophe est mort dans la nuit du 22 au 23 janvier. Parce qu’il ressort des déclarations que le décès est intervenu le jour de l’enterrement d’un oncle de Gilles Lefèvre. Pour le reste, aucun des cinq accusés n’est capable de fixer une date. Ils ne sont pas plus capables de dire combien de temps Christophe Rambour a été séquestré exactement. Il semblerait que ce soit entre fin novembre 2011 jusqu’à son décès.
    Vendredi, la présidente a essayé une nouvelle fois de savoir pourquoi de tels agissements, et pourquoi sur Christophe, qui était un ami d’enfance des accusés. Elle n’a obtenu aucune réponse. Au cours des débats, plusieurs sources de conflit ont été mises en avant par les accusés. Il est question de chiens qui se sont sauvés, de Christophe qui aurait parlé des aventures extra-conjugales de Narin Bun, de la sœur de ce dernier, Nari, qui aurait qualifié une de ses nièces âgée de 2 ans de salope , que Christophe en aurait parlé… Bref, pas de réponse non plus à ce sujet.
    “Un chat guette une souris…”
    La présidente essaye de faire réagir les cinq suspects : « Un chat guette une souris. Il attend. Puis il l’attrape. Il ne l’a tue pas tout de suite, il s’amuse avec. Il ne veut pas la tuer, il veut continuer de jouer, mais elle meurt. Vous avez joué avec Christophe ? » Pas de réactions. Elle insiste: « Vous êtes tous parents. Imaginez si vous vous retrouviez sur le banc des parties civiles. Et imaginez face à vous des accusés qui auraient des réponses comme les vôtres. Est-ce que vous vous en contenteriez? Bien sûr que non . »
    Les parents de Christophe se disent déçus par le comportement des accusés. Avant le procès, ils n’avaient pas pu lire toute la procédure, les actes décrits par les suspects étant trop atroces à lire. Au procès, ils ont tout écouté pour essayer de « connaître la vérité ». Les mots lancés par les accusés ont été durs, et prononcés avec une froideur incroyable. Comme Narin Bun, qui répond à Me Moreau lui demandant pourquoi il a découpé le corps dans le couloir de la maison: « Quand vous êtes dans votre cuisine et que vous découpez de la viande, vous déplacez votre planche à découper ? Non, vous la laissez sur place . »
    Dans la journée du 26 (web)
    TP

    Tortures et mort de Christophe Rambour : la perpétuité requise contre Narin Bun

    Les peines requises par l’avocate générale ce lundi matin vont de 10 ans à la perpétuité.

    A 10h30, ce lundi 26 mars à Amiens, l’avocate générale Anne-Laure Sandretto a pris ses réquisitions dans le dossier de la mort de Christophe Rambour, en janvier 2012 à Villers-Faucon (est de la Somme), après plusieurs semaines de sévices. Elle a réclamé la peine maximum, la perpétuité assortie de 22 ans de sûreté, à l’encontre de Narin Bun, 34 ans ; 25 ans de réclusion assortis des deux-tiers à l’encontre de Gilles Lefèvre, 33 ans ; 25 ans à l’encontre de Nari Bun (l’ex-femme de Gilles), 35 ans ; 15 ans à l’encontre de Navin Bun (frère de Narin et Nari), 30 ans ; 10 ans à l’encontre de Coralie Sauval (l’ex-femme de Narin), 30 ans.

    Les quatre premiers sont en détention provisoire depuis le 20 mai 2014. Si les réquisitions sont suivies, Coralie Sauval, qui n’a subi que 18 mois de détention, retournera en prison.

    Ils avaient le choix

    Pour Mme Sandretto, les quatre premiers sont coupables d’actes de torture et de barbarie en réunion et de séquestration suivie de mort ; Coralie est coupable de non-dénonciation de crime et de séquestration. Tous, surtout, « avaient le choix de participer ou non, d’agir ou non ». Or ils ont choisi « pendant des jours, pour le seul plaisir, d’asservir un homme ». Pour elle, « tout accable » Narin, le deus ex machina de ce dossier sordide, qui aurait dirigé une série de sévices qu’elle date de mi-décembre 2011 à la mort de Christophe, un jeune homme de 25 ans, qu’elle fixe à la nuit du 20 au 21 janvier 2012. Mais elle le reconnaît : « On ne sait pas comment ni pourquoi Christophe est mort ». Pourquoi ? Semble-t-il pour avoir « contrarié » ses bourreaux, en laissant s’échapper un chien, en évoquant devant sa femme les infidélités de Narin… Comment ? Impossible de le déterminer, dès lors que pendant de longues heures, Narin, Gilles et, à un degré moindre, Navin, ont brûlé le corps puis ont pilé consciencieusement ses derniers os avant de répandre ses cendres dans la nature.

