Cause toujours

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    Relever une peine maximale encourue, c’est comme être généreux avec les sous des autres… (photo Fondapol sous CC)

    Parce que les policiers défilaient sous les fenêtres de Mme Taubira, Manuel Valls a décidé mercredi que « les peines encourues pour acquisition, détention ou cession d’armes de catégorie A et B, c’est-à-dire les plus lourdes, seront portées de trois à cinq ans d’emprisonnement ».

    Là, permettez au chroniqueur judiciaire – pas le plus mal placé pour parler de la justice – de doucement se marrer. Les décisions à l’emporte-pièce sous la pression de l’actualité, c’est justement ce qui horripilait des magistrats aux avocats en passant par les greffiers du temps de Nicolas S. Pas forcément parce que des armées de juges rouges rêvent d’une société laxiste. Plus prosaïquement parce qu’ils savent toutes ces mesures, prises par des petits caporaux en claquant du talon (ou de la talonnette ?) rigoureusement inapplicables.

    Le dénommé Nicolas, au début de son mandat, avait réussi l’exploit, dans le même temps, d’aggraver les peines encourues et de permettre d’aménager les dites peines – en clair de ne pas envoyer les gars en prison – dès lors qu’elles ne dépassent pas deux ans ferme.

    On ne va pas se mentir : non seulement il serait impossible de gérer les maisons d’arrêt si les peines maximales étaient prononcées et appliquées, mais il serait tout aussi illusoire d’imaginer que les jugements rendus, simplement, fussent suivis d’effet. Oui, ces arrêts et verdicts qui emplissent nos colonnes, c’est du vent, du pipeau dès lors que le malfrat aura transité par le bureau du juge d’application des peines. En dessous de deux ans, donc, on peut aménager. Au-dessus, on déduira des réductions de peine, des bons points pour conduite exemplaire et des images pour participation au club macramé. Puis, au milieu du séjour, si tout va à peu près bien, le détenu sortira en semi-liberté, ou sous bracelet électronique. Pourquoi ? Parce que les prisons sont archi pleines et qu’elles sont, par manque criant de moyens, la meilleure école de la récidive qu’on puisse imaginer : on y croupit plutôt qu’on s’y redresse.

    La voici, la réalité, brute et dérangeante. Heureusement, il y avait cette semaine un Premier ministre pour porter une peine maximale encourue à cinq ans. Il aurait pu dire cinquante, ou cinq cents…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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