Délits mineurs

    Kevin et Julian, 18 ans chacun, valent tous les discours sur la politique pénale des mineurs.

    Ils échouent en comparution immédiate parce que le 9 novembre, rue Boileau, à Amiens, ils ont d’abord essayé de voler une Twingo, ont été mis en fuite, puis ont réussi à en piquer une autre, quelques mètres plus loin. Rappelons au passage que la voiture la plus volée en France n’est ni une Audi, ni une Mercedes, mais cette bonne vieille Twingo (245 sur 10 000 en 2010). Certes, elle am oins de valeur mais ses défenses sont si faibles qu’un gamin de la banlieue nord incapable d’en plier une à 16 ans se sentirait aussi ridicule qu’un gosse d’Henriville privé d’iPhone. En compagnie d’un mineur, Kevin et Julian avaient joué à la console après leur travail comme livreurs de pizzas. Ils avaient bu un peu de vodka et, ne sachant plus comment s’occuper, ont décidé de «faire un tour ».

    «Je regrette »,ânonnent à tour de rôle les deux sauvageons, qui seront finalement condamnés à 150 heures de travail d’intérêt général (TIG) chacun. Sur leurs casiers figurent deux mentions mais le serveur informatique de la Justice est plus loquace. Le procureur est un cafteur : «J’ai consulté Cassiopée, il y a vingt mentions pour l’un, douze pour l’autre ». Kevin et Julian ont franchi toutes les marches du tribunal pour enfants. Ils ont connu les admonestations, les remises à parents… Les gros yeux, les «tsss, tsss, tsss », les «c’est pas bien les enfants » : ces vaguelettes répressives ont glissé sur eux comme l’eau sur le colvert (l’animal, pas le quartier ; quoique…) Le président du tribunal voudrait pourtant y croire. Il les interroge sur ces réprimandes passées. «Vous vous souvenez, quand même? Vous avez été condamnés pour quoi ? » «Y’avait deux trucs, dit Julian. Y’avait un vol et puis un jesais plus… » «Et le TIG, vous savez ce que c’est ? » «Ben oui, j’en fais un en ce moment », répond, désarmant, Kevin. «Moi, une fois, j’en ai fait un de quatre heures à la banque alimentaire », complète, tout fier, Julian. Le juge se désespère : «S’il y a des TIG à l’essai, je m’incline. Je n’étais pas au courant… »

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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