Froufrous et falbalas

    Le 21 octobre 2015, sous le titre audacieux « Le dentiste avait la rage dedans et la main baladeuse », nous rendions compte de la condamnation d’un dentiste du Vimeu pour harcèlement sexuel sur une de ses assistantes, entre novembre 2013 et mars 2014. Au passage, on découvrait que le praticien avait déjà été ennuyé en 2008, lorsqu’une patiente avait révélé sa propension à laisser chuter des cotons dans son décolleté (et à plonger les récupérer). Il avait alors bénéficié d’une abolition du discernement et subi trois mois d’hospitalisation psychiatrique.
    La gendarmerie et le parquet prennent donc très au sérieux le signalement d’une nouvelle patiente, le 15 janvier 2016. Elle explique qu’en janvier 2014, l’homme a caressé le « froufrou de son chemisier », sorte de jabot, le déclarant « joli » ; qu’une seconde fois, en octobre 2015, il a laissé sa main s’égarer sur son mollet, trouvant là encore « joli » son collant ; qu’une troisième, en janvier 2016, il s’est « mis à califourchon » sur ses genoux pour lui extraire une dent, ajoutant ce commentaire : « Alors, vous ne l’aimez pas votre dentiste ? »
    La machine judiciaire se met en branle. Dans un premier temps, le spécialiste des caries doit répondre de harcèlement sexuel. Sauf que, relève le président Manhes, à l’audience du 25 août dernier, il est difficile de lui imputer la répétition des faits puisque c’est la patiente qui, de son propre chef, revenait au cabinet. Le juge d’instruction sort alors l’artillerie lourde : agressions sexuelles ! La procureure Sandretto rappelle que son collègue avait requis un non-lieu et réclame à son tour la relaxe : « Toucher les froufrous et le mollet, à mon sens – et je ne suis peut-être pas assez féministe – ne relève pas de l’agression sexuelle » . Le président intervient : « Savez-vous qu’aux États-Unis, dans le cadre du travail, un homme ne peut toucher une femme qu’au niveau du coude ? Toute autre partie du corps est considérée comme sexuelle ». Sourires…
    Me Ghislain Fay, en défense, conte une histoire plus triste, celle d’un homme presque sexagénaire, frappé d’un chagrin d’amour il y a 40 ans et qui, depuis, est inapte à toute vie sociale (conjugale, on n’en parle même pas). « Il dort encore dans sa chambre d’enfant, il ne vit que pour son métier et, c’est vrai, il peut être extrêmement maladroit » . À ce point que son avocat lui a déconseillé de se présenter à l’audience, dont il sort pourtant relaxé en bonne et due forme. Après une suspension administrative et un passage en commission de discipline de l’ordre, le dentiste a repris ses activités. En dents de scie…
    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !
    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Taille mannequin

    Pour imaginer Arnaud en recruteur d’une agence de mannequin internationale, il faut un gros ...

    Fillette trop grande, l’adoption tourne court

    5 juillet 18 Il n’y a pas que des adoptions heureuses. Celle-ci s’est mal ...

    Broyé par la machine

    Cela fait un moment que la femme parle sans être interrompue. « Mon mari était ...

    Le chœur en toc

    Tout semblait clair comme du papier à musique (le gars qui a créé cette ...

    La vieille dame et l’aide ménagère

    Ce genre d’affaires, avec l’allongement de la vie et l’éclatement des familles, grimpe lentement ...

    Ma pauvre petite juge

    Privilège d’un arrêt maladie qui, je te rassure, lectrice aimée, tire vers sa fin, ...