Bonne année, bonne santé

    On ne va pas se mentir : pour ce qu’en laissent apparaître ses six premiers mois, cette année 2020 ne restera pas dans les annales, sinon comme annus horribilis. Un homme pourra attester qu’il en avait eu l’intuition dès ses premières heures : Olivier, Amiénois de 47 ans.
    Au début, il devait fêter l’an neuf avec Fanny, sa nouvelle compagne : « Les enfants sont en garde alternée. On pensait rester à la maison, mais une amie, qui habite tout près de chez nous, rue Condorcet, nous a invités. On y est même allé à vélo. C’était une soirée tranquille, sympa. On a bu quelques coupes, mais rien d’excessif ».
    À 2 h 30, ils décident de repartir. Dans cet immeuble inconnu, ils se trompent de hall au moment de retrouver leurs bicyclettes et tombent nez à nez, si l’on ose dire, avec les boîtes aux lettres. Sur l’une d’elles – « fatalitas », comme pestait Cheri-Bibi – ils déchiffrent le nom d’un homme, handicapé physique et mental, qui fut condamné pour une agression sexuelle sur l’un des enfants de Fanny.
    Olivier raconte la suite : « Par bêtise, on a décidé de frapper chez lui en se faisant passer pour la police. Je ne sais pas pourquoi j’ai filmé la scène avec mon téléphone. Je l’ai traité de violeur, de pédophile. C’est vrai, je lui ai mis une claque et un coup de poing. Je m’en veux beaucoup, si vous saviez… »
    Justement, on n’aurait jamais su, si Olivier n’avait pas, avant de l’effacer, envoyé la vidéo à Fanny, laquelle, à son tour, l’a transmise à une amie. Amie avec laquelle elle s’est brouillée et qui, un mois et demi plus tard, l’a postée sur les réseaux sociaux avec cette légende : « L’agression d’un handicapé », suivie du nom et de l’adresse d’Olivier. Là, c’est l’avalanche : 146 000 « retweets », Facebook en feu, Snapchat en transes et même une menace de manifestation devant la vitrine du dernier employeur d’Olivier, qui parle de « déferlante de messages de haine » et de « chasse à l’homme ».
    Cinq mois plus tard, il reste un homme penaud devant ses juges, dont l’avocat Me Fay explique sa particulière sensibilité à la maltraitance infantile par le fait qu’il a lui-même perdu un fils. En face, Me Gimeno doit quand même rappeler que son client, cette fois, est la victime ; qu’il a été condamné par la justice, a purgé sa peine et que nul n’avait le droit de s’en prendre à cet handicapé, « qui a le QI d’un enfant ».
    Jugement : un an avec sursis.
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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