À vous de voir

    cour assises amiens somme
    Et débrouillez-vous avec ça !

    La mort d’un enfant, c’est intolérable. On ne peut imaginer que ce crime ne soit pas châtié. Au nom de ce principe, on a assisté cette semaine, à Amiens, à un procès «étrange et dérangeant », selon les termes de Me Stéphane Daquo. Un procès relégué au terme de la session printanière, comme une bouloche de poussière qu’on pousse du bout du pied à l’arrivée des invités dans le salon.

    Le 24 septembre 2000, Kevin a été retrouvé mort dans un petit appartement du boulevard des Fédérés, à Amiens. Ses parents, Cindy et Cédrik, 19 et 25 ans, sont les seuls à avoir pu le tuer. La première ne se souvient de rien sinon qu’elle n’a pas commis l’irréparable et que son compagnon était un violent d’habitude ; le second nie toute implication : il est rentré du bal à 6 heures et il a trouvé son gamin mort à 10 heures, point final. Depuis douze ans, on assiste à une tragique partie de ping-pong : c’est pas moi, c’est l’autre.

    Pendant huit ans, une instruction merdique – c’est dimanche, on se dit tout – a mollement abouti à la présentation des assises, en 2008, de Cédrik pour coups mortels et de Cindy pour non assistance. Le dernier jour, une éducatrice spécialisée a fait irruption dans les débats. Elle aurait entendu des aveux de Cindy, en 2003, aveux que sa hiérarchie n’aurait pas transmis au juge d’instruction, ou que ce dernier aurait égarés… À cause de son témoignage, les jurés ont acquitté Cédrik en 2008. Le parquet a alors pratiqué un exercice de schizophrénie remarquable : d’une main, il a fait appel de la déclaration d’innocence de Cédrik, de l’autre, il a renvoyé Cindy devant six nouveaux jurés, pour répondre du même crime.

    Ces derniers, vendredi, l’ont condamnée à dix ans de prison. En gros, la justice a dit – et redira devant une cour d’appel, d’ici douze à dix huit-mois : «Écoutez, l’un des deux a tué ce gamin, mais aucun ne veut l’avouer. Moi, j’ai fait ce que j’ai pu, et j’avoue que ce n’est pas terrible. Ça fait douze ans que je suis sur le coup. J’ai nommé neuf experts et entendu des dizaines de témoins, même ceux qui se sont découvert une âme de bon citoyen le matin même de l’audience, à la lecture du Courrier picard. Voilà où j’en suis, eincapable de vous dire qui l’a fait. Débrouillez-vous avec ça, vous ne pourrez pas faire pire. »

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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