De la difficulté de réintégrer la maison d’arrêt

    « Pas banal », estime l’avocate Messaouda Yahiaoui. «Pas banal », confirme la présidente Catherine Briet. On confirme : pas banal, le cas d’Anthony, 25 ans, condamné par le tribunal correctionnel d’Amiens à cinq mois ferme, pour évasion, la semaine dernière.

    Sur les faits, il n’y a pourtant pas de quoi gloser. En juin 2010, le jeune homme a bénéficié d’une permission de sortie. Il a passé une journée avec sa copine et s’est senti incapable de réintégrer la prison. Pas par simple goût de la liberté : « Il s’était fait à l’idée de purger sa peine, se souvient son avocate. Il avait simplement demandé à ne surtout pas être envoyé à Amiens. Et évidemment, on l’a incarcéré à Amiens… » Dans le quartier sud-est de la ville, connu sous le nom de Philéas-Lebesgue, Anthony avait renversé deux piétons en 2009 et s’était retrouvé menacé par la foule de leurs parents et amis. En maison d’arrêt se trouvaient deux frères des victimes, lesquels lui promettaient les pires avanies. Il s’est évadé par peur. La suite, c’est un an et demi à n’être personne. Il travaille au noir, vit de ci, de là, exposant à chaque fois ses hôtes au délit de complicité. « Il met sa vie entre parenthèses », résume joliment Me Yahiaoui. À l’automne 2011, il apprend qu’il va avoir un enfant. Il décide de se rendre : «On ne peut pas vivre comme ça, sans papier, sans rien. » Alors il toque au commissariat… dont il se fait éconduire. «Vous n’êtes pas recherché, monsieur. Rentrez chez vous ! » Heureusement qu’Anthony est motivé : il retourne chez les policiers le lendemain, cette fois muni de tous les documents prouvant son délit. À croire qu’il a des talents de procureur : enfin, on le croit. « Je ne vous demande qu’une chose : cette fois, ne l’incarcérez pas à Amiens », implore son avocate. Le jugement tombe : « Le tribunal ne peut que recommander de vous envoyer dans une autre maison d’arrêt, indique la présidente. Mais pour ce soir, vous allez à Amiens. » Il est 19 heures. Les policiers de l’escorte poussent un ouf de soulagement. Ils n’avaient aucune envie de l’emmener à Arras…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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