David Lefèvre condamné à la perpétuité pour un double meurtre à Amiens

    25/11/13

    David Lefèvre a pris le maximum

    Celui qui a tué deux jeunes hommes en 2011 à Longueau près d’Amiens, au bord de l’Avre, a été condamné hier à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une sûreté de 22 ans.

    david lefèvre archives

    C’était le maximum encouru : depuis hier soir, David Lefèvre possède le triste privilège de succéder à Jean-Paul Leconte dans la liste des accusés condamnés à perpétuité par la cour d’assises de la Somme. Cinq ans séparent les deux verdicts, c’est dire la rareté d’une telle peine. Elle est assortie d’une période de sûreté de 22 ans, là encore le maximum encouru. Au-delà de l’horreur des crimes, les jurés ont indéniablement été inquiétés par le profil du jeune homme, déjà condamné en 2002 pour un vol avec violences ayant entraîné la mort.

    Un verdict accueilli avec froideur

    Comme pour confirmer leur impression, il a accueilli le verdict avec la même froideur qu’il avait manifestée pendant les quatre jours de son procès. Quelques minutes plus tard, en revanche, la maman d’Alexandre Michaud s’écroulait en larmes dans les bras de son avocat Paul-Henri Delarue. en septembre 2011, son fils est venu mourir à 700 km du foyer qu’elle et son mari ont bâti, dans l’Ain. Hier, elle n’est pas repartie d’Amiens moins malheureuse d’une absence insoutenable, non. Mais un peu soulagée, certainement.

    Les jurés devaient choisir entre deux thèses. Pour l’avocate générale Isabelle Rathouis, David Lefèvre a volontairement donné la mort à Julien Guérin et tué Alexandre Michaud après avoir prémédité son geste. Il s’agit à ses yeux d’un meurtre et d’un assassinat. Pour l’avocat Me Godreuil, au contraire, Lefèvre ne voulait pas la mort de Guérin et n’avait pas projeté celle de Michaud. Il faudrait le juger pour des coups mortels et un meurtre. En fait, puisque l’accusé était en récidive pour avoir causé la mort d’un homme en 1999, il risquait de toute façon la perpétuité.

    Mme Rathouis estime qu’en laissant Guérin au milieu de la rivière alcoolisé, drogué, le crâne explosé d’un coup de pied-de-biche, « il savait qu’il allait mourir ».

    Elle énumère ensuite tout ce qui accrédite la préméditation dans l’affaire Michaud : le téléphone portable laissé chez lui par Lefèvre le soir du crime ; l’arme achetée un mois plus tôt qu’il promène chargée dans son coffre mais explique à ses copains avoir revendue ; cette menace proférée mi-août d’après un témoin : « Ce gars-là, il va se faire descendre ». Et puis cet aveu de Lefèvre dans une lettre au juge d’instruction le 20 mars 2012 : « Dès qu’on a quitté l’hôpital, le sort de Michaud était scellé ».

    « Suicide judiciaire, autodestruction », rétorque Arnaud Godreuil. Il plaide « la lueur d’espoir » pour un homme « incapable d’exprimer ses sentiments ». De fait, Lefèvre aura passé 90 % de son procès mutique, la tête baissée sous la ligne de flottaison de la rambarde de son box, absent des débats, absent à lui-même.

    C’est « un homme extrêmement dangereux » pour Mme Rathouis, un « tueur sans mobile ». Elle avait enjoint les jurés de prononcer la perpétuité « si vous ne voulez pas d’un autre Julien ou d’un autre Alexandre ».

    « N’importe qui peut tuer à partir du moment où on est dans un climat », avait lâché Lefèvre mercredi soir. Hier vendredi, les jurés ont estimé que le climat le plus propice serait pour lui celui de la maison d’arrêt.

    « Un tueur en série »

    Me Pascal Bibard (pour les parents de Julien Guérin) voit en David Lefèvre « un tueur en série : un homme, de type caucasien, ayant vécu une enfance pathogène. C’est exactement son profil. Les tueurs en série ne s’arrêtent jamais, ils finissent morts ou en prison ». Me Sérène Medrano (pour la compagne de Julien Guérin) regrette : « Au début de ce procès, nous avons connu la magie des assises, qui permet de comprendre un homme. Mais dès que David Lefèvre a parlé, il a cassé cette magie de l’empathie. »

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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