Alexandra et Alexandra

    Après un premier volume qui, en 2010, évoquait quelques-unes des plus célèbres affaires du dernier demi-siècle, Matthieu Aron, directeur de la rédaction de France Inter, propose le tome II des «grandes plaidoiries des ténors du barreau » aux éditions Jacob-Duvernet (232 pages, 20 euros). Cette fois, Aron délaisse l’aspect historique des affaires pour s’attacher aux procès qui ont rendu compte d’une évolution de la société ; toutes ces occasions où une jurisprudence a précédé la loi (démontrant au passage que si l’institution judiciaire est sclérosée comme beaucoup l’affirment, que faut-il dire des instances politiques !)

    Actualité oblige, on s’est jeté avec avidité sur la page 99, à partir de laquelle Me Caroline Macary plaide devant la cour européenne des droits de l’homme au soutien d’une mère de famille, Nathalie Joubert, et de sa compagne depuis 1990, Valérie Merle, qui souhaitent que la seconde puisse adopter l’enfant de la première, Alexandra, conçue par une insémination artificielle avec donneur anonyme, pratiquée en Belgique. Me Macary enfourche-t-elle les chevaux des grands principes ? Non. Son génie, c’est de comparer, benoîtement, le sort d’Alexandra Joubert, née le 21 septembre 2000, et celui d’une imaginaire Alexandra Dupond. Valérie Merle ne peut inscrire Alexandra Joubert à l’école, ne peut autoriser à ce qu’elle soit opérée en cas d’accident de la circulation, ne pourra céder ses biens à sa mort qu’après qu’ils seront taxés à 60 %. Si Nathalie Joubert meurt, Alexandra Joubert sera placée : Valérie Merle, qui n’est rien pour elle-même si elle l’élève depuis le premier jour, la regardera partir vers un foyer. Alexandra Dupond, au contraire, née d’une insémination artificielle pratiquée sur Mme Dupond, a été adoptée dès sa naissance par M. Durand. Ce dernier – vous avez compris l’astuce – peut inscrire à l’école, autoriser des soins, léguer ses biens, et élever la petite Dupond en cas de malheur survenu à la mère. Vu comme ça, le raffut autour du mariage pour tous sombre dans l’anecdote, assourdi qu’il est par deux boules Quiès® surpuissantes : le bon sens et l’humanité.

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Ti amo

    Ma douce, ma tendre lectrice, tu vas souffrir cet été, privée de tes chroniqueurs. ...

    Soudain, La Rochefoucauld

    Elle s’appelle Nicole et habite rue Bouillot, «comme une bouillotte mais sans “e” », ...

    Puzzle

    Un procès d’assises, c’est un puzzle. Ne rêvons pas : on n’en détient jamais ...

    La fête des mères

    Il y aurait un livre à faire rien que sur les mères que l’on ...

    Il méritait mieux

    S’il n’y avait les uniformes, on se demanderait qui, dans le box, sont les ...

    La peur des coups

    Le phénomène est méconnu, car pour le souffre-douleur s’ajoute à la souffrance des coups ...