Bonne fête papounet

    Andres Oliva
    Tatoo gravé mais t’as rien compris. (Andres Oliva sous CC)

    Il n’est venu que contraint et forcé. Depuis la veille, son fils Thomas répond devant la cour d’assises de l’Oise de coups mortels mais Jean-Marie, retraité de la Poste et fan de Johnny, n’avait pas perçu l’intérêt d’assister au procès, tout comme, depuis quatre ans, il cherche en vain l’utilité de lui rendre visite en prison : « J’aime pas aller là-bas. J’aime pas me sentir enfermé ». Sandrine Makarewicz, avocate de son gosse, lui fait remarquer que personne ne se rend le sourire aux lèvres à la maison d’arrêt.Thomas, mais aussi sa sœur et son frère aîné, ont révélé qu’il fut un père ultra-violent. « Ils mentent », rugit-il. Et un mari cogneur ? « Jamais ! Une fois, j’ai failli mais je l’ai ratée ». Et alcoolique ? « C’était pas tous les jours quand même. Je ne serais jamais rentré à la Poste, sinon. Et j’avais les clefs, hein ! » Il est abstinent depuis treize ans, c’est plutôt à son honneur mais il gâche cette chance de faire bonne impression. « Je me suis soigné parce qu’on m’a forcé. »

    Il a mis son fils à la porte quand il avait dix-sept ans. « Dix-huit, nuance-t-il. Il rentrait à des heures pas possibles. C’est un peu facile… Une fois majeur, il fait qu’est-ce qu’il veut. » Il fait surtout la manche, et des conneries qui l’envoient en prison. « Ca fait douze ans que je le défends, je n’ai jamais vu ses parents, je le connais mieux qu’eux » se révolte Maka. « Pourquoi que je vous verrais », s’étonne Jean-Marie. C’est vrai, ça, pourquoi ?

    Son gamin s’est fait tatouer sur le bras « Papa je t’aime ». Pourtant, quand son père est venu témoigner, il a demandé à quitter le box des accusés, tout comme sa sœur s’est sauvée de la salle d’audience. Lui, il reste droit comme un i, pétri de certitudes imbéciles et d’un égocentrisme exaspérant. « Moi », « je », « moi je » : il n’a que ça à la bouche. Même quand on lui demande l’âge de son fils, il le calcule à partir du sien : « Attendez… J’ai 65 ans, donc il doit en avoir 33 ».

    Ira-t-il enfin au parloir comme l’y exhortent tous les avocats, même le général ? « Non ! Je ne vais quand même pas aller lui dire je t’aime ! »

    Quand il sort du palais de justice, il prend la peine de menacer sa fille, tendant un doigt vengeur : « Qu’est-ce que t’as eu besoin de parler ? Tu vas voir, je vais te dénoncer à la CAF ». Elle fond en larmes : « Mais assume enfin ce que tu nous as fait ! »

    Joyeuse fête des pères, espèce de salopard.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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