Caché ou cassé ?

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    On se croirait à une soirée techno… (www.audio-luci-store.it sous CC)

    Ce n’est pas sa faute. Parmi tous les sdf qui hantent nos rues, Didier est reconnaissable à sa carrure. Il n’arbore pas la maigreur maladive de ses compagnons d’infortune mais plutôt la ronde et massive silhouette d’un homme de 49 ans nourri aux allocations. Sa peau est tannée par le grand air et l’alcool, ses cheveux encore bruns deviennent clairsemés. Il porte un incongru sweat-shirt vert fluo. Très nerveux, il danse d’un pied sur l’autre. On se croirait dans une soirée techno…

    Didier fait peur. Le ramage est aussi inquiétant que le plumage de cet habitué des ruelles amiénoises. Ce jour-là, il comparaît pour deux délits qui feront un compte rond à son casier, puisqu’il compte avant l’audience dix-huit condamnations. Le 4 mars 2015, place Gorlitz, il s’est allongé sur une banquette de bus et a insulté les autres usagers. Quand les contrôleurs sont intervenus, il a balancé un coup de pied à l’un d’entre eux puis s’est allongé dans les arbustes jusqu’à l’arrivée des policiers. « Bon, j’avais bu trois ou quatre bières, avoue-t-il. J’étais fatigué, j’avais mal à ma jambe, mais je crois aussi que les autres, ils ont voulu faire un peu de zèle ».

    Le 31 mars, il se pointe dans une jolie pâtisserie du centre-ville, presque en face de la mairie. « J’avais perdu mon briquet. J’ai gentiment demandé du feu ou un euro trente », retrace-t-il. Pourquoi un euro trente ? Quelle est cette unité de mesure ? Pourquoi pas un ? Ou deux ? Passons… Evidemment, Didier est invité à quitter le royaume des babas et religieuses. « Ils m’ont pris pour un con », résume-t-il. Il casse donc à coups de pied la porte vitrée (préjudice : 502.85 euros). Didier vit en foyer, à La Passerelle. « Là-bas, il y a des gens qui sont malheureux et qui boivent. Et moi, je suis tenté. » Il a travaillé, il y a longtemps, « dans une usine de carton, à Doullens. Les trois dernières années, ils m’ont fait plein de piqûres ».

    Didier a un cheveu sur la langue. Du coup, quand il dit : « L’alcool, z’m’en sers pour casser mes angoisses », on ne sait pas s’il les cache ou les casse.

    « Il n’a sa place ni en hôpital psychiatrique, ni en prison », plaide son avocat. Le juge refuse de choisir : il colle à Didier trois mois ferme mais ordonne la confusion avec un jugement de mai dernier.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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