Grosse colère

    On avait laissé Sébastien, 34 ans, très en colère. C’était pendant le confinement, il comparaissait par visioconférence pour des violences conjugales. Le juge avait choisi de le placer en détention provisoire. Sébastien, qui jurait de son innocence, avait à ce point explosé qu’on avait craint qu’il ne traversât l’écran de la télé.
    Il revient dans le box des accusés au début de l’été. Pas franchement serein mais un peu calmé quand même. Par le truchement d’un interprète en langue arabe, Nareim, sa petite, jeune et jolie femme, réitère ses graves accusations : des violences régulières, des rapports forcés, des humiliations (il lui aurait uriné au visage).
    Sébastien bout, Sébastien monte en pression, Sébastien éructe : « Eh, je ne l’ai jamais frappée, madame la juge. Elle m’a volé 10 000 euros. Elle s’est barrée chez sa sœur à Marseille. Je lui ai tout donné à cette femme. Mais c’était pour les papiers ! Et moi, trop con… Elle dit que je bois alors que je suis devenu musulman ! Les cicatrices, elle se les est faites toute seule. C’est elle qui m’a frappé ! » Très agité, il montre son épaule : « Madame, elle m’a croqué là, ça m’a monté jusqu’au cerveau. Quand je lui demandais pour nin-nin-nin (ndlr : silence gêné) Pour faire l’amour, quoi, elle me disait c’est 60 euros. Eh ! T’es pas une pute ! T’es ma femme ! Le pire, c’est qu’au fond de mon cœur, je l’aime. Même elle, elle m’aime Au début, elle me faisait la maison propre, des bons repas… Ma famille, elle a été au bled. Ils ont vu sa famille, des gens très bien… sauf elle. Eh madame, si vous saviez qu’est-ce qu’ils disent d’elle, au Maroc ! Avec cette histoire, même si je suis libéré, je vais faire un an pour je ne sais même pas pourquoi . (Il se tourne vers elle.) Faut qu’elle le sache. »
    Là, c’est un peu technique. Certes, Sébastien est en détention provisoire depuis un mois, mais la veille de l’audience, le juge d’application des peines lui a signifié la mise à exécution d’une sanction d’un an, prononcée il y a quatre ans, un peu endormie dans les tiroirs de la justice. Même s’il était relaxé ce jour, il resterait en taule.
    Or il est relaxé ! « Faute de preuves suffisantes de violences habituelles sur la période visée. » Sébastien repart entre deux surveillants pénitentiaires. En colère.
    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !
    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Elle l’aime encore

    Lui n’est pas très intéressant. Il a pris jeudi huit mois avec sursis et ...

    Le mari, la femme, l’amant… et le chèque

    Un couple du Vimeu a été condamné pour avoir piégé, violenté et rançonné l’amant ...

    Affaire Kulik. Procès de Willy Bardon

    LES FAITS WILLY BARDON, 45 ANS,  a comparu du 21 novembre au 6 décembre ...

    Un wagon nommé désir

    Dany s’installe à la barre du tribunal comme s’il allait commander un demi-pression, le ...

    L’oisiveté est mère de tous les vices

    Olivier, avec sa boucle d’oreille, ses cheveux courts et son pull noir, fait plus ...

    J moins quatre

    À quoi ressemble le dimanche de Jacky Kulik ? Regarder la pluie tomber sur les ...