Chargé comme un terrain de manoeuvres

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    Le voleur était au parfum. (darwin figueroa sous CC)

    Le palais de justice est souvent l’annexe de l’hôpital psychiatrique. Certes, selon un vieux principe, en France, on ne juge pas les fous. Encore faut-il que la faculté ait décrété que vous n’avez plus les vôtres (de facultés), ce qui s’appelle officiellement « l’abolition du discernement ». En revanche, la masse innombrable des demi-zinzins n’a droit qu’à «l’altération du discernement », qui réduit sa peine mais n’exclut pas sa condamnation.

    Illustration par l’exemple de Mehdi, 28 ans, condamné à cinq mois ferme lundi après-midi, pour un vol commis le 27 décembre à Abbeville. Il a glissé dans sa poche un flacon de parfum One Million d’une valeur de 71 euros. Le personnel de Nocibé et les policiers le connaissent tellement bien qu’il a été interpellé avant de faire pschitt. Mehdi est reconnu handicapé mental, ce qui lui vaut une allocation mensuelle de 700 euros. «Il est dehors depuis ses 14 ou 15 ans », témoigne son avocat Jérôme Crépin, qui convient également que «depuis sa majorité, il vit essentiellement en maison d’arrêt » (le casier judiciaire de Mehdi compte 18 mentions). Après avoir consommé du cannabis, de l’ecstasy et de l’héroïne, il tourne actuellement au Subutex, au Valium et à quelques autres cachets et solutions injectables dont il a oublié le nom. «Il est chargé comme un terrain de manoeuvres », résume Me Crépin.

    Aux policiers, Mehdi a expliqué qu’il volait parce que sa «tutelle ne lui versait que 50 euros par semaine ». De fait, comme il n’était sorti de prison que le 14 novembre, son allocation était encore minorée à 234 euros. Lundi, il soutient qu’il était victime d’un racket : «Ils menaçaient deme tuer et de tuer ma grand-mère. Ils m’ont pris 500 euros, une chaîne et une montre. Ils m’avaient dit de piquer un parfum et de le leur amener au McDo. » On convoque son référent à l’association tutélaire : «Je ne l’ai jamais vu, il est toujours incarcéré », reconnaît le brave homme qui émet néanmoins une suggestion : «J’en viens à medemander s’il n’y a pas chez lui la volonté d’être encadré, et c’est le cas en détention. Car l’hôpital psychiatrique n’apporte pas de réponse sur la durée. » La prison au secours de l’hôpital ! On aura tout entendu ! Sachant que la pénitentiaire et la psychiatrie souffrent à peu près du même manque criant de moyens.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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