Attention chantier !

    5422454560_f22a435032_o
    Highway to hell.

    Guy est un brave chef d’équipe de la DDE, plus très loin de la retraite. Guy ne comprend pas ce qu’il fait là, à la barre d’un tribunal, huit ans, onze mois et quatorze jours après l’accident du 24 juin 2002, à 13 heures. Il y avait des travaux dans le canton de Roye. Une conductrice s’est retrouvée sur une voie communale. Au croisement avec la deux fois deux voies Amiens-Roye, aucun panneau ne l’informait que la circulation était modifiée. La dame a regardé à gauche mais pas à droite, puisqu’aucun véhicule n’était censé venir de cette direction. Sauf qu’en raison du chantier, la “deux fois deux” était devenue “deux fois une”. L’AX a été pulvérisée par une 306. Marie-Claude est morte. Cette aide-ménagère de 48 ans portait son repas à une personne âgée.

    Le matin du 24 juin a été celui du grand n’importe quoi. Sur un chantier de taille finalement modeste, les aberrations administratives ont réuni quatre entités différentes – les DDE de Roye et Longueau, les entreprises privées SCREG et SPM – sans qu’aucune ne sache très bien où commence et où finit son domaine de compétence. Guy, de la DDE de Roye, avait pour mission “de basculer la circulation après avoir vérifié que tout était bien en place”. À 10 heures, il a constaté que la SPM était en retard. Son chef lui a donc dit de reporter le basculement à 13 heures et de partir sur un autre chantier. Les gars de la SPM ont fini par se pointer, ils ont mis les bouchées doubles et, avec l’aide de ceux de la DDE de Longueau, ont réussi à basculer la circulation à 12 h 30. Ils étaient contents : tout était fini pour la pause casse-croûte. À 13 heures, quand Guy s’est pointé pour faire son travail, donc boucher le chemin communal emprunté par Marie-Claude, cette dernière était déjà morte…

    Comment ce lampiste se retrouve-t-il seul à la barre du tribunal après neuf ans d’instruction ? L’homme simple n’en sait rien, son avocat ne peut le lui expliquer, la partie civile reste coite, le procureur baisse les bras devant “les vides sidéraux du dossier” et le tribunal, comme aux Chiffres et aux Lettres, dit “pas mieux” en le relaxant. Les errements de la justice ont succédé à l’incurie de l’administration : fermez le ban.

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Alors, ça roule ?

    Un fauteuil, certes, mais roulant. C’est le plus sévère des procureurs. L’as des as ...

    Le monsieur doux au sourire triste

    Philippe est un mystère. Il est né en juillet 1957 à Abbeville et a ...

    Toute ressemblance avec une personne existant ou ayant existé…

    Comparaison n’est pas raison. Pendant le procès Bardon, à intervalles réguliers, il nous venait ...

    Miou-Miou était-elle d’accord ?

    Christopher, 27 ans, s’accroche à la barre comme à une rampe de salut. Avec ...

    Elle n’aime pas les fleurs

    Si on laisse faire Sébastien, dans dix minutes, il va se constituer partie civile ...

    Au pays de Candy Crush

    Candy Crush, c’est un petit jeu disponible sur Facebook et les téléphones portables, qui ...