    Dernière pièce de théâtre

    Mme Sandretto a donc choisi de distinguer les responsabilités de chacun en tenant compte à la fois de « l’intensité des violences commises » mais aussi du « repentir ». Elle admet d’ailleurs que Gilles Lefèvre a été « hanté moralement » par son crime, se confiant à une petite amie, à sa mère et à un avocat avant son interpellation. Elle a des mots plus durs pour Nari, qui « nous joue une dernière pièce de théâtre en se faisant passer pour une victime ». Quant à Narin, celui qui nie, « tout l’accable, ses mensonges répétés comme les déclarations des autres ». Faut-il croire à un complot des quatre autres ? L’avocate générale sourit : « Alors pour se venger, tous encourraient la perpétuité ? »

    Mme Sandretto insiste sur la notion d’« actes de torture et de barbarie en réunion », cœur de l’accusation à l’encontre de Narin, Nari, Navin et Gilles. Elle liste les sévices : être dénutri, devoir demander l’autorisation pour aller aux toilettes ou se laver, avoir le torse brûlé, dormir par terre, manger dans une gamelle à chien, devoir avaler des cigarettes allumées, boire de l’huile, boire de l’urine, manger des excréments dans la cuvette des WC et être frappé, encore et encore, certainement au point d’en mourir. « Ce ne sont pas de violences ponctuelles à analyser comme telles mais un comportement global, à juger comme tel. Ceci va au-delà de la notion de violence. Tous savent ce qui a été fait par les autres avant. Tous commettent leurs actes à la suite. »

    Verdict ce mardi

    Me Blondet, pour Coralie Sauval, a pris la parole à 10h45. L’audience sera suspendue après sa plaidoirie et reprendra en début d’après-midi avec les interventions de Mes Moreau, Daquo, Godreuil et Ehora (ces deux derniers pour Narin). A priori, les six jurés et les trois juges délibéreront demain mardi.

    27 mars
    TP

    Perpétuité requise contre Narin Bun

    Les peines requises hier vont de 10 ans à la perpétuité. Verdict ce mardi après-midi.

    L’avocate générale Anne-Laure Sandretto a pris ses réquisitions dans le dossier de la mort de Christophe Rambour, en janvier 2012 à Villers-Faucon (est de la Somme), après plusieurs semaines de sévices dans ce village et à Longueau. Elle a réclamé la peine maximum – la perpétuité assortie de 22 ans de sûreté – à l’encontre de Narin Bun ; 25 ans de réclusion assortis des deux-tiers à l’encontre de Gilles Lefèvre ; 25 ans à l’encontre de Nari Bun (l’ex-femme de Gilles) ; 15 ans à l’encontre de Navin Bun (frère de Narin et Nari) ; 10 ans à l’encontre de Coralie Sauval (l’ex-femme de Narin). Les quatre premiers sont en détention provisoire depuis le 20 mai 2014. Si les réquisitions sont suivies, Coralie Sauval, qui n’a subi que 18 mois de détention, retournera en prison.
    Pour Mme Sandretto, les quatre premiers sont coupables d’actes de torture et de barbarie en réunion et de séquestration suivie de mort ; Coralie est coupable de non-dénonciation de crime et de séquestration. Tous « avaient le choix de participer ou non, d’agir ou non ». Or ils ont choisi « pendant des jours, pour le seul plaisir, d’asservir un homme ». Pour elle, « tout accable » Narin, le deus ex machina de ce dossier sordide, qui aurait dirigé une série de sévices qu’elle date de mi-décembre 2011 à la mort de Christophe, un jeune homme de 25 ans, certainement dans la nuit du 22 au 23 janvier 2012.
    Elle liste ces sévices : être dénutri, devoir demander l’autorisation pour aller aux toilettes ou se laver, avoir le torse brûlé, dormir par terre, manger dans une gamelle à chien, devoir avaler des cigarettes allumées, boire de l’huile, boire de l’urine, manger des excréments dans la cuvette des WC et être frappé, encore et encore, certainement au point d’en mourir. « Ce ne sont pas de violences ponctuelles à analyser comme telles mais un comportement global. »
    EXERCICE D’ÉQUILIBRISTE POUR LES AVOCATS
    Mardi 13, en ouverture de ce procès-fleuve, leurs clients avaient reconnu les faits reprochés. Hier, cependant, Mes Nathalie Moreau, Paul-Henri Delarue et Stéphane Daquo ont plaidé l’acquittement total ou partiel de Navin, Nari et Gilles. « C’est lui qui reconnaît et c’est moi qui plaide ! » se justifie Me Daquo, qui a dû, comme les autres, faire du droit pur et dur quand bien même il s’agissait d’ergoter sur le caractère nocif de la consommation de croquettes ou d’excréments. Il faut dire que si le code pénal réprime les actes de torture et de barbarie, il ne les définit pas, laissant ce soin à la jurisprudence. Si l’on se réfère à la convention des Nations Unies, il s’agit de « tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës physiques ou mentales sont intentionnellement infligées à une personne » . La seule violence, donc, ne suffit pas, ni la volonté d’humilier. Ces plaidoiries ont permis à Me Ehora, conseil de Narin, grand méchant désigné à la fois par le ministère public et le reste du box, d’ironiser : « Nous, au moins, nous contestons l’accusation depuis le début » .
    Ce mardi, les accusés pourront prendre la parole une dernière fois, à 9 heures, puis les jurés se retireront pour délibérer. Selon la présidente Mme Karas, le verdict tombera « six à sept heures plus tard ».
    Dans la journée du 27 (web)

