Carpate blues

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    Pourtant, ça a l’air beau, les Carpates… Pourquoi veulent-ils tous s’en carapater ? (Gabriel sous CC)

    On l’a convoquée, alors Geneviève est venue. Consciencieusement.

    Le 5 décembre 2014, elle ne s’est absentée de son habitation amiénoise « que deux heures, pas plus. Je crois bien qu’il me surveillait… » Lui, c’est Costel, 22 ans, natif de Turnu Margurelle en Roumanie, officiellement sdf à Lille. La dame s’est bien habillée pour ce rendez-vous avec la justice. Elle tient son sac à main sur ses genoux. On n’est jamais trop méfiant… Costel, on ne sait pas à quoi il ressemble vu qu’il n’a pas répondu à sa convocation. Geneviève a retrouvé sa maison sens dessus dessous. Elle a déploré le vol de flacons de parfum, de tubes de cosmétique et surtout d’une chaîne en or. « Je la possédais depuis 1977. Elle avait une valeur affective » : on n’en saura pas davantage. Des parents depuis disparus ? Un mari ? Un amoureux ? L’or se vend au poids mais parfois s’avère lourd de sentiments fondus.

    Les policiers ont été appelés. Ils ont fait leur travail. Consciencieusement. Sur la boîte à bijoux, ils ont retrouvé une trace digitale. L’empreinte a été envoyée au labo qui en a déterminé le propriétaire : Costel, pas encore condamné mais déjà fiché. Un jour, les policiers de Cambrai l’ont interpellé en flagrant délit de vol. Ils se sont rendu compte que les parquets d’Amiens et de Laon le recherchaient, alors ils ont joint les affaires. Pavel a d’abord juré qu’il était étranger à ces délits puis, placé devant l’évidence d’une empreinte digitale, a servi une belle histoire : il était venu à Amiens chercher du travail – du travail ! à Amiens ! c’est l’excuse la plus bidon qui se puisse concevoir ! – quand des amis l’ont subitement informé que son grand-père, au pays se mourait. Il lui fallait impérativement trouver de l’argent pour se carapater aux Carpates. C’est ainsi qu’il a échoué chez Geneviève. Le procureur l’a alors convoqué devant le tribunal mais l’a remis en liberté. Consciencieusement.

    Le jour dit, on a convoqué une interprète, que le contribuable a rémunérée jusqu’à ce que l’absence du prévu fût constatée. Le parquet a requis, les juges ont jugé : quatre mois avec sursis, quelques euros pour une victime qui n’en verra jamais la couleur. Et Geneviève est repartie. Tristement.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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