Bon dos

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    Quant à l’épouse, elle était priée de faire le dos rond… (Jae C. sous CC)

    A entendre Francis, tout vient de son mal de dos. Y compris la posture guère respectueuse de ce routier retraité, vêtu d’un marcel comme aux plus belles heures de Max Ménier, qui s’affale sur la barre du tribunal comme au coin d’un zinc.

    Le dos, il a bon dos. Surtout quand Francis justifie ainsi sa consommation quotidienne d’alcool (« au moins un litre par jour », glisse sa compagne Marie-Paule). « Je bois surtout quand ses enfants sont là. Je ne les supporte pas. Surtout quand j’ai mal au dos… », détaille Francis.

    Son autre obsession, c’est l’argent. S’il ne parle plus à ses cinq enfants, « c’est qu’il n’en ont qu’après mon argent ». Et si le fils et la fille de Marie-Claude voient d’un mauvais œil cette idylle naissante entre deux sexagénaires, c’est « à cause de l’argent ».

    Le 20 avril 2016, le fils de Marie-Claude est arrivé en urgence dans la maison d’Aizecourt, à l’est de la Somme, où Francis persistait à s’incruster. Il avait frappé Marie-Claude, coupable d’avoir voulu rompre, et l’avait menacée d’un couteau avant de retourner l’arme contre lui. « Mais il la tenait du mauvais côté, on voyait les dents », se souvient-elle.

    Quand son dos et son porte-monnaie lui laissent quelque répit, Francis peut être un grand sentimental : « Elle m’a donné plus de bonheur en neuf mois qu’en vingt ans de mariage. Je préfère me tuer que de vivre sans elle ». Depuis, « elle ne parle plus à ses enfants et on est rensemble (sic) » tient-il à informer le tribunal.

    Au fait, d’après Francis, si le fils a porté plainte, « c’est que pour l’argent ». Le président vérifie ses notes : « Mais il n’a rien demandé en partie civile ! »

    Jugement : six mois avec sursis.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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