Comme des arracheurs de dents

    Quatre hommes comparaissent et écoperont de prison ferme. L’un conduisait une camionnette que les policiers ont eu bien du mal à intercepter, avec à l’intérieur 186 kg de résine de cannabis. Les trois autres, à bord d’une Golf, ont servi d’escorte sur l’autoroute.

    Tout accable les petits gars. Pourtant, ils se veulent plus forts que l’évidence. On demande au chauffeur de la camionnette comment la drogue s’est retrouvée dans son coffre. Plein de bonne volonté, il détaille : «Je me suis arrêté sur une aire de repos pour satisfaire un besoin naturel. Là, un gars que je ne connaissais pas est venu vers moi. Il m’a dit qu’il me connaissait d’Amiens et qu’il était embêté parce que sa voiture, une Nissan verte, était en panne. Or, il déménageait. Il m’a demandé si je pouvais lui prendre quelques cartons. Comme j’ai dit oui, il a vu qu’il y avait de la place dans le C15, alors il me l’a emprunté pendant trois quarts d’heure pour ajouter d’autres cartons. Moi, je l’ai attendu. Je vous jure, je n’avais aucune idée de ce qui se trouvait dedans ».

    Les trois autres, la main sur le coeur, affirment qu’ils ne sont allés en région parisienne que pour faire les soldes. La présidente leur fait remarquer qu’ils n’avaient pas un rond sur eux, et pas davantage de paquets-cadeaux dans la Volkswagen. Sans rire, l’un explique qu’il n’a «rien trouvé », le deuxième que «c’était juste pour voir s’il y avait des trucs intéressants pour y retourner après avec ma femme » et le dernier qu’il a «acheté une paire de baskets, mais comme les anciennes étaient vraiment trop usées, je les ai laissées sur place ». On a repéré deux des occupants de la Golf justement dans le C15, dans un Mc Do de Flins. Que dire à ça ? «C’est un gars que je ne connais pas qui m’a proposé 1 000 euros pour déplacer sa voiture de 150 mètres. » Le tout est énoncé sérieusement, avec des accents de sincérité dignes de l’Actor’s studio. Le tribunal est alors un théâtre. Ils mentent, les juges et leurs avocats savent qu’ils mentent, ils savent que les juges et les avocats le savent et pourtant, ils diront leur rôle jusqu’au bout, sans bégayer. C’est la loi de leur milieu, la règle de leur genre.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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