Comme un lundi

    C’est la première audience de comparution immédiate de la semaine. On déguste les restes du week-end. Philippe, 42 ans, s’est fait attraper sans permis avec 1,7 gramme d’alcool dans le sang le samedi 11 janvier en début de soirée. Les gendarmes l’ont coincé à Flixecourt. Il explique qu’il s’était levé à 4 heures du matin pour travailler en 3/8 et qu’à 18 heures, avec sa femme et sa fille, il s’est rendu aux vœux du maire de son village. Il aurait vidé huit coupes d’un cocktail à base de crémant. Son problème, c’est qu’il a déjà été condamné quatre fois pour des conduites en état alcoolique. « C’est festif, quand des copains viennent à la maison. Jamais la semaine : je travaille», tempère-t-il. Il sent, mieux que son avocate commise d’office, que ce boulot, denrée si rare dans le box des accusés, constitue sa planche de salut. La présidente demande à Philippe ses horaires. Le quadragénaire aux cheveux blancs se penche vers le gendarme qui l’escorte : «Je crois que c’est bon, ça”.

    Aurélien avait tisané encore davantage le même soir : 2,20 grammes. Certes, il circulait à pied mais les policiers l’ont coincé alors qu’il mettait le feu à des poubelles dans un hall d’immeuble, rue Stendhal, à Amiens. “Je ne sais pas pourquoi. En plus, j’habite juste à côté, explique – ou plutôt n’explique pas – cet homme de 38 ans qui a gardé un air de gamin perdu. Son casier judiciaire compte 18 mentions, il n’est sorti de maison d’arrêt qu’en octobre dernier. Ce n’est pas du grand banditisme. Plutôt une succession d’imbécillités du même acabit que des feux de poubelles.

    L’histoire de Peter, 37 ans, c’est un copier-coller de celle de Philippe. À Abbeville, les policiers l’ont contrôlé à 1,16 gramme et sans permis, puisqu’il l’a déjà perdu à cause de l’alcool. Il revenait de regarder le foot chez un copain. Un match britannique, certainement, puisqu’il fut arrosé de “cinq ou six verres de whisky. À cent mètres de chez moi… C’est nul”, analyse le garçon au survêtement rouge vif. Il a deux enfants et travaille en CDI comme opérateur sur machine.

    Bilan de l’après-midi : six mois avec sursis pour Philippe, douze mois dont six ferme pour Aurélien, six mois sous bracelet électronique pour Peter. Leurs CDI ont sauvé les deux fêtards.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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