De l’argent facile

    « J’ai été condamnée parce que mon fils a refusé de prendre l’avion. » Véronique, 47 ans, a fait le déplacement de Corse pour s’opposer au jugement qui la condamnait à 100 euros d’amende avec sursis. La peine était symbolique ; l’opposition l’est tout autant. Parce que trois fois rien, c’est quand même quelque chose et que quelque chose, quand la coupe est pleine, ce n’est pas rien…
    Véronique a divorcé de Christophe en 2012, « parce qu’il me battait, même devant les enfants ». Ce n’est pas tout, selon son avocat M e Stéphane Daquo : « Elle a accompagné ses deux filles devant la cour d’assises, à Amiens puis en appel à Laon, où leur grand-père paternel a été condamné pour viol sur cinq de ses petits-enfants. Or, Christophe avait pris fait et cause pour son père plutôt que pour ses filles ». Ajoutons que le triste sire n’a jamais payé un centime de pension alimentaire. « C’est pas grave, je ne voulais plus entendre parler de lui. Je me suis débrouillée avec ma petite paye », soupire Véronique. Pourtant, elle n’a jamais voulu couper le lien entre son fils et son père. De sa poche, elle a réglé les billets des avions qui ralliaient le soleil corse aux brumes picardes.
    Jusqu’à ce que le gamin devienne un petit homme : « En 2017, il avait quinze ans. Il m’a dit qu’il ne voulait plus aller chez son père, que celui-ci ne s’occupait pas de lui, qu’il disait du mal de moi et qu’il maltraitait sa nouvelle copine. Je lui ai dit que j’aurais des problèmes avec la justice, mais il était buté. Que vouliez-vous que je fasse ? Il était plus costaud que moi ! »
    Christophe a porté plainte. Pas gêné, il a réclamé 1 500 euros de dommages et intérêts. D’après le code pénal, il était bel et bien victime de « non-présentation d’enfant à une personne ayant le droit de le réclamer ». Me Daquo s’exclame : « Je comprends bien que le texte dise… D’ailleurs c’est compréhensible quand l’enfant à 9, 10 ou 11 ans. Il faut que le droit avance un peu ! Au pénal, on peut lever l’excuse de minorité. Parce qu’un jeune de 16 ans aujourd’hui, ce n’est pas un jeune de 16 ans il y a 20 ans ».
    Cette loi a pourtant son utilité. Trop souvent au tribunal, on voit des pères privés de leurs deux week-ends mensuels tant il a été facile pour la mère de « bourrer le crâne » des enfants et d’en conclure : « Ils ne veulent plus le voir ». Mais le cas de Véronique est différent.
    Le jugement est tombé en plein confinement : cent euros d’amende avec sursis, et cinq cents euros à verser à la partie civile. C’est bien payé…
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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