Ce n’est pas une excuse

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    Pourvu que ça ne passe pas sur FR3…

    Aurélien et Dany comparaissent aux assises pour une série de braquages. Ce ne sont pas des génies. Ils ont commis leurs méfaits dans un rayon de cinq kilomètres autour de leur cher quartier d’Amiens nord. Et Aurélien a même été capable d’abandonner sur une scène de crime un tee-shirt portant son nom brodé sur le col. Depuis Coluche en inspecteur La Bavure, on n’avait pas fait plus grotesque. N’empêche qu’ils ont pointé des braves caissières avec des armes à feu…

    Ce qui les rassemble, c’est une autorité familiale réduite à sa plus simple expression. Ils sont nés par accident. «On a fait une bêtise et puis voilà» : les joies de la maternité, vue par Monique, la mère de Dany. Monique, c’est la démission faite femme, sans qu’on ne veuille l’accabler tant elle semble marquée par la vie. Elle ne sait même plus quand Dany a quitté l’école. Quand il a été convoqué devant le juge des enfants pour vol aggravé, elle ne l’a pas accompagné. “J’aime pas trop ces trucs-là”, justifie-t-elle. Tout ce qu’elle sait dire, c’est qu’à la maison, il était “calme, poli” et que “quand il sortait, je n’étais pas avec lui”. L’a-t-elle averti qu’il ne fallait pas voler ? “Oui, mais il m’a dit qu’il avait le droit, alors…”

    Dans le genre, la génitrice d’Aurélien n’est pas mal. Grâce aux écoutes, on a retracé sa dernière conversation avec son fils, quand ce dernier l’informe que les policiers sont descendus et ont placé l’appartement sous scellés. Voilà une mère qui apprend – si vraiment elle l’apprend – que son fils a commis des braquages et va partir de longues années en prison, or par quoi est-elle intéressée ? “Dis que c’est pas vrai, invente des trucs, dis que ta mère elle était à l’hôpital”. Et puis encore : “Oh là là, qu’est-ce qu’ils vont dire l’OPAC ? Comment je vais faire s’ils ont cassé la porte ? Et ça va passer dans le Courrier picard… Pourvu que ça ne passe pas sur FR3…”

    Chez ces gens-là, on pense à sa peau, d’abord et avant tout. La fibre maternelle a les traits bleu et blanc du logo de la CAF. Ce n’est pas une excuse, d’accord, juste un début d’explication.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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