Deux coups de trop

    Si la Providence (ce n’est pas du prosélytisme, c’est le nom de mon collège) m’avait prêté quelque talent de dessinateur, je vous ferais un croquis, on gagnerait du temps. Il faudra vous contenter de quelques mots…
    Dans trois bourgades rurales de la Somme, séparées d’une dizaine de kilomètres tout au plus, vivent Chrystelle avec son conjoint François, Philippe avec sa concubine Fabienne et Jean-Luc, dorénavant célibataire, mais qui fut le beau-frère de Chrystelle. Ils atteignent peu ou prou les rivages nostalgiques de la cinquantaine, « l’âge du démon de midi », comme le relève malicieusement le président Manhes.
    Ce 6 juillet 2018, les Chrystelle-François et les Philippe-Fabienne dînent ensemble. Une réunion qui resterait amicale si les portables ne cessaient de sonner. C’est Jean-Luc qui abreuve les convives de textos pour signaler que non seulement il est l’amant de Chrystelle mais que cette dernière entretient une autre relation adultère avec Philippe. C’est sûr, ça jette un froid…
    Peu de temps avant, Jean-Luc et Chrystelle s’étaient donné un rendez-vous galant, à défaut d’être follement romantique, « dans la voiture, sur un chemin creux, comme on le faisait plusieurs fois par semaine », confiera-t-il. On ne sait s’il s’agissait d’une berlinette ou d’un 4X4 : toujours est-il que dans leurs ébats, la femme laisse glisser son téléphone portable. Après la fin des hostilités, Jean-Luc entend une sonnerie et lit un message torride de… Philippe. Il déroule la conversation : « C’était du je t’aime mon amour, ceci, cela », se désole-t-il. Une double infidélité, c’est au moins une de trop. D’où les textos vengeurs…
    Ce 6 juillet, Chrystelle ne se démonte pas et décide de réclamer des explications à Jean-Luc. Problème : les trois autres convives (un amant, une femme et un mari trompés, rappelons-le) lui emboîtent le pas. L’époux pourrait être l’outragé. Il n’en est rien. C’est Philippe le plus virulent. « Il a frappé à ma porte-fenêtre, j’ai ouvert, et là, direct, il m’a mis une patate », retrace Jean-Luc, qui prend peur et se saisit de son fusil, avec lequel il tire deux coups en l’air en criant « Cours Forest, cours ! » (en référence au film Forest Gump). Philippe se réfugie chez un voisin et alerte les gendarmes. Ces derniers trouveront Jean-Luc tranquillement attablé autour d’un café avec Chrystelle et François. « Il était temps de tout mettre à plat », leur explique le tireur.
    Philippe sera condamné par le tribunal de police pour le bourre-pif. De son côté, Jean-Luc a écopé le 18 octobre de 350 euros d’amende avec sursis pour les coups de semonce. Fin de l’histoire. À moins que vous ne vouliez un dessin ?
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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