Cousu de fil blanc

    Légende (Mo sous CC)
    Alain Souchon voulait du cuir : le prévenu se contentait de coton… (Mo sous CC)

    Il a la cinquantaine, un petit ventre, des vêtements d’une telle banalité qu’on la remarque, un travail fixe, une femme depuis plus de 20 ans – qui l’aime et qu’il aime -, des enfants. Mais il collectionne par milliers les photos de petites filles portant des collants en coton et, deux fois par semaine, recouvre ses jambes, que l’on imagine poilues, de ces doux fourreaux réservés aux dames. Alors, il accède à l’extase qu’il ne risque plus, depuis belle lurette, d’atteindre dans le lit conjugal.

    “L’enfant, c’est le support”

    En décembre 2008, son ordinateur tombe en panne. Il le dépose chez un réparateur qui, sans peine, accède à un étrange fichier: 8000 photos dont 7525 de gamines âgées de 8 à 10 ans, dans “des poses suggestives” (dixit le juge) ; “seulement” 450 où elles sont entièrement nues ; à peine 25 clichés, franchement pornos ceux-ci, représentant des adultes en pleine action. Il ne veut pas être réduit au rang de tordu et encore moins de pédophile. Ce mot lui fait peur. “J’ai des enfants. Jamais je n’imaginerais…” Non, et il y tient, sa “seule passion”, ce sont “les collants en coton. Que ça. Ce n’est pas ma faute s’il n’y a que des petites filles qui en portent. L’enfant, c’est le support…”
    Longtemps, il a découpé des photos dans le catalogue de La Redoute. Puis Internet est arrivé, offrant à chaque seconde mille fois ce que livrait deux fois l’an le bottin imprimé à Roubaix. Il a traqué le collant, de site spécialisé en album photo familial si imprudemment mis en ligne. Des nus ont-ils atterri sur son disque dur ? C’est qu’il téléchargeait parfois des séries entières. Drôle de bonhomme : dans un effeuillage, il préfère le début…

    On apprend qu’il est né comme un cheveu sur la soupe : sa mère attendait une fille, avait choisi le prénom et acheté la layette. Du coup, autant pour ne pas gâcher que pour laisser son rêve perdurer, elle l’a habillé en robes et collants. Ça ne lui est jamais passé.
    Un adulte, c’est un enfant avec des cicatrices…
    Jugement : 3000 euros d’amende.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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