Conseil de lecture

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    Eh bêêêêê dis donc. (photo Mikael Tigerström sous CC)

    “Vous n’avez pas de très bonnes lectures, monsieur Poulain.” Pendant une suspension d’audience, je dévore Bête noire, le livre que l’avocat nordiste Éric Dupont-Moretti vient de sortir aux éditions Michel-Lafon. Le procureur qui passe devant moi fait partie de ces jeunes magistrats sympathiques, que j’ai plaisir à retrouver au tribunal correctionnel d’Amiens. Sa grimace, pourtant, ne tient pas de la boutade… Il me rappelle cet avocat général qui, il y a quelques mois, a demandé un huis clos dans une affaire certes sordide, mais en l’absence de la victime. Alors que je m’en étonnais, le magistrat verni d’écarlate, du haut de son estrade, a désigné le banc de la défense : « Comme ça, au moins, Dupont ne pourra pas faire son cirque médiatique ».

    Tout est dit : la magistrature déteste Dupont-Moretti et Dupont-Moretti déteste la magistrature. Il ne faut pas moins de 240 pages, écrites avec notre très estimé confrère du Figaro Stéphane Durand-Souffland, pour en comprendre la raison. Bête noire n’est pourtant pas un ouvrage à thèse. Plutôt une succession d’anecdotes, de scènes croquées sur le vif, qui dénoncent les dysfonctionnements d’une justice que rend par ailleurs une majorité de braves et honnêtes gens. Dupont-Moretti fait partie, avec l’Amiénois Delarue, de la petite caste des ténors du barreau, ces types qui d’un mot, d’un silence parfois, font taire une cour d’assises.

    Il raconte comment il s’est construit, lui orphelin de père à quatre ans, fils d’une femme de ménage. Mouton noir, en effet, au milieu des hermines, il a bâti sa réputation en traquant la nullité de procédure, parce que la porte du tribunal était close (à Tourcoing) ou que l’on pouvait voir les jurés délibérer à travers une fenêtre sans rideaux (à Amiens). Forcément, il énerve (jusque dans ses rangs !), même s’il rappelle que la procédure « protège les libertés individuelles, interdit aux magistrats et aux policiers de se transformer en justiciers du Far West ». Ce livre se lit comme le polar qu’il est parfois. À l’instar de cette modeste chronique hebdomadaire, il se propose de révéler l’envers du décor d’une production miteuse (faute de crédits) qui hésite trop souvent entre farce et tragédie. Lisez-le !

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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