« Ça aurait mal fini »

    Des clients comme Thomas, les gendarmes n’en rencontrent pas tous les jours. Ceux de Corbie se souviendront du 18 décembre 2012, quand un jeune homme de 22 ans s’est présenté à eux pour leur expliquer qu’il se droguait à l’héroïne et avait même commencé à en revendre pour financer sa consommation.

    Thomas, père d’une petite fille, avait pour fournisseur Jonathan G., un petit caïd à l’échelle corbéenne, lequel faisait ses emplettes à Amiens-Nord. Quatre fois, Thomas a revendu, à un seul client. La cinquième, il a commis l’erreur fatale : consommer ses 400 euros de poudre plutôt que de sagement en céder une partie. Le problème, c’est que ce milieu pratique le crédit aux toxicos plus facilement qu’une banque ne finance les projets des PME. Thomas devait les sous à Jonathan, lequel était en compte avec les gens du nord (pas ceux qui ont dans le coeur le soleil qu’ils n’ont pas dehors…) Thomas en tremble encore : «Les fournisseurs étaient du bloc 5. On payait 100 euros la boule de 5 grammes. Les noirs, ils ne font pas de quartier. J’ai eu peur qu’ils viennent se payer. Je n’arrivais pas à m’en sortir. Ça aurait mal fini… »

    C’est si vrai que Jonathan, paniqué, entreprend de vendre sa propre voiture pour couvrir la créance, mais Thomas en a marre de tout ce cirque. Sa femme travaille. Lui, orphelin depuis quelques années, il vivote, et à ce titre amène chaque jour son petit chez la nounou. Il se confie à elle, qui doit se demander qui elle est censée materner. Dans le quartier nord, une nourrice est le sous-fifre chargé de planquer la drogue. À Corbie, heureusement, c’est aussi une bonne mère pleine de bon sens. Cette dernière remet Thomas dans le droit chemin, celui de la brigade territoriale. En garde à vue, Jonathan menace de mort son accusateur, il tente même de lui taper dessus. Ce dernier tient bon. Depuis le 18 décembre, il tourne au Subutex, «et aussi un pétard de temps en temps, je vous le dis honnêtement ». Il est condamné à trois mois de prison avec sursis ; Jonathan G., absent à la barre, en prend pour dix mois ferme.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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