Aïcha, reine de la procédure

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    De là à se crêper le chignon… (photo Juan Jiménez Martínez sous CC)

    Aïcha fait une victime très crédible, sur le banc du tribunal correctionnel, ce jeudi matin. L’histoire qu’elle raconte donne envie d’embastiller sur le champ Julien, 30 ans, le sale type qui a semé la terreur dans le quartier de la Hotoie, à Amiens, où Aïcha et son compagnon occupent un rez-de-chaussée.

    « J’ai entendu du bruit, se souvient-elle, encore tremblante. J’ai vu deux hommes dont celui-ci (elle désigne Julien) qui volaient les vélos et les trottinettes des petits enfants. Je leur ai dit d’arrêter et de faire moins de bruit. Il m’a insultée. Il m’a dit qu’il pouvait faire du bruit jusqu’à 22 heures. J’ai dit que j’allais appeler la police mais il m’a arraché mon téléphone des mains. Alors mon conjoint est sorti, a voulu récupérer le téléphone mais ce monsieur l’a frappé et a jeté le téléphone. Depuis, il continue à sévir dans le quartier. Je n’ose plus accueillir mes petits-enfants. On pense à déménager », ajoute la dame.

    Ce jour d’octobre 2014, Julien (onze mentions au casier, quand même) en convient, il avait bu et « fumé un pétard ». Ce n’est pas une raison pour charger sa barque. « Le vélo, on l’avait trouvé dans les poubelles. C’est vrai qu’on faisait du bruit mais le téléphone, il s’est retrouvé au sol quand le monsieur m’est tombé dessus. Je l’ai ramassé, croyant que c’était le mien, je me suis rendu compte qu’il n’était pas à moi et je l’ai aussitôt tendu à la dame ».

    « Car elle n’avait rien trouvé de mieux à faire que de se mêler de la bagarre, avec ses petits-enfants !, se pourlèche Me Blondet. Madame dit tout et son contraire. Je vous signale qu’elle a déjà déposé des plaintes à quatorze reprises. Douze ont été classées sans suite, une a donné lieu à relaxe et vous jugez la quatorzième ». Sa consœur Me Serra lui jette un regard noir. « Je sais, c’est bas », concède le malicieux Blondet. Aïcha fond en larmes et quitte la salle. « Elle fait le coup à chaque fois » s’amuse l’avocat.

    Jugement : deux mois avec sursis pour les violences, mais relaxe pour le vol de l’Iphone. L’après-midi même, Aïcha téléphone à la rédaction : « Il n’y a pas de justice, monsieur… Surtout, ne mettez pas nos noms ni nos professions ! »

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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