Confrontation directe

    Des conjoints violents, c’est hélas monnaie courante au tribunal (on ne vous raconte pas tout, ça finirait par lasser). Mais normalement, même les plus acharnés d’entre eux retombent dans les tours quand ils se retrouvent en garde à vue. Qu’ils prennent conscience du mal qu’ils ont fait (rêvons un peu) ou de la peine qu’ils encourent, la nuit en geôle et l’interrogatoire par des policiers les ramènent à de meilleurs sentiments.
    Pas Mohamed Bhoukiba. Lui, quand le 3 mars, au commissariat d’Amiens, on l’a confronté à sa victime et ex-compagne Nathalie, il a hurlé « Sale chienne, je vais niquer ta mère, sale pute, je vais te niquer ». Et puis, comme ce n’était pas assez explicite, il s’est levé et a balancé un coup de poing à la femme « qui ne l’a évité qu’en se reculant », note l’officier de permanence.
    Enfin, Nathalie était protégée de Mohamed, elle qui avait déjà appelé les policiers quatre fois pour se plaindre de violences, ou du fait que son bourreau revenait sans cesse dans son petit logement du quartier d’Etouvie. « Je ferme tout mais il force les volets alors je suis bien obligée de lui ouvrir, a-t-elle confié à Me Alice Cordier. J’ai honte d’appeler la police. Je pourrais le faire tous les jours… »
    L’avocate s’interroge sur ce couple composé d’un Algérien de 29 ans et d’une femme fragile de 53 ans, sous tutelle, contrainte de se déplacer avec un déambulateur et à moitié aveugle. On a beau croire aux contes de fée, « ça pose question ». Nathalie, absente de l’audience, décrit « un calvaire » : des insultes quotidiennes et des scènes de violence répétées, quand il la traîne par les cheveux, la jette sur le canapé, s’assied sur son ventre et lui serre le cou.
    Encore très énervé à l’heure du procès, Mohamed, pour ce que l’on comprend de son verbiage haletant, affirme : « J’ai rien fait. Des petites embrouilles vite fait. Moi je suis victime ». Lors de sa mythique garde à vue, il avait décrit : « Je mets ma main devant sa bouche pour qu’elle ferme sa gueule ».
    Arrivé en France à 18 ans, il reconnaît qu’il n’a « jamais travaillé. J’ai mon RSA ». D’une précédente union, il a une fille de 8 ans. Il aurait de la famille à Amiens mais annonce « aller aussi à Paris, à Marseille, où je veux ».
    Il est condamné à dix mois de prison dont six ferme et maintenu en détention. Son sursis comporte l’interdiction de tout contact avec la victime. Croisons les doigts…
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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