Au ballon !

    Entre Angélique, 37 ans, de Corbie, et un gendarme de Villers-Bretonneux, l’histoire de désamour dure depuis le 21 mars 2012. Ce soir-là, elle est contrôlée à bord de sa Saxo. Le ballon change de couleur : elle est emmenée à la brigade de Villers-Bretonneux où deux autres contrôles déterminent, de peu, une alcoolémie délictuelle. Angélique est invitée à laisser son permis et revenir le lendemain afin de signer le PV. Le jour dit, elle fait remarquer au gendarme qu’il s’est emmêlé les pinceaux dans la rédaction du procès verbal. C’est tout bête : il a écrit qu’Angélique avait été contrôlée à 23 h 30, au lieu de 22 h 30. La meilleure preuve, c’est qu’il écrit qu’elle a été soumise à l’éthylomètre, dans la brigade, à 22 h 50. Le PV, donc toute la procédure, devrait être annulé.

    Selon la conductrice, le militaire lui lance alors : «Ah tu veux faire comme ça ? Tu vas voir qui va le plus emmerder l’autre ! » Du côté des pandores, on affirme que cette phrase n’a jamais été prononcée, mais que la dame, en revanche, s’est montrée «hautaine ». Dans les jours qui suivent, Angélique affirme que le gendarme rend visite à son père et lui explique que le PV, même foireux, est passé comme une lettre à la poste du côté de la préfecture. De fait, Angélique subit une suspension administrative d’un mois. Trente jours plus tard, après avoir subi la visite médicale, elle veut récupérer le papillon rose. Impossible, lui explique-t-on, il est toujours coincé à la brigade de Villers-Bretonneux. Angélique, commerçante ambulante, ne peut plus déambuler. Elle tempête, écrit même au procureur. Elle ne pourra reconduire que le 11 juillet ! Elle menace de porter plainte pour un préjudice économique lié à un abus de pouvoir, ça s’agite mollement et à la fin de l’année 2012, elle apprend… que le gendarme vient de se souvenir qu’elle lui avait proposé 2 000 euros s’il la laissait filer. Elle fait l’objet de poursuites pour corruption active. Le 3 décembre dernier, elle est jugée. Son avocat Me Godreuil plaide la relaxe mais la parole d’un citoyen – c’est la loi qui le dit – ne vaut pas celle d’un agent assermenté. Angélique est condamnée à trois mois avec sursis.

    Le gendarme, atteint dans son honneur, même s’il a mis huit mois à ressentir la douleur, réclamait 200 euros : il a été débouté.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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