Ça fait cher la plaquette

    Un dealeur qui appelle la police, c’est peu commun. L’Amiénois Mehdi savait très bien ce qu’il faisait quand il a contacté le commissariat, le 20 décembre 2016. John, Geoffrey et Morgan (qu’il a connu en détention), trois Beauvaisiens d’une vingtaine d’années, venaient de lui «carotter» une plaque de 100 grammes de résine de cannabis. «On n’a jamais eu l’intention de le payer», reconnaît John.

    (Retinafunk sous CC)

    Mehdi peut-il décemment porter plainte pour escroquerie? Non, alors il va servir un roman aux fonctionnaires, selon lequel, autour d’une sombre histoire d’échange de voitures, il a été frappé, séquestré et convoyé de force jusqu’à la capitale de l’Oise. Certes, son récit souffre d’incohérences; certes, il est démenti par les caméras de surveillance d’Amiens Nord (exceptionnellement pas caillassées); certes, Morgan remet spontanément la plaquette de shit, mais lui et John comptent 15 et 16 mentions au casier judiciaire: ils sont placés en détention provisoire le 21décembre 2016 et n’en sortiront que le 4septembre 2017, à la veille de leur procès (Geoffrey, lui, a été laissé libre mais il est parti en prison pour une autre cause entre-temps). Au fil des mois, le juge d’instruction fait son boulot et il ne reste plus, dans l’accusation, que la consommation et la détention de stupéfiants. Dans quelques mois, ce ne sera peut-être même plus un délit!

    «Je devais me marier le 2 septembre, évidemment, c’est remis…» grimace John. Morgan a perdu son emploi de pizzaïolo et son logement dans l’histoire. Il s’apprêtait à passer son permis l’an dernier. Tout est à recommencer. Très honnêtement, il reconnaît qu’il a continué à fumer des pétards en prison. «Par contre, depuis 24 heures que je suis sorti, ça ne me manque pas. Dehors, je suis actif, c’est plus facile d’arrêter

    «Mehdi, c’est le plus malin! s’exclame l’avocat Marc Blondet. Il a vu venir ces trois gros malins. Eux, ils sont les dindons de la farce.» Finalement, Geoffrey écope d’un mois avec sursis: John et Morgan de trois mois ferme. Il en va ainsi de la détention provisoire: la peine prononcée par les juges est de cinq mois inférieure à celle effectivement purgée. Seules les personnes totalement blanchies après avoir été détenues ont droit à une compensation financière. Ce n’est pas le cas des deux Beauvaisiens. Ils l’ont payée cher, leur plaquette à 500 euros…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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