De but en blanc

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    OK, mais vraiment tous, alors…

    Ce midi-là, je m’étais perdu au rez-de-chaussée du Palais. Il me fallait rallier le bureau de l’Ordre pour y rencontrer une avocate. Le chemin était balisé. Depuis que des mesures de sécurité ont placé des digicodes à chaque virage du lieu de justice, les bureaux des procureurs et juges d’instruction sont mieux protégés que la Banque de France.

    Un groupe de gamines était assis au sol, devant l’un de ces propylées, transparent pour la frime, clos pour la populace. Ces gynécées ne sont pas inconnus du chroniqueur judiciaire. Leurs adhérentes n’ont rien à se reprocher : si elles passent la journée dans les recoins du tribunal, parfois entourée d’une marmaille ravie de sécher l’école, c’est que leur homme, leur frère, parfois leur fils, est impliqué dans une affaire et qu’elles espèrent les observer, les toucher une dernière fois avant l’incarcération, voire, si l’escorte n’est pas farouche, leur glisser un billet ou un paquet de cigarettes. De quoi attendre le premier parloir, la première cantine.

    Il y a chez elles quelque chose de la femme du marin, qui à chaque aube et chaque crépuscule se rend au port, impatiente de savoir que son terre-neuvas est encore une fois réchappé des pièges de l’onde.

    Donc, elles attendaient, quand moi, je passais. Soudain, une porte s’est ouverte dans le couloir. Elles ont à peine eu le temps d’esquisser le geste de se relever que l’une d’elles, plus vive ou moins bigleuse, a calmé toute la troupe : « Laisse, c’est pas lui, c’est un Français ».

    Comprenons-nous. Dans ce couloir, tout le monde était Français. Je pense même que 90 % d’entre nous était né dans la Somme. C’est juste que sincèrement, pour la beurette qui avait rassis ses copines, un Français, c’est un blanc : le membre d’un club auquel elle n’appartient pas et qu’elle observe avec un peu d‘envie et beaucoup de mépris.

    Quel constat d’échec ! J’ai pensé à ces quelques zozos qui m’ont embêté, en mars, parce que j’avais parlé dans un article de « blancs, noirs et gris » (dire que je voulais justement souligner que la délinquance n’a pas de couleur ; ça m’apprendra !) A cette campagne de pub gouvernementale, aussi, dont les six clips listent trois sortes de racisme (contre les Noirs, les Arabes et les Juifs) mais qui n’imagine même pas que les Blancs – pardon, les Français – puissent en être victimes.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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