Au pays de Candy Crush

    10330149814_866ac92606_b
    Osez dire que ça ne casse pas des briques ! (Alper Çuğun sous CC)

    Candy Crush, c’est un petit jeu disponible sur Facebook et les téléphones portables, qui consiste à aligner trois fruits pour casser des briques. Le machin est addictif. Quarante-cinq millions de personnes y ont joué l’an dernier de par le monde.

    Mi-décembre, Ohran, un Turc de 36 ans, comparaît à Amiens pour des violences conjugales. Quel rapport ? On va vous expliquer. Ohran a serré le cou de sa femme, lui a donné deux baffes et l’a même effleurée de son couteau après une discussion avec son fils. «Il m’a dit qu’il n’avait rien à manger. Elle ne fait rien à la maison. » Et l’homme, patron d’une petite entreprise de bâtiment, en apporte la preuve absolue : «En six mois, elle est arrivée au niveau 350 de Candy Crush alors que moi, en un an, je ne suis qu’au niveau 140. Quand j’ai vu que le repas n’était pas prêt, j’ai voulu lui reprendre l’iphone 5 que je lui avais acheté. » De fait, il l’a fracassé au sol. «J’ai dû le jeter trois fois avant qu’il ne casse», précise-t-il. Il explique encore que son épouse «répète tout ce que sa mère lui dit». Mais leurs trois enfants ont plutôt témoigné en faveur de la maman, confirmant qu’elle subissait des violences «environ cinq fois par an ». Il a d’ailleurs déjà été condamné pour des faits similaires, en 2006 à Cergy-Pontoise. Ohran livre une autre explication : «Ma femme, elle est malade. Elle pète un câble tous les trois ou quatre mois. » Entre une qui pète des câbles et l’autre qui fracasse des Iphones… La dame est plutôt jolie. Un foulard anatolien ne cache pas sa face, façon burqa, mais souligne au contraire l’ovale de son visage. Elle est un peu dodue comme ces pâtisseries orientales qu’elle rechigne à préparer, ne s’exprime qu’à l’aide d’un interprète. «Je ne parle pas le français ; il m’interdit d’aller aux cours. Et puis il ne veut pas que je travaille », s’excuse-t-elle. Du coup, elle s’ennuie ; du coup, elle joue à Candy Crush. C.Q.F.D. Orhan est condamné à huit mois de prison avec sursis, interdiction de retourner à la maison. Elle veut divorcer. Game over.

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Betty doute

    Quand Betty pleure, on a bien envie de la croire. Difficile de voir en ...

    Bon dos

    A entendre Francis, tout vient de son mal de dos. Y compris la posture ...

    Prière de patienter

    Emmanuelle, 45 ans, arrive tremblante à la barre du tribunal correctionnel d’Amiens, afin de ...

    Géographie intime

    On descend du centre-ville plein de certitudes et il suffit d’un procès d’assises pour ...

    Une vie avec sursis

    Souvent, des hordes de collégiens envahissent le tribunal. Dans le cadre de leur stage ...

    Une femme

    Racine et Shakespeare n’arriveront jamais à épater cette jeune femme, croisée et admirée deux ...