Besoin d’amour

    Un procès pour harcèlement moral au correctionnel, c’est comme un crime passionnel aux assises. On déshabille, on triture, on autopsie. On extirpe les viscères, les tumeurs, les abcès. Et ça pue.

    L’entreprise, communauté humaine, est un être vivant. On l’a encore vérifié la semaine dernière à Amiens où une directrice des ressources humaines répondait de harcèlement moral sur cinq salariés. Dans le genre, on avait déjà donné, quand une école de commerce avait été disséquée sur la table froide de la justice comme le corps de sa salariée qui s’était jetée par la fenêtre du bureau.

    À chaque fois, les dirigeants manifestent la même incompréhension. Le pire, c’est qu’ils sont sincères. Pendant des mois ou des années, des salariés s’isolent aux toilettes pour pleurer ou pour vomir. Le chemin du travail leur devient insupportable. «Je ne pouvais plus physiquement quitter mon lit pour aller là-bas», a témoigné la semaine dernière une secrétaire. Et elle ne semblait pas goûter la grasse matinée…

    Une autre a été retrouvée entre deux armoires métalliques, accroupie, geignant, se secouant d’avant en arrière. Celle-ci explique que lors des orageuses réunions avec sa supérieure, elle était «anesthésiée. À la fin, je n’entendais plus rien». Ces victimes disent les enfants qu’elles ne supportent plus, les conjoints qui ne comprennent rien à leur angoisse et qu’elles prient de penser à autre chose à l’heure des câlins. Et ceux que le talent, la chance ou la flagornerie ont placés à leur tête, n’en reviennent pas : «Je n’aurais jamais pu imaginer…»

    Des études très sérieuses le disent : le Français, malgré sa réputation de ramier, est celui qui investit le plus affectivement son travail (OK, quand il en a un…) Les Anglo-Saxons, par exemple, en ont une vision plus utilitaire. C’est à leurs yeux une occupation qui, en échange de quelques heures de leur temps, permet de toucher un salaire. Le Français, lui, voudrait qu’on l’aime et qu’on le lui fasse savoir. Et puis quoi encore ?

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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