Aïe Pepito

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    Ce Mexicain, c’est un cas. (Dennis Jarvis sous CC)

    Ils sont comme rabougris sur le banc métallique de la salle des pas perdus de Beauvais. Il est 22 heures. Ils attendent. Depuis trois jours, depuis trois ans, ils attendent de savoir quand ils reverront leur fils dans le coquet pavillon de la bourgeoise banlieue parisienne où ils devraient couler une retraite paisible, que distrairaient des voyages pas chers. C’est la grande force des pensionnés, partir hors période scolaire, puisque les petits sont grands maintenant.

    Sauf que le petit est en prison à Amiens pour viol et violence, et que les voyages, ils prennent invariablement le chemin du parloir hebdomadaire. Ils n’avaient pas rêvé de l’avenue de la Défense passive comme destination de week-end. Et pourtant, qu’ils ont dû en faire, des rêves, quand en 1984, parce qu’elle ne pouvait pas enfanter, ils ont pris le chemin du Mexique pour en revenir avec un frère et une sœur sous chaque bras. La petite venait de rejoindre à l’orphelinat ce frère qui avait déjà vécu trois ans d’une vie dont on ne sait rien. Ce trou est béant. Coupez les racines d’un rosier et essayez de le faire reprendre, même dans le terreau le plus riche ! Et puis il y a cette culpabilité des adoptants déjà croisée aux barres des tribunaux. De quoi ? On n’en sait rien. « C’est vrai que j’ai dû le surprotéger pour compenser la dureté de son enfance et l’adoption, confie la maman. Vous savez, les adoptés, ils demandent beaucoup plus… » A son arrivée en France, l’enfant ne parlait pas. « C’était un sauvage », reconnaît le papa. Comme son nom hispanique était Francisco-Javier, ils l’ont tout simplement appelé François-Xavier sans se douter qu’avec de Saint-Stéban comme patronyme et un visage d’indien, il allait s’attirer les quolibets des autres élèves du collège Sainte-Marie et du lycée Blanche-de-Castille. « Aïe Pepito », à haute fréquence, ça finit par lasser…

    Avec leurs moyens et leur vie de cadre supérieurs, les parents croyaient avoir réservé un avenir rêvé aux deux oiseaux tombés du nid. Avec FX, c’est raté. Il y aura l’alcoolisme, la délinquance puis le crime. En appel à Beauvais, sa peine est passée de 14 à 10 ans.

    Habituellement, le chroniqueur judiciaire fixe l’accusé pour surprendre son attitude à l’énoncé du verdict. Ce soir-là, j’ai regardé les parents. Ils pleuraient, pas de tristesse pour une fois. Je suis rentré à Amiens le cœur léger.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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