Dans le même bateau

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    “Les semi-liberté, faudrait vraiment pas les mélanger entre les autres” (Photo Chris Potter sous CC)

    Thierry est une sorte de rescapé. Pas sûr qu’il apprécie l’honneur. Lundi, il a traversé une salle des pas perdus étonnamment creuse pour aller se faire juger au bout du couloir. La grève des magistrats ne concernait pas les comparutions immédiates. De toute façon, Thierry était incarcéré en préventive depuis qu’un vigile d’Auchan l’avait coincé avec quatre DVD sous son paletot, le 21 janvier.

    “J’étais en semi-liberté. Je sortais de prison trois jours par semaine pour préparer ma réinsertion. Ça se passait pas mal, même si le problème, c’est que la maison d’arrêt met un mois à vous donner votre pécule, le temps que votre demande fasse le tour des bureaux. Mais bon, j’étais inscrit au Pôle Emploi, j’avais envoyé des CV, j’avais même refait ma carte d’identité”, égrène-t-il d’un ton las.
    Il devait sortir le 1er février. On a envie de le secouer : “Qu’est-ce que tu avais besoin de piquer quatre DVD ?”
    “Il me fallait des sous. Les autres me mettaient la pression pour que je ramène des clopes ou du fric. Ils me menaçaient, ils menaçaient ma famille”.
    Son avocat hoche la tête: “Il faudrait vraiment que les “semi-liberté” soient isolés du reste, parce que le type qui sort, c’est quelqu’un de précieux”.

    Le temps d’obtenir son transfert, il aura purgé sa peine

    “Vous ne pouviez pas en parler ?”, relance le juge.
    “En parler à qui ? soupire Thierry. Il y a des surveillants qui font leur métier mais aussi d’autres qui trafiquent avec les détenus…”
    Réponse surréaliste du magistrat : “Le tribunal ne l’ignore pas, mais vous pouviez aussi demander votre transfert…”
    Là, le juge obtient un sourire du prévenu. “Je l’ai fait. Un transfert à Bapaume, c’est dix-huit mois minimum. Le temps de l’obtenir, vous êtes sorti.”

    Avec ses 22 mentions au casier à 31 ans, Thierry ne coupe pas à la peine plancher d’un an ferme. Ce n’est pas son principal sujet d’inquiétude : “Là, il faudrait me placer à l’isolement, parce qu’ils savent que je les ai dénoncés.”
    “Vous subissez les manques de moyens alloués à notre administration dans sa globalité”, concède le président. Pendant une seconde, les deux hommes sont unis par un destin commun. Puis l’un part rejoindre l’AG des magistrats et l’autre le car de police.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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