Canicule au jardin

    « Elle a même baissé sa culotte pour me montrer qu’elle se rasait ! Elle m’a fait des avances. Moi je n’étais pas contre, mais elle voulait que je quitte ma femme. Ça, je ne voulais pas », pérore le retraité, à la barre du tribunal correctionnel où il comparait pour envoi de courriers malveillants à connotation sexuelle.
    Jean-Michel et Marie-Françoise, c’est l’histoire de deux solitudes qui se rencontrent au hasard d’un voisinage dans les jardins ouvriers de Corbie, elle divorcée, lui pensionné, qui semble avoir fait le tour de la question conjugale.
    Une amitié naît. « Mais il m’a fait comprendre qu’il voulait autre chose, retrace-t-elle. Je devais sans cesse le recadrer. J’avoue, je l’ai laissé me faire deux smacks et poser sa main sur mon débardeur, pour qu’il me laisse tranquille, mais rien d’autre. Oh non, quelle horreur ! »
    À un moment, une bonne âme prévient la femme de Jean-Michel de cette amitié particulière. Elle déboule sans crier gare dans les jardins ouvriers. Justement, le petit chien de Marie-Françoise est venu se mettre à l’ombre dans la parcelle de Jean-Michel. « Pour éviter les problèmes », le jardinier amoureux balance Médor de l’autre côté de la palissade. La bête est blessée. Quelques mois plus tard, elle meurt. Marie-Françoise décide alors qu’elle n’adressera plus jamais la parole à son voisin.
    Le 14 janvier 2019, elle reçoit une première lettre – déposée et non postée – contenant une image pornographique explicite. D’un côté est écrit « Marie », de l’autre « Jean-Michel », avec un cœur dessiné. Des courriers similaires, avec des scènes de pénétration ou de fellation, suivent les 19 janvier, 25 février, 19 mai et 17 juin. « J’étais choquée, j’avais peur en rentrant chez moi », explique Marie-Françoise, qui porte plainte et confie ses soupçons.
    Le graphologue reconnaît formellement l’écriture de Jean-Michel. Lui, pourtant, nie farouchement : « Je ne serais pas bête au point d’écrire mon propre nom ! » Mais alors, qui ? Il oriente d’abord les recherches vers les deux frères R., avec qui il serait en conflit, mais à l’audience, croit avoir trouvé la solution : « Je pense que c’est Marie qui a fait ça avec sa sœur. Sa sœur, elle est professeur. Elle est bien capable d’imiter mon écriture ».
    Bigre ! Un complot, rien que ça. « Je me suis renseigné auprès de son ex-mari. Il m’a dit qu’elle était capable de tout. Elle fait du cinéma, une comédie formidable. Je vais payer pour quelque chose que je n’ai pas fait ».
    Sur ce point, Jean-Michel n’a pas tort : il écope de trois mois avec sursis, comportant l’obligation de soins et l’interdiction de contact avec la victime. Il annonce qu’il fera appel.
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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