Ça aurait fait un joli couple

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    La bien nommée danse du ventre. (Krisztina Konczos sous CC)

    Quand la tradition se fracasse sur Facebook, ça donne Mohamad, 25 ans, convoqué devant le tribunal correctionnel pour des violences, des appels téléphoniques malveillants et des menaces à l’encontre de son ex-petite amie.

    Qu’il devait être beau, ce couple ! Lui, Libanais, élégant, tout en négligé chic ; elle, d’origine marocaine, des yeux de biche, des traits fins, longs cheveux en vague sur un strict tailleur noir. Ils se sont connus sur Facebook et retrouvés sur les bancs de la fac à Amiens. Pendant un an, ils étaient ensemble, dans les limites de la décence qui voulait à leurs yeux que ne fût jamais franchie la barrière des câlins et des bisous. Puis elle a commis l’irréparable. Danser nue dans une boîte borgne ? Prendre une carte fidélité chez un grossiste en sex-toys ? Multiplier les amants ? Oh non… Elle a créé un second compte Facebook pour converser de manière innocente avec l’un de ses ex-copains. Et le pire du pire : annoncer à Mohamad, jaloux comme un coq, que c’était fini, qu’elle ne voulait plus d’un homme qui «ne respecte pas la femme en général ».

    Il lui a tout fait : gifle, menaces, harcèlement, intrusion violente dans ses cours de fac, coups de téléphone pour abreuver ses oreilles de lectures de versets coraniques. Lors de la confrontation au commissariat, il l’a traitée de «pute » et s’est justifié : «Dans notre religion, une fille comme elle, ça ne mérite pas la vie. » À la barre, il ne comprend toujours pas : «On avait un plan de vie ensemble, on devait se marier, on l’avait juré sur le Coran. Pour moi, elle m’a trompé. Je lui avais quand même fait pour 1500 euros de cadeaux ! » Comble de l’élégance : il a ouvert des comptes Facebook au nom de la jeune fille. Il lui a fait tenir des propos olé-olé et a diffusé une photo d’elle prise dans son sommeil où elle apparaît – ô impudeur – une épaule dénudée. Il justifie : «Comme ça, personne n’aurait plus jamais voulu se marier avec elle. »

    Il prend 8 mois avec sursis, hoche la tête, incrédule : «Vous comprenez, c’était mon premier amour… » Fallait le dire plus tôt ! En fait, ça n’a rien à voir avec la religion ni avec Facebook. C’est vieux comme le monde ! Cher Mohamad, on te le confirme : ça fait très mal, et mauvaise nouvelle, ça ne passera jamais.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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