De quoi se poser des questions

    cannabis
    Aïe et fines herbes. (photo Manuel sous CC)

    Depuis un mois, on se pose des questions… À l’époque, le tribunal d’Amiens était investi par le grand barnum du trafic de cannabis : une trentaine de comparutions, des centaines de milliers d’euros et quelques quintaux de résine, des titulaires du RSA qui roulent en 4X4 Audi…

    On a repensé à tout ça un mardi pluvieux d’octobre, en voyant comparaître deux minuscules fourmis. Mathieu, 20 ans, tournait à quatre ou cinq pétards par jour. Dans son quartier d’Amiens, il en est venu naturellement à dealer pour financer sa propre consommation. Il a trouvé fournisseurs et clients au pied de son immeuble. Son avocate parle d’une «facilité extraordinaire ». Maxime, 22 ans, a été dénoncé par les habitants de son petit village d’Etelfay (canton de Montdidier). Les gendarmes ont saisi chez lui une chambre de culture. Huit plants de cannabis ont été fauchés en pleine croissance. «En fait, avec mon père, on est passionné de plantes carnivores. C’est pour ça qu’on a acheté la chambre. Mais l’été, les plantes carnivores peuvent pousser dehors… Alors j’ai acheté des graines en Hollande. Je ne voulais plus côtoyer des dealers. » Me Debourge, aussi, se pose des questions : «Les trois quarts des candidats à la présidentielle parlent de dépénaliser le cannabis. Dans quelques mois, il pourra peut-être fumer sur le pas de sa porte sans que des voisins bien intentionnés ne le dénoncent. Que lui dire ? Que privé de sa fille, il aurait mieux fait de s’acheter du vin et du whisky ? »

    L’argument est lâché : le cannabis ramollit le cerveau, réduit les réflexes, vide les économies, enferme celui qui en devient dépendant dans l’obsession de trouver sa dose. Et l’alcool ? Et le tabac ? Si on trouvait l’herbe (taxée au profit de notre État sans le sou) chez les débitants ou les pharmaciens, les premiers pénalisés ne seraient-ils pas les caïds de banlieue qui prospèrent sur le terrain de la prohibition, au point qu’on voudrait décerner une médaille au brave gars qui se lève à six heures pour gagner le SMIC quand ses voisins se font des liasses de billets de 50 en un aller-retour à Anvers ? Avouez qu’il y a de quoi se poser des questions…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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