    Procès Rambour: les derniers mots des accusés

    Les cinq accusés se sont exprimés une dernière fois, ce mardi matin, devant la cour d’assises de la Somme. Depuis le lundi 13 mars, ils sont jugés à Amiens pour les tortures et la mort de Christophe Rambour, 25 ans, début 2012 à Longueau, près d’Amiens, et Villers-Faucon, village du nord-est de la Somme.

    Narin Bun, sa sœur Nari, leur frère Navin et Gilles Lefèvre (ex-mari de Nari) répondent de séquestration suivie de mort, actes de torture et de barbarie, à Longueau et Villers-Faucon ; Coralie Sauval (ex-femme de Narin) de séquestration et non dénonciation de crime. Ils ont entre 35 et 30 ans. Hier lundi, l’avocate générale Anne-Laure Sandretto a requis à leur encontre entre 10 ans (pour Coralie) et la perpétuité (pour Narin). Les quatre premiers sont en détention provisoire depuis le 20 mai 2014. Si les réquisitions sont suivies, Coralie Sauval, qui n’a subi que 18 mois de détention, retournera en prison.

    Voici leurs déclarations de ce matin, avant que la cour ne se retirât pour délibérer.

    Nari Bun  : « J’ai pleine conscience qu’aucune excuse ne sera recevable au vu des circonstances. J’ai essayé d’apporter toutes les réponses mais je ne peux pas en donner plus. Je suis sincèrement désolée. Je vous ai dit tout ce que j’avais à dire et mon avocat a dit tout ce qu’il fallait. J’espère une peine au plus juste, en fonction de mes actes et qu’on tiendra compte de ma personne que je suis et du travail réalisé depuis quatre ans. »

    Narin Bun  : « Autant je suis arrivé ici avec la tête haute parce que c’est moi : je ne baisse jamais la tête. Vous avez vu, je peux m’emporter, c’est mon caractère, ce n’est pas un jeu ou quoi que ce soit. Je sais très bien que les parents ne pourront pas accepter mes excuses mais mes paroles étaient sincères. »

    Gilles Lefèvre  : « Je suis désolé, je regrette. J’ai été honnête avec vous dès le début. »

    Navin Bun   : « Sincèrement, j’ai du mal à mettre des mots sur ce que je ressens. Désolé, c’est trop peu dire. Je ne sais pas à quel moment on apprend à regretter. Je regrette que Christophe ne soit plus parmi nous, je regrette de ne pas avoir eu le courage de prendre parti pour le défendre. C’est vrai, j’ai été lâche et égoïste. Il n’y a pas de mot pour dire l’ampleur de mes regrets, de mon dégoût. Avant de parler de réinsertion, mon projet de vie, c’est de retrouver cette part d’humanité qu’on a perdue. »

    Coralie Sauval  : « Je suis désolée de ne pas avoir aidé Christophe, de ne pas avoir fait le nécessaire. Ce matin, j’ai dit au revoir à mes cinq enfants. Ils ne sont pas à l’école aujourd’hui. Je les ai préparés, au cas où. Jugez les faits, mais aussi la personnalité. »

    Après ces paroles, Coralie a été consignée dans le box tandis que les quatre autres retournaient qui en geôle, qui en maison d’arrêt. La présidente a prévenu les escortes que sauf surprise, le verdict ne tombera pas avant 16 heures.

