“Chez nous c’est comme ça”

    christine vaufrey
    Bleu. Sans filtre. (photo christine Vaufrey sous CC)


    Tony (un autre !) est prévenu d’avoir commis un vol avec violence en mai 2008. De l’ADN retrouvé sur le lieu du crime semble le trahir. Pour se justifier, il va enfiler à l’audience de jeudi tous les poncifs imaginables sur les gens du voyage, communauté dont il fait partie.

    Le sang maculé sur un rideau a selon lui été transporté par une lame de couteau qui s’était enfoncée dans sa cuisse le jour même, lors d’une bagarre avec des Roumains, à Lens. “Vous savez, chez nous, quand on se bat, on se bat vraiment. C’est pas de la petite bagarre. Sauf le respect à madame le procureur, je lèverais ma chemise et vous verriez. Des cicatrices, j’en ai partout.” N’aurait-il pas pu porter plainte le jour du coup de couteau ? “Des bagarres, j’en ai fait des dizaines. Chez nous, on n’est pas du genre à aller voir la police.” On en vient à son train de vie. Il doit justifier de revenus confortables. “C’est à force de travail”, se rengorge-t-il. De l’élagage, du jardinage, de la ferraille. Pas déclarés, évidemment. “Chez nous c’est comme ça.”

    Son épouse ne pouvait selon Tony rien savoir de l’origine frauduleuse des fonds. “Chez nous, c’est comme ça, les femmes ne posent pas de questions. On leur donne l’argent pour les courses mais pour le reste, elles n’ont pas à savoir.” Tony parle de prêts reçus en liquide au sein de la communauté. “Chez nous, on est très solidaire.” Il évoque aussi une dette d’honneur. “Quelqu’un avait manqué de respect à ma fille. Chez nous, c’est comme ça, il n’y a pas de police, pas de tribunal, on règle ce genre de problèmes entre nous et j’ai été indemnisé.”

    Chez nous, chez nous : il n’a que ces mots à la bouche. Considérer quelqu’un non pour ce qu’il est mais à partir des idées reçues sur sa communauté: c’est la définition de la discrimination, sauf que dans le cas de Tony, c’est de l’auto-racisme ! Pour autant, lui aussi est capable de xénophobie quand il évoque ces fameux Roumains qu’il ne voulait pas voir tourner autour de chez lui, “parce que les Roumains, ils volent les enfants pour les revendre. Les Roumains, ils seraient capables de tuer leur mère pour manger”.

    On est toujours le Roumain d’un autre…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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