Banalité de nougat

    Après avoir passé l’année à vous dégoter des histoires extraordinaires, je choisis pour cette dernière parution de vous emmener dans la plus banale des affaires que l’on peut croiser au tribunal correctionnel (celle-ci a été jugée mardi).

    En août 2012, un jeune homme d’Amiens-Nord se tue sur une moto volée. Beaucoup de rumeurs et d’incompréhension entre sa famille et les autorités transformeront son deuil en nuits d’émeutes, qui furent récemment jugées. Des écoutes téléphoniques sont ordonnées pour identifier les auteurs des dégradations et autres violences sur policiers. Incidemment, les policiers découvrent que le jeune frère, encore mineur, du défunt, a repris son trafic de stupéfiants. On parle de cocaïne, de cannabis et surtout d’héroïne. On y croise le jeune chef d’entreprise, deux cousins qui rabattent la clientèle et recouvrent les impayés, une revendeuse très active, également cousine, et une nourrice, chargée de la tâche la plus dangereuse, celle qui consiste à entreposer la marchandise. En fait, toutes les caractéristiques d’une entreprise commerciale sont réunies: grossiste, magasinier, revendeur, détaillant, commercial. Ça rapporte des milliers d’euros chaque mois, ça tourne tout seul et l’on se demande quand ça aurait pris fin sans le coup de chaud du quartier. Ça tient par l’appât du gain facile, les liens familiaux et – ne rêvons pas, on n’est pas chez les Bisounours – la peur des représailles. Ce qui fait dire à Me Berriah, avocate de la surnommée «Chochotte», qui en garde à vue s’est accusée de tous les maux pour couvrir ses cousins: «Chochotte, elle n’est pas là parce que Chochotte, elle a les chocottes».

    Pierre Desproges parlait d’une «banalité de nougat en plein Montélimar». A chacun sa spécialité…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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