Ce plat qui se mange froid

    6141556518_4b3357882f_b
    Toi, quand tu as réalisé qu’elle était au courant pour cette histoire qui “chérie, n’est absolument pas ce que tu crois”. (Markus sous CC)

    Une femme trompée – ou qui croit l’être – c’est un objet instable et dangereux, quelque part entre la bonbonne de TNT et le baril de poudre.Barbara et Bertrand ont vécu plus d’un an ensemble, dans le Vimeu. Leur union était chaotique. « Avec les enfants, ça ne se passait pas bien », a-t-elle reconnu devant les gendarmes, ne masquant rien de ses problèmes personnels : « C’est vrai qu’à l’époque, je buvais deux litres de vin blanc par jour ».

    En 2014, elle décide de se soigner. A sa sortie de clinique, elle croise une de ses meilleures copines qui, quasiment dans la même phrase, la félicite sur sa volonté de s’engager sur la voie de l’abstinence et lui apprend qu’elle et Bertrand filent le parfait amour.

    Ça ne plait pas à Barbara. Ni une, ni deux, elle envoie un texto à l’employeur de Bertrand, le patron d’une fonderie d’aluminium sise à Fressenneville : « Monsieur, je tiens à vous signaler que Bertrand et son collègue Sébastien vous volent tous les samedis et qu’ils revendent l’alu chez Abrafer à Dieppe ».

    Plainte est déposée et l’on vérifie qu’en effet, Bertrand, 42 ans et son collègue Sébastien, 39 ans, ont cédé du métal au dit-récupérateur.

    C’est ainsi que les deux hommes sont traînés au tribunal, début septembre. Le second est absent mais Bertrand compte bel et bien se défendre : « Je n’ai jamais rien volé ! C’est le patron qui, devant les déchets qui s’accumulaient, nous a dit « Démerdez-vous avec ça ! » C’était une sorte de récompense parce que j’avais fait beaucoup d’heures pendant le déménagement de l’usine. Franchement, si j’avais volé, vous croyez que je l’aurais fait avec mes vêtements de travail, dans une camionnette de l’entreprise et en donnant mon nom au récupérateur, qui me faisait des chèques que je versais sur mon compte ? »

    On apprend au passage que Sébastien, responsable de production, a démissionné en 2013. Bertrand, le directeur du site, a été licencié en décembre 2014, directement après le texto vengeur de Barbara. Depuis, il s’oppose aux prud’hommes avec son ancien employeur, qu’il accuse d’avoir « sauté sur l’occasion » pour le virer.

    Dans un délibéré rendu le 28 septembre, les deux hommes ont été condamnés à trois et quatre mois avec sursis. Ils devront verser 2500 euros à la partie civile, leur ancien PDG. C’est Barbara qui doit se marrer…

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    “Un gros porc dégueulasse”

    C’est une jeune Amiénoise de 18 ans, en apparence toute sage, presque timide, qui ...

    Friday on my mind

    C’est un jour comme les autres au tribunal d’Amiens, sauf qu’on est vendredi. Dès ...

    Un vrai calvaire

    Le gendarme a eu cette phrase : « Il a fallu que ce soit le Christ qui ...

    Des jours où rien ne va

    C’est le genre d’audience où rien ne va. On doit juger Sofiane pour une ...

    Point final

    Ca tient presque de l’exploit : passer trois jours sur la mort d’un homme et ...

    Un chagrin d’amour

    La dame a pris la peine de nous appeler au lendemain du verdict, dans ...