De cinq à sept

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    L’amour est aveugle, Catherine n’en doute plus. (photo Morgan sous CC)

    “J’ai un petit souci avec mon avocate. J’ai reçu une facture en novembre et je ne pensais pas qu’il fallait payer dans la foulée…” Il est neuf heures et demie, mardi matin. Sur trois affaires, on en a déjà renvoyé deux. Clairement, si Denis n’est pas jugé, on est venu pour rien. Arrive l’avocate : pas de problème de facture ni de panne d’oreiller ; c’est juste que dès potron-minet, elle a fait un saut à la maison d’arrêt et un crochet par une autre audience.

    Tout le monde est là ? On attaque ! Denis vivait avec Catherine depuis 2007 une union chaotique sur fond d’alcoolisation mutuelle et de violences épisodiques. “Quelquefois une claque mais rien de répété”, précise-t-il, comme si toute la faute était contenue dans la répétition. Le 9 février 2010, Catherine est venue porter plainte à la brigade de Moreuil mais les gendarmes l’ont trouvée trop saoule. Ils lui ont donc conseillé de repasser le lendemain. Elle a alors pu conter que le 7 du mois, parce qu’ils se disputaient pour savoir quelle chaîne afficher sur la télé, Denis lui a donné des coups et lancé un couteau. “Deux gifles et un coup de poing, j’en suis sûr, atteste Denis. Et puis une claque une heure plus tard, c’est vrai. J’ai pris le couteau, j’ai dit “Vous allez voir !”, mais je l’ai reposé aussitôt.” Jusque-là, on est dans la “triste banalité” des violences conjugales, a raison d’estimer le procureur.

    Tout bascule le 16 février : Catherine est admise aux urgences. Elle fait une méningite doublée d’une hémorragie cérébrale. On l’examine de près et on décèle un décollement de rétine. Son œil droit est mort. On le lui retirera le 23 mars. “C’est à cause des coups reçus le 7 février”, affirme l’expert. “Si c’est de ma faute, je le déplore. Ça fera bientôt deux ans que j’y pense tous les jours”, atteste Denis, parvenu à 46 ans sans mention au casier.

    Il n’a pas fini d’y penser, non seulement parce qu’il est condamné à 18 mois avec sursis, mais aussi à cause d’un imbroglio familial que dévoilent les deux avocates : Catherine s’est remise avec son ex-mari ; Denis avec son ex-compagne. L’un vit au 5 de la rue, l’autre au 7. Les conjoints de Catherine et Denis sont frère et sœur. Et une fille de Catherine vit une idylle avec un fils de Denis. Le logement de ce dernier abrite les roucoulades des tourtereaux. Ça nous prépare de beaux Noëls…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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