    28 mars

    TP

    Verdict : de trente à cinq ans pour la mort de Christophe Rambour

    Dans quatre cas sur cinq, le jury a prononcé des peines en deçà des réquisitions du ministère public. Hier, on ne s’orientait pas vers un appel.
    LES FAITS
    Pour la séquestration suivie de mort de Christophe Rambour, 25 ans, en janvier 2012, ainsi que des actes de torture et de barbarie, la cour d’assises de la Somme a condamné ce mardi 27 mars Narin Bun à 30 ans de réclusion ; sa soeur Nari à 21 ans ; Gilles Lefèvre (ex-époux de Nari) à 18 ans ; Navin (le petit frère Bun) à 15 ans. Pour séquestration et non-dénonciation, Coralie Sauval (ex-femme de Narin) écope de cinq ans.
    Le verdict est tombé vers 15 heures, après cinq heures de délibéré. Ce procès a duré onze jours.
    Après avoir entendu plusieurs plaidoiries d’acquittement, au moins partiel, la cour d’assises de la Somme a mis ses pas dans ceux du juge d’instruction, puis de l’avocate générale : elle a reconnu les accusés coupables de l’ensemble des faits qui leur étaient reprochés. La question était ensuite celle de la peine. Elle a donné lieu à un verdict nuancé. Ainsi, Narin Bun, présenté comme l’instigateur du calvaire de son copain Christophe Rambour, finit malgré ses dénégations sur la plus haute marche du podium mais échappe au maximum requis lundi – perpétuité avec 22 ans de sûreté – pour écoper de 30 ans de réclusion. Il peut espérer une libération en 2029.
    Mme Sandretto avait réclamé 25 ans pour le couple Nari Bun-Gilles Lefèvre, avec pour le second une sûreté des deux tiers. Le jury a préféré opérer un distingo. La dominante, dans la vie quotidienne comme dans les jeux sadomasochistes, est condamnée à 21 ans quand Gilles, celui qui le premier a tout avoué (certes deux ans après avoir participé à la découpe du corps) s’en sort avec 18 ans. Soit seulement trois ans de plus que Navin, le « geek » un peu perché, le « fantôme », l’ « homme invisible » d’après les témoignages, dont l’étrangeté a dû finir par inquiéter les jurés. Il est le grand perdant de ce verdict, le seul à ne pas voir les réquisitions fondre à l’heure suprême. « Pourtant, il a surtout été témoin dans cette affaire. Si l’on s’en tient au degré d’implication… » soupire son conseil Me Nathalie Moreau, dont la convaincante plaidoirie, lundi, n’est surtout pas à l’origine de cette déconvenue. Enfin, avec cinq ans ferme, Coralie Sauval n’évite pas de retourner en détention, elle qui n’avait purgé que 18 mois en 2014-2015. Mais cette mère de famille peut espérer en sortir au début de l’année prochaine.
    Sur les marches du palais, les parents de Christophe, une fleur à la main, regrettaient surtout la faible peine qui frappe « la Coralie », l’ex-femme de Narin, celle « qui a tout vu et n’a rien fait ». Pour le reste, ils se disaient relativement satisfaits de la sévérité de la cour et frustré par un procès qui n’a pas répondu à leur principale question : « Pourquoi ils ont fait ça à notre fils ? »
    NARIN A SENTI LE VENT DU BOULET
    « S’ils sont humains, ils ne feront pas appel. On ne veut pas revivre tout ça », ajoutaient Jocelyne et Denis. Ils devraient être entendus. Certes, Narin, qui n’a jamais cessé de se proclamer innocent, devrait logiquement réclamer à cor et à cri un nouveau procès. Mais il a senti le vent du boulet… « Nous nous donnons le temps de réfléchir », indiquait hier Me Godreuil, l’un de ses deux avocats. A priori, Nari, Giles et Coralie accepteront leur peine.
    Navin serait le plus fondé à interjeter appel, mais il a indiqué hier à son conseil qu’il ne le souhaitait pas. Il flotte dans une autre dimension. Le matin même, à l’heure où les accusés reprennent la parole, n’avait-il pas confié : « Il n’y a pas de mot pour dire l’ampleur de mes regrets, de mon dégoût. Avant de parler de réinsertion, mon projet de vie, c’est de retrouver cette part d’humanité qu’on a perdue » ?
    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    4
    TRISTETRISTE
    3
    GrrrrGrrrr
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    Merci !

    Tags:

    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Procès Mahu : tentative d’assassinat sur son ex-compagne

    Audience du 1er octobre, verdict Vingt-cinq ans pour Frédéric Mahu Hier à Beauvais, les ...

    Procès de Marcel Ruffet, pour un quadruple meurtre à Roye en août 2015

    25 avril 2017 Le procès d’une tuerie Marcel Ruffet a tué quatre personnes, dont ...

    Affaire Falentin etc. Vol avec violences ayant entraîné la mort à Saint-Quentin (Aisne)

    Cour d’assises de l’Aisne à Laon. Lundi 23 novembre, mi-journée. Les trois accusés nient ...

    Misère contre misère

    On aimerait que l’histoire de Jean-François et Lisiane fût un épiphénomène, un accident extraordinaire. ...

    “Quand il a quelque chose en tête…”

    Ahmed n’en démord pas : « Je n’ai pas fait de fausse déclaration. La photo, elle a ...