Fenêtre sur cour

    On imagine les voisins « gogner » à leur fenêtre, à la nuit tombante, dans ce village proche d’Abbeville. Ils ne perdent pas une miette de leur spectacle préféré : la vie des autres, du côté adjacent de la haie ou de la route.

    (Crédit : BOMBMAN sous CC)

    Ceux-là surveillaient la maison de leurs voisines, deux sœurs âgées devenues veuves, qui avaient décidé de finir leurs vies comme elles les avaient entamées : au sein du même foyer.

    Pour Solange et Jeannette, Jérôme faisait office d’homme providentiel. La première fois qu’il entre chez elles, c’est en tant que plombier. Ainsi commencent dix-huit ans d’amitié. « Surtout avec Jeanne, précise Jérôme. Solange était très diminuée, sa sœur était même devenue sa tutrice. Mais Jeanne avait toute sa tête et on discutait beaucoup ensemble. Elle était très têtue ».

    Ainsi, elle qui n’a pas d’enfant, tout comme Solange, décide-t-elle en octobre 2014 de lui céder sa voiture, une Peugeot 206 de 1999, d’une valeur de 2300 euros. Un peu plus tard, elle fait de même avec la 106, qui vaut encore moins, de sa sœur. En décembre, Jeanne meurt. « J’ai réussi à retrouver un neveu, à Besançon, et il m’a demandé de m’occuper de tout pour les obsèques. Avec ma femme, on était très triste », se souvient le plombier. En avril 2015, Solange, pensionnaire de la maison de retraite de Gamaches, rejoint pour la troisième fois la même maison que Jeannette : la dernière, l’éternelle.

    Fin de l’histoire ? Non, car les voisins – qui n’ont peut-être jamais pris des nouvelles des vieilles dames – veillent au grain : ils signalent à la maréchaussée les inquiétantes allées-et-venues de Jérôme et sa femme au volant des « somptueuses » Peugeot. On mène l’enquête et le parquet décide de poursuivre, au motif que les deux certificats de cession n’auraient pas été signés par la même personne.

    Le 14 septembre 2017, Jérôme comparaît ainsi devant trois juges du tribunal correctionnel qui se penchent en graphologues amateurs sur les papiers des voitures et conviennent que les signatures peuvent être, ou ne pas être, écrites de la même main.

    Jugement : relaxe. Les voisins auraient mieux fait de regarder la télé…

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !
    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Prière de patienter

    Emmanuelle, 45 ans, arrive tremblante à la barre du tribunal correctionnel d’Amiens, afin de ...

    Misère contre misère

    On aimerait que l’histoire de Jean-François et Lisiane fût un épiphénomène, un accident extraordinaire. ...

    Abus de faiblesse

    Marinette est venue à la barre du tribunal correctionnel comme victime, à 73 ans, ...

    Effet miroir

    Ces quatre jeunes gens ont comme un air de famille. Sept ans séparent le ...

    Une occasion manquée

    C’est un crime minable. Fabrice est mort à 28 ans parce qu’il a tenté ...

    Quand on veut tuer son chien…

    Au tribunal correctionnel d’Amiens, la collégiale du mardi se compose d’une audience à 9